lundi 27 janvier 2014

"DES SECTES, LES VRAIES ET LES FAUSSES"


par Marc-alain Descamps

 
Le problème actuel
 
En France le mot secte est un piège, volontairement piégé. C'est une accusation, une déclaration de guerre. La réalité est très ancienne, le problème est nouveau. Il est actuellement l'occasion d'une vaste mystification : des opérations d'intoxication, accompagnées de campagnes de presse, se multiplient. Des groupements sont l'objet d'une dénonciation et d'une accusation. Parmi eux beaucoup ne sont pas des sectes du tout, alors que d'authentiques sectes prospèrent dans le silence et la dissimulation. Et souvent ce sont elles qui sont les premières à accuser les autres d'être des sectes. Car c'est l'insulte qui ne pardonne pas et l'accusation dont on ne se relève pas. L'hystérie collective antisecte engendre une diabolisation. Accusé d'appartenir à une secte, on en est réduit à démissionner et à se cacher. Comment en effet prouver que l'on n'appartient pas à une secte ? Ou que l'on n'y appartient plus, ou que l'on a été trompé, que c'était une erreur de jeunesse. Il est beaucoup plus facile de prouver que l'on n'est plus communiste, il suffit de se dire socialiste ou néocommuniste ou de passer dans une autre association cryptocommuniste.

Mais non-sectaire ?   Impossible. Qui pourrait délivrer un certificat de non-appartenance à une secte ?

Pour y voir clair il faut d'abord définir ce qu'est une secte, puis en distinguer et décrire les principales catégories.


Définition et classification
 
Autrefois toutes les sectes étaient religieuses. Le courant majoritaire qualifiait de "secte", les minoritaires, qui s'étaient coupés et détachés (sectus). Ainsi tout au long de son histoire l'église catholique romaine a constamment sécrété des sectes de chrétiens dissidents (Manichéens, Marcionistes, Montanistes, Novationistes, Donatistes, Vaudois, Spirituels, Taborites ...), selon deux critères : la divergence théorique (hétérodoxes, schismatiques, anathèmes, apostats, renégats ...) et la taille (le petit groupe, la partie détachée du tout).

Ainsi selon ces critères l'église chrétienne est une authentique secte juive : un tout petit nombre d'extrémistes chassés et persécutés pour leurs divergences théoriques. Et pendant quatre siècles cette secte des premiers chrétiens a vécue, dissimulée comme une société secrète, parmi la centaine d'autres sectes gnostiques et syncrétiques qui pullulaient dans le bassin méditerranéen, jusqu'à ce qu'elle reçoive la reconnaissance et le pouvoir de l'empereur Constantin en 415. Alors, devenue religion d'état, elle a exterminé les sectes gnostiques et cherché à détruire les autres dissidences religieuses par les croisades, les autodafés et l'Inquisition. Donc il n'y avait jamais de problème de secte, car elles étaient exterminées au fur et à mesure (tout au moins jusqu'aux guerres de religion).
 
L'étude du rapport église/secte est un sous-chapitre classique de la sociologie religieuse depuis Dürkheim (1912) et Max Weber. Nous ne reprenons pas ici cette longue polémique sociologique, puisqu'il s'agit d'un phénomène neuf. Le nouveau problème des sectes vient de la tolérance : les société démocratiques n’exterminent plus les groupes minoritaires tant qu'ils n'ont pas accompli des délits.  Et donc il va nous falloir distinguer toute une gradation de dangerosité possible, depuis la secte typique, jusqu'aux formes adultérées ou abâtardies.



DEFINITION : une secte est la proie d'un phénomène d'emprise, qui la met en prison.      D'où découle trois conditions :

1. l'embrigadement. La secte est l'objet d'une forte cohésion. En général, elle est dirigée par un chef charismatique qui assure la cohésion avec une main de fer. L'ordre, l'obéissance et la discipline sont essentiels. Et dans sa forme typique, un chef de structure paranoïaque groupant des angoissés engendre par son endoctrinement une mentalité d'assiégé.

2. l'englobement. La secte est une totalité qui donne tout et une globalité qui remplace tout. Elle donne la sécurité, la protection, la cohésion, l'amour mutuel, le logement, la nourriture, le travail, la sécurité, la santé, la sexualité ... Elle est donc une société globale qui remplace tout : la famille, les amis, la patrie, etc. Par conséquent elle se pose comme rivale de tout autre groupement (politique, syndical, sportif, artistique ...). Si la famille toute entière ne rentre pas dans la secte, on doit rompre avec sa famille (ascendante, latérale ou descendante) comme avec son conjoint et ses anciens amis.

