mercredi 17 mai 2017

"CHANGER D’ETAT DE CONSCIENCE"


par Marc-Alain Descamps


Les premières technologies ont été chamaniques, puis religieuses.

Les chamans voulaient changer d’état de conscience pour pénétrer dans le monde des esprits et de l’après-mort. Ils utilisaient le tambour, les chants, les danses et les drogues …

Les religions ont utilisé les chants, les litanies, les prières, l’encens, les jeunes, les insomnies, les flagellations, les cérémonies du culte …

Sur leurs marges, les mystiques utilisaient des techniques orthodoxes (la monologie ou prière du cœur de l’hésychasme), soufis (zikhr et derviches tourneurs), yoga (postures, respirations, méditation, kundalini), taoïstes (taï-chi, kung-fu, tantras), tibétaines (ermites, toumo, pho-wa), japonaises (budo, zazen, hara) ...

Elles ont été d’abord secrètes, transmises, seulement après initiation, à des disciples qui le méritaient. Puis avec l’ère du Verseau, leur connaissance s’est diffusée ouvertement et a été soumise aux vérifications scientifiques. Pour provoquer une expansion de conscience, elles prennent la place des drogues hallucinogènes, qui toutes créent une accoutumance et finissent par détruire ceux qu’elles devaient libérer.

Voici les techniques les plus vérifiées.

1. L’isolation sensorielle. La première de toutes les techniques est le retrait des sens, la coupure avec le monde extérieur ou l’intériorisation. Le méditant s’installe dans une pos­ture assise stable et ferme, et les yeux fermés il ne bouge plus. Diverses expériences sur la concentration ont pu prouver qu’effectivement, le méditant n’entend plus rien : chez les débutants le message du son parvient encore jusqu’à la zone auditive du cerveau, mais plus on a d’ancienneté et de pratique, plus tôt il est arrêté le long du nerf auditif, et aucune message sonore n’arrive au cerveau.

Une telle situation est étudiée dans les laboratoires de psychologie expérimentale depuis des décennies sous le nom d’isolation sensorielle. Des caissons d’isolation isophones sont utilisés pour les astronautes et des caissons hyperbares en plongée sous-marine profonde. Enfin en milieu naturel de longs séjours d’isolement sensoriels ont été réalisés par des spéléologues dans la nuit des grottes.

À partir de l’invention des « citernes de l’extase » par John Lilly, s’est développée la mode des caissons d’isolation sensorielle ou tanking. Ce sont des baignoires à couvercle où l’on flotte sur un liquide très salé, sans entendre aucun son. Leur rapide désaffection est venue de leur manque d’accompagne­ment psychothérapique et spirituel, car l’on ne peut pas espérer remplacer en quelques minutes une vie d’entraînement mystique, ce qui était pourtant le secret espoir de tous. On utilise aussi des matelas d’eau ou waterbed. Cependant ces diverses expéri­mentations d’isolation sensorielle ont prouvé que cela produisait rapidement une ouverture et un déferle­ment des images intérieures. Mais dans la méditation elles sont guidées par une orientation vers les états supérieurs de conscience et les images-forces.

2.   L’immobilité et la relaxation. Toutes les voies recommandent de s’allonger, de s’immobiliser et de se relaxer dans une posture détendue. Ceci a donné lieu à un grand nombre de vérifications scientifiques grâce aux appareils de bio-feedback ou rétro-action biologique. À l’aide d’un appareil à bruiteur dont on fait diminuer le son en se relaxant, on peut induire et mesurer la relaxation musculaire avec un électro-myographe, la transpiration émotive avec un dermographe, la régula­tion des battements du coeur avec un électro­cardiographe ou l’obtention des ondes alpha du cerveau avec un électro-encéphalographe... Ainsi, on a pu mesurer récemment que les moines bouddhistes tibétains pouvaient en quelques minutes faire monter leur température entre 44°  et 46° par la technique du toumo. On comprend mieux ainsi comment peuvent se produire certains des phénomènes physiques qui accompagnent une extase.