3. l'enfermement. On ne sort pratiquement pas d'une secte, ou bien il est très difficile de la quitter. Une secte est une prison, qui vous enferme, parfois physiquement, mais toujours moralement. On est coupé de la société, séparé, mis à part, en ségrégation. Quand on veut la quitter on est l'objet de séances de remontrances et d'endoctrinement, parfois de persécutions et si on a réussi à s'enfuir la secte vous rattrape.


Les catégories. Nous distinguerons :

1. les sectes typiques, qui se trouvent être toutes des sectes apocalyptiques

2. les églises minoritaires, ou groupes plus larges

3. les sociétés d'exploitation financière


1. Les sectes  apocalyptiques

Les premières sectes de forme moderne, qui sont apparues, ont posé le problème nouveau des sectes. Elles vivent très séparées et si l'on veut les pénétrer, elles sont autodestructrices et suicidaires.  On les nomme aussi "les sectes tueuses".

- novembre 1974. L'armée de Libération de Donalia Defreeze, aux USA, enlève et convertit Patricia Hearst, la fille d'un magnat de la presse. Elle est envahie : 6 morts.

- 18 novembre 1978, le pasteur Jim Jones fonde Le Temple du Peuple. Devant des menaces d'intrusion, la secte quitte les USA pour Guyana (l'état de Guyane entre le Brésil et le Venezuela). Le suicide collectif fait 923 morts.

- mai 1985. La secte Move de John Africa dans la banlieue de Philadelphie aux USA se réfugie dans un bunker. Elle est bombardée par hélicoptère : 11 mort

- 9 septembre 1985 aux Philippines la grande prêtresse des Alta fait manger un porridge à l'insecticide : 72 morts.

- le 19 avril 1993, H.Vernon Howell change son nom en David Koresh ( pris à la Bible et au roi des Perses). Il entre chez les Davidiens (filiale de l'Eglise Adventiste) en tuant le fondateur à 67 ans et en séduisant sa femme. Il rassemble 3.500 disciples. L'élite se réfugie au Texas (USA) à Mount Carmel à Waco. Le siège dure 50 jours : 4 policiers tués, et 16 blessés, 86 suicides par le feu, dont 27 enfants et 17 de moins de dix ans.

- 5 octobre 1994, L'Ordre du Temple solaire de Jo Di Membro (de Golden Way) et Luc Jouvet  s'est développé en France, au Canada et en Suisse. Ils se veulent de nouveaux Templiers qui ont le droit de dire la messe et disent communiquer avec les premiers Templiers. Suspectés par la police, il y a 5 morts au Canada le 4 octobre 1994, 23 à Cheiry et 25 à Salvan en Suisse le 5 octobre 1994  et à nouveau sans qu'on ait pu l'empêcher 16 en France dans le Vercors le 25 décembre 1995 "morts en Transit vers Sirius", plus 5 le 21 mars 1997 au Québec ...

- 27 mars 1997, La Porte du Paradis (Heaven's Gate), fait 39 morts. Marshall Appelwhite, fils d'un pasteur presbytérien, après 3 ans de théologie est interné pour troubles homosexuels, puis part en cavale avec son infirmière et fonde sa secte par un mélange de christianisme, d'informatique et d'Ovni. Au passage de la comète Hale-Bopp, lui et ses 38 fidèles font le transit vers "le Paradis du Royaume du Père".

- 12 mars 1998, le suicide collectif de 33 élus pour rejoindre une autre planète sous la conduite de Heide Fittkau-Garthe de Hambourg a été empêché par la police de l'île de Ténérife aux Canaries …

Toutes ces sectes sont typiques et se ressemblent. Elles sont toutes chrétiennes et développent un discours apocalyptique de fin du monde prochaine, directement inspiré par le livre de l'Apocalypse de Saint Jean l'évangéliste, les Lettres de St.Pierre Apôtre (2ème Lettre, 3, 8) ou Luc (21, 25-28, 34-36). Leur structure psychologique est en résonance avec ces thèmes : isolement (fuir le monde pernicieux), angoisse de persécution, idéologie de martyr. Le délire de persécution quand il rencontre des confirmations dans le réel, déclenche des pulsions d'autodestruction et de fuite dans l'autre monde (le Salut ou le Transit). La structure paranoïde s'actualise soudain dans une flambée paranoïaque, qui provoque le grand sacrifice suprême par le suicide collectif. C'est cela le plus grand danger. Mais remarquons que tant qu'elles ne sont persécutées, ces sectes typiques semblent en attente (rassemblement d'angoissés influençables autour d'un paranoïde). C'est quand elles sont attaquées par la police ou l'armée, que se développe le classique comportement de martyr, bien connu depuis les premiers chrétiens.


2. Les églises minoritaires
  
Le respect de la liberté religieuse est fondamentale en Amérique pays d’immigrés fuyant les persécutions. Aussi les Eglises ne paient pas d'impôts ni sur leurs bénéfices, ni sur les dons et legs. Il y en a plus de 2.000 (Quakers, Mormons, Témoins de Jéhovah, Eglise scientiste ...) et parmi elles 200 sont considérées comme des sectes dures : White American Resistance, Sword of the arm of the Lord, White American Bastion, Chevaliers du Ku Klux Klan ... CUT, Church Universal and Triomphant au Montana, a 5000 adhérents, son prophète Elisabeth Clare a réuni l'élite dans un ranch de 900 hectares près de Yellowstone et a construit un bunker bourré d'armes pour 750 élus. Mais tant qu'on ne les persécute pas, ils se tiennent tranquilles.

D'autres églises de type planétaires :

- L'Eglise de l'Unification ou "secte Moon" a été fondée le 1er mai 1954 en Corée du Sud à Séoul par le Révérent Sun Myung Moon sous le nom de l'Association du Saint-Esprit pour l'Unification du Christianisme mondial. Selon son programme il a des groupes dans de nombreux pays. L'ensemble est parfaitement chrétien, centré sur le mariage, avec un coté anticommuniste. L'évaluation de ses membres varie, selon les sources,  entre des centaines de mille ou des millions (200 membres en France ?). Elle a été condamnée pour fraude fiscale à New-York et à Paris en 1986.

- L'Eglise de Scientologie tient à être considérée comme une église, fondée en 1954 par L. Ron Hubbard, né en 1911 et auteur de "La Dianétique, science moderne de la santé mentale". Mais elle semble s'occuper beaucoup plus de santé mentale et de nettoyage psychologique de l'esprit à l'aide d'un appareil  "électromètre" issu du détecteur de mensonge. D'anciens membres lui reprochent surtout d'avoir été ruinés et endettés par des cours et stages de plus en plus chers, une fois qu'ils ont été accrochés et culpabilisés. Il y aurait environ 20.000 membres en France et 10.000 en Suisse. Elle est mal vue en Allemagne mais a un statut légal aux USA.

- Les Enfants de Dieu ou Famille d'amour. Issus du Jésus Movement de1960, fondé par David Berg (1918-1994), appelé Moïse David, ce mouvement se répand dans de nombreux pays (où ils seraient plusieurs dizaines de milliers). Il est typiquement millénariste et apocalyptique. En dehors de son impérialisme, de son prosélytisme et de son enrichissement financier, similaire à ceux de tous les groupes précédents, on lui reproche sa particularité du flirty-fishing (utilisation des jeunes pour nouer des intrigues amoureuses et sexuelles dans le seul but de recruter pour la secte). Ce qui n'est pas nouveau, car c'était de règle dans des sectes gnostiques.

- L'Opus Dei ou Société sacerdotale de la Sainte-Croix et de l'Opus Dei,  fondé en 1928 par le prêtre aragonais José Maria Escriva de Balaguer, comprendrait 50.000 membres dans 73 pays. Très hiérarchisé en quatre ordres (les coopérateurs, les surnuméraires, les agrégés et les numéraires), cette secte de prêtres et de laïcs est accusée de chercher à occuper les postes clés dans le pouvoir gouvernemental, politique, bancaire, financier et technocratique. Mais on ne peut en dire rien de certain, car le mystère dont elle entoure ses statuts et la liste de ses membres, en ferait plus qu'une secte, une société secrète et une puissance occulte ...
 
On voit par ces quelques exemples, sur des centaines de cas (dont les Témoins de Jéhovah, les Pentecôtistes, Iso-Zen, l'Eglise de la Providence ...) combien l'hétérogénéité s'accroît. Il s'agirait d'églises dont la principale activité serait l'enrichissement économique ou la prise de pouvoir politique et idéologique. Leur caractère commun est leur grand nombre de membres, qui éloigne du fondateur-dirigeant, réduit les phénomènes d'emprisonnement et d'emprise d'un petit groupe. Ce ne sont donc plus des sectes typiques où le chef charismatique connaît personnellement chacun de ses membres. Si on peut les quitter soudain sans trop de remontrances et d'ennuis, ce ne sont pas de vraies sectes.


3. Les multinationales financières

Après vient "la grande nébuleuse des sectes", où l'on mélange tout et n'importe quoi, pour arriver à abattre enfin son ennemi.

          Par exemple ont été qualifiés de sectes :

- La Méditation Transcendantale. (M.T.) Un Hindou, Mahesh Yogi, propage une méthode de "méditation" par répétition d’un mantra (syllabes sanskrites)

- L'association internationale pour la conscience de Krishna ou « Haré Krishna »  est une voie authentique qui en 1980 a créé le scandale des sectes en faisant  chanter et danser en public dans les centre-villes des occidentaux habillés en hindous.

- Raël (le Messager en hébreu) fondé par Claude Vorilhon, journaliste et chanteur,  interprète la Bible selon les OVNI et la liberté sexuelle.

- Reiki, en 1920 un prêtre catholique du Japon  inaugure une initiation payante en 3 degrés (ou 4)  pour devenir guérisseur.

- Mahikari, fondée en 1959 par Kotama Odaka (1901-1974),  transmet la lumière divine.

- Soka Gakkaï, née en 1930 à Tokyo selon la réforme bouddhiste de Nichiren,  a une grande puissance financière et politique

- Falun Gong  est une association de pratique du Taïchi, interdite et persécutée en Chine.
 
Ces quelques exemples parmi des centaines rendent manifeste que ces groupes sont bien différents. Souvent ce groupe, modeste au début, a été fondé de façon authentique par un maître sincère dans un but très noble. Par la suite de nouveaux dirigeants les ont transformé en multinationales de profit et de domination. Mais ne peut-on pas en dire autant des grandes religions, des systèmes bancaires, des trusts industriels ? La coercition est-elle vraiment plus grande dans la Méditation transcendantale que dans l'Armée du Salut, les partis communistes ou l'Ordre de Malte, puissance souveraine ? Pourquoi ce qui intolérable chez les petits, est-il passé sous silence chez les forts ? D'ailleurs un groupe peut être devenu une secte pendant une ou plusieurs décennies, puis retrouver un fonctionnement démocratique et tolérant ou l'inverse.

Il est vrai qu'une multinationale (comme ITT, Shell, Ford, Toyota ...) est faite ouvertement pour gagner beaucoup d'argent et n'a pas d'enseignement religieux et moral. On peut reprocher aux sectes de changer constamment de nom et de susciter quantité de filiales (pratiques et utiles pour le public, comme des cours gratuits de rattrapage scolaire), mais c'est la pratique constante des églises et des partis politiques.

Les reproches contre ces multinationales peuvent être :

- la criminalisation et le terrorisme. Il est assez rare qu'une secte devienne agressive à l'extérieur, cependant il y a le cas de la secte japonaise Aum Shinri Kyo qui le 20 mars 1995 a causé onze morts dans le métro de Tokyo par empoisonnement avec le gaz Sarin. A moins que l'on ne considère comme secte toutes les sociétés terroristes.Certes le cas des Frères Musulmans (el-Ikhwan el-Muslimin), fondés en 1928 en Egypte, est à cheval puisqu'ils sont passés de la communauté religieuse au parti politique puis à société secrète terroriste, dans bien des pays de la Syrie à l'Algérie. Enfin Al Qaida est une société secrète pan-islamiste fondée par Ben Laden en 1988, rendue célèbre par ses attentats terroristes à New York et partout dans le monde.

- l'extorsion de fonds aux adhérents, les quêtes pour des buts humanitaires, la non-assistance à personne en danger de mort, l'exploitation du travail gratuit, l'enlèvement ou le détournement de mineurs. Mais on les accuse en plus de tout et de n'importe quoi : espionnage, trafic d'armes, blanchiment d'argent ...

- la non-déclaration d'impôts. Le plus souvent en France lorsque le statut d'église leur est soudain refusé, les "sectes" sont l'objet de gros redressement fiscaux : Conscience de Krishna 65 millions, Moonistes 35 millions ...
 
Les Renseignements Généraux ont une liste de 10 critères, plus un groupe en rassemble, plus il est considéré comme une secte (déstabilisation mentale, exigences financières exorbitantes, rupture avec le milieu, abus sexuels ou physiques, embrigadement des enfants, discours antisocial, troubles de l'ordre public, démêlés judiciaires, détournements financiers, infiltration des institutions publiques et politiques).


La lutte contre l'oriental


Le succès de l'Orient a fait beaucoup de jaloux et d'envieux. En particulier les catholiques et les protestants, qui pendant des siècles ont envoyé des missionnaires sur toute la terre pour faire des conversions à la vraie religion, ne supportent pas que l'on leur rende la pareille et accusent maintenant les autres de corrompre les esprits et les âmes avec leur "contre-mission" (Mayer, 1985). Aussi assistons nous en cette fin de siècle à une intense campagne d'accusation de secte de tout ce qui vient de l'Orient. D'abord on a essayé de constituer un yoga chrétien, zen chrétien, taï-chi chrétien ... comme il y a des écoles chrétiennes, des hôpitaux chrétiens, des universités chrétiennes et des agences matrimoniales chrétiennes. Puis sont venus des mises en garde, des opuscules et des livres du type Non au yoga (Maurice Ray, Lausanne, 1977 3ème édition). Et l'on aboutit à cette phrase d'un présentateur à la Télévision  française: "on entre dans un cours de yoga et l'on se retrouve dans une secte". Alors que les cours de yoga ne sont pas plus une secte que les cours de judo, de tennis ou de Taïchi, que le Scoutisme, le Secours catholique ou la Croix-Rouge.

En fait certains chrétiens devant leur perte d'effectifs ne s'en prennent pas à eux-mêmes, mais préfèrent penser qu'on leur a volé des fidèles. Alors que les Hindous ne font aucun prosélytisme (à l'opposé des chrétiens) et qu'il est encore plus difficile de se convertir à l'Hindouisme que pour un chrétien de devenir un juif. En fait, il n'y a pas du en avoir 20, pendant que les chrétiens convertissaient 12 millions d'Indiens.

Il est curieux de voir dans bien des publications chrétiennes sur les sectes (Mayer, Vernette, Luca, Lenoir ...) qu'il n'y a aucune étude de sectes chrétiennes, mais uniquement (ou principalement) des dénonciations de sectes orientales ou "néo-orientales". Et la télévision française, chaque fois qu'il est question de secte ne manque pas de projeter des prises de vue (spectaculaires il est vrai) du Mandarom  où le fondateur avait la marotte de faire bâtir d'immenses statues colorées.

Mais le courant antisecte n'est pas simple ni homogène. En plus des grandes églises, les sectes ont maintenant contre elles : les matérialistes, les "rationalistes" du type "Union rationaliste", les médecins, les partis politiques, les parlementaires, les syndicats, les autres sectes et sociétés secrètes, etc. D'ailleurs tout un chacun est contre les sectes, le seul problème est de savoir comment on les définit et quelle en est la liste ! Et dans les listes publiées on trouve des clubs sportifs, des sociétés de pensée, des O.N.G., des lobbies ou groupement d'intérêts, des partis politiques avec leurs cellules, des associations caritatives, des groupes terroristes, etc.

Les dénonciations anti-sectes pratiquent essentiellement l'amalgame.
Par exemple, dans un article de la revue ELLE d'octobre 1996 Patricia Gandin dénonce sept "gourelles" fondatrices de sectes : Yvonne Trubert directrice d'IVI, Marguerite Preux directrice de la faculté de parapsychologie, Maud Pison institut de recherches psychanalytiques, Maïté Castano fondatrice d'Horus, Claire Nuer fondatrice d'Au coeur de la communication, Nicole Calot réincarnation du Christ, Nirmala Salve Devi fondatrice du Sahaja Yoga. Quel amalgame !  Et on leur reproche de faire ce que font les grandes églises depuis toujours. Ainsi, selon l'article, IVI a le culot de guérir par la prière et de vivre d'aumônes, comme à Lourdes.

On essaie d'attaquer les sectes sur l'exercice illégal de la médecine (mais prier n'est pas vendre une ordonnance de médicaments), l'utilisation du travail gratuit sans inscription à une caisse de retraite (comme dans tous les monastères depuis des siècles), la non-scolarisation d'enfants (mais les écoles privées sont libres) ...  On les accuse d'enrichissement personnel du chef, d’abus de biens sociaux, de domination des esprits, de mensonges et de dissimulation, de détournement de mineurs, de perversions sexuelles, de châtiments corporels ...
 
Les sociologues Bromley et Shupe ont pu montrer que les mêmes reproches (et souvent les mêmes phrases) avaient été utilisés dans les campagnes anti-catholiques aux USA au dix-neuvième siècle : dupes d'un clergé avide et corrompu, avec des couvents-prisons dont on ne pouvait pas sortir (La religieuse de Diderot), immixtion dans la vie privée par la confession, perversions sexuelles des prêtres et pédophilie des éducateurs et éducatrices, la captation d'héritages, dons et legs, l'exploitation des pauvres pour se bâtir des lieux de culte somptueux ... De même toutes les accusations actuelles contre les sectes ont été présentées en Suisse au Grand Conseil en 1883 contre la secte de l'Armée du Salut, qui en plus "se faisait obéir par un fluide mystérieux et provoquant suicides et aliénation mentale".

Concrètement, on leur reproche de faire brûler des odeurs orientales, de chanter en sanskrit ou tibétain, de s'habiller en orange, de ne pas aller dans les écoles, les hôpitaux, les supermarchés, les bars et les discothèques, mais d'être contre les vaccins, de pratiquer des massages ou l'imposition des mains, d'être végétariens, macrobiotique ou bio, d'utiliser les compléments alimentaires,les semences naturelles,  l'homéopathie, l'acupuncture ...

La France est le seul pays au monde à avoir une telle position anti-secte, menant à des erreurs et des persécutions. Elle est l’objet de remontrances de la part de l’Europe pour son harcèlement des minorités religieuses ou spirituelles.   

Par exemple :

-  L’Essentiel. Une communauté de l’Aveyron qui édite une revue « l’Essentiel » est l’objet de honteuses persécutions et de nombreuses accusations qui s’effondrent lors du procès de Millau en 2003

- La famille. Après des accusations et des persécutions pendant six ans,  tous sont acquittés lors du procès d’Aix.-

- Tabitha’s. Cet ordre apostolique biblique, installé à Navarrenx, comme ailleurs dans le monde, est accusé de ne pas avoir la télé et de ne pas savoir qui est Zidane …


S’occupent de ces problèmes :

MIVILUDES, La mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

La Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience.

www.coordiap.com  avec un collectif d’avocats pour se défendre contre les accusations.

                   
Pour notre part le problème nous paraît beaucoup moins résider dans les sectes que dans l'esprit sectaire.


Psychologie de l'esprit sectaire
 
Dans une petite secte  le chef connaît personnellement chaque membre et  l'influence. La grande secte, souvent de type multinationale, est accusée de pratiquer "le lavage de cerveau". Cette technique, un peu mythique, aurait été mise au point dans les milieux militaires et politiques du système communiste, à partir des travaux de Pavlov sur le conditionnement des chiens et elle a été appliquée en Corée du Nord. Il s'agit de déconditionner ou de déprogrammer la personne, puis de la reconditionner ou reprogrammer. Par l'installation de réflexe automatiques acquis, on va au-delà de l'endoctrinement. Pour cela la personne est maintenue isolée pendant une à plusieurs semaines, soumise à un jeûne n'ayant que le strict minimum de boisson et de nourriture, privée au maximum de sommeil, de rêve et de toute satisfaction sexuelle, obligée de chanter et de répéter certaines phrases ... Divers raffinements ont été développés comme l'arrivée du couple agresseur/sauveur, le sauveur devenant par la suite le faux ami, ou l'Aveu ... En Chine communiste la forme maoïste de l'aveu est un système complet : dès que l'on a rédigé un court aveu de sa faute avec le récit sincère de sa vie, on est interrogé sans fin sur les détails imprécis ou faux et de plus en plus convaincu d'imposture et de mensonges culpabilisants. Aussi on parle plutôt maintenant de "manipulation mentale".    Certaines de ces techniques auraient déjà été pratiquées classiquement dans