3.   L’hyperventilation. L’hyperventilation se trouve dans les techniques respiratoires de bien des voies, comme la transe chamanique, le yoga, le soufisme ou l’hésychasme. Son utilisation systématique est deve­nue la base de diverses psychothérapies : Rebirth/ Renaissance de L. Orr ou holotropic breathing de S. Grof. Elle peut induire un état de transe et faire re­monter à la conscience un flot d’images du passé lointain et oublié (naissance, vie utérine, vies antérieu­res, expériences transpersonnelles). C’est une des plus simples techniques corporelles de l’extase confirmée dans son efficacité pour ouvrir au voyage intérieur. Le contrôle du souffle est aussi classiquement utilisé par bien des sportifs et tous les plongeurs en apnée.

4.   Le tournoiement. Les rotations accélérées de la tête puis tourner sur soi-même en décrivant un cercle était la technique des Derviches tourneurs et des soufis. Mais elle est aussi pratiquée dans toutes les danses primitives tout autour du monde. La Transe­Terpsychore-thérapie, issue du Cadomblé brésilien, met dans un état de transe où surgissent des images inconscientes puis des visions ou flashs lumineux. Certaines danses peuvent aussi préparer un état mystique ou au moins un changement d’état de conscience. 

5. La répétition verbale ou MANTRA. La répétition incessante d’une même formule a un effet puissant pour anesthé­sier le processus automatique de production d’idées obsessives dans l’esprit. À l’origine, il s’agissait d’invocations, de prières ou d’appel à Dieu pour se connecter à lui. Le yoga a rendu célèbre le mantra : un maître spirituel vous donne une formule sonore qui vous convient, en général quelques syllabes de la langue sacrée, le sanskrit. Il a en lui la force de milliards de répétitions par des millions de gens. De nombreux travaux expérimen­taux ont été publiés sur ses effets entre autre par le mouvement dit « méditation transcendantale ». Cette invocation protectrice est certainement une des techniques les plus efficaces dans les cas rebelles pour se préparer un jour à entrer dans la méditation, puis le silence du mental et enfin atteindre l’état de vacuité. L’hésychasme ou prière du cœur orthodoxe permet que ce mantra chrétien se répète de lui-même, jour et nuit. Par la suite, des mots profanes ont été aussi utilisés dans des méthodes de psychologie pour stopper un processus de préoccupation obsessif et produire un état d’apaise­ment et de calme.

5. Le MANDALA ou dessin auto-centré. Un mandala est un dessin centré qui se déploie autour d’un centre. Son action thérapeutique et de reconstruction de la personnalité a été redécouverte, expérimentée et recommandée par Jung. Il existe maintenant des livres de ces dessins qu’il suffit de colorier, un mandala par jour. On peut aussi en contempler, avec ou sans les initiations appropriées du Yoga, des Tibétains ou du Tantrisme. Il est aussi possible de s’exercer, seul ou avec de l’aide, à inventer et dessiner ses propres mandalas, dans un but thérapeutique ou artistique. Des logiciels informatiques permettent maintenant de visualiser en trois dimensions les Yantras ou Tankhas et de les voir comme le font les tibétains. D’autres logiciels font retrouver les dessins en 3D. où lorsque les deux hémisphères sont connectés, du dessin à plat, tenu à bonne distance, surgit dans l’espace un objet ou un mot vu en relief au dessus du dessin.

6.   La visualisation. La visualisation d’images mentales n’est pas universelle. Toutes les voies sèches et abruptes, comme le T’chan, le Zen ou le Shivaïsme du Cachemire, s’en méfient absolument, alors que c’est la méthode du yoga nidra, du bouddhisme tibétain ou des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. C’est donc à chacun de choisir sa voie d’entrée dans l’état sans mental.

Cette technique a eu un grand succès dans toute la psycholo­gie de type américain sous les noms divers de « pensée positive », « visualisation créatrice », modeling, autop­sychorégulation, symbolic identification, auto-hypnose, imagination active, programmation mentale ou méta­programmation, etc. On promet que, par le réveil des puissances de l’imagination, on va pouvoir program­mer sa vie et ses tendances, comme un ordinateur, et accéder à une nouvelle vie riche et créatrice. Les résultats sont souvent provisoires ou décevants, car il y a image et image.La pratique conjuguée de yoga nidra et du Rêve-éveillé analytique a permis d’en expérimenter les raisons. Tout dépend du niveau de conscience et de la nature des images. Autant les visualisations de yoga nidra faites en état de conscience crépusculaire ont une efficacité fulgurante, autant celles en état de conscience ordinaire ne sont qu’un  agréable passe-temps. En Rêve-éveillé, les images proches de la pensée, de type intellectuel, produites volontairement par le moi sont totalement différentes des Images-Forces et de celles qui surgis­sent toutes seules de l’inconscient. Il faut donc, par un long travail, arriver au niveau des images de puissance pour qu’elles puissent avoir un effet par elles-mêmes et nous connecter avec les forces de  l’au-delà.

7. Situations paroxystiques et sports de l’extrême. Certaines personnes pratiquent des sports de l’extrême, hors de toute compétition, pour changer leur état de conscience : escalade, surf, courses en altitude, descentes de rapides en canoë, kayak ou bateaux pneumatiques, trekking magique, courses en solitaire de nuit de pic à pic, parapente, saut à l’élastique, descentes d’éboulis, courses dans les bois de nuit sans contourner les obstacles... Dans la détresse de l’inéluctable, on traverse sa peur et l’on atteint un état de calme, de paix et de syntonie. La conscience s’expanse au-delà du corps et surgit “un sentiment d’interdépendance mystique avec le monde extérieur, jaillissant du tréfonds du corps, et se manifestant sous la forme d’une conscience sensorielle aiguë et d’une force relâchée et illimitée” (Schultheis Bob, Cimes, Albin Michel 1988). Cet auteur, ayant atteint lors d’une chute en altitude une véritable extase, a cherché à la retrouver toute sa vie. Dans le désespoir de l’impossible les forces paroxystiques du corps se libèrent et l’on change d’état de conscience. Le temps semble se démultiplier et l’on peut voir lentement arriver les menaces et y parer opportunément avec calme et détachement.

Certains utilisent donc le stress pour invoquer ce pouvoir impersonnel et obtenir une “adresse omnipotente”. Ainsi en 1972, John Brodie trois-quart arrière des Forty-niners de San Francisco raconte à Michael Murphy : "Parfois, et de plus en plus souvent, je fais l'expérience d'une sorte de clarté que je n'ai jamais vue décrite adéquatement. Parfois, par exemple, le temps semble ralentir de façon étrange comme si tout le monde se mouvait au ralenti. Il semble que je dispose de tout le temps du monde pour observer les receveurs et pourtant je sais que les défenseurs s'approchent de moi aussi rapidement que d'habitude. Je sais parfaitement bien que ces gars s'en viennent à toute allure. Néanmoins tout ressemble à un film ou à une danse au ralenti. C'est de toute beauté".

8. Bien d’autres techniques, issues des voies traditionnelles, sont maintenant l’objet d’une expérimentation dans le Développement transpersonnel (DT), comme la musicothérapie, la danse-thérapie, la mise en transe, les sorties hors du corps, les voyages aux confins de la mort, la luminescence corporelle et la circulation de l’énergie, la transmutation de l’énergie …

Les techniques du chant harmonique, des marches sur le feu, du rêve lucide, de l’éveil de la Kundalini demandent des études plus détaillées.


Références:

Descamps Marc Alain, Corps et extase, les techniques corporelles de l’extase, Guy Trédaniel éd. 1992


http://www.europsy.org/marc-alain/sacre1divers.html

Site de Marc-Alain Descamps:  http://www.europsy.org/marc-alain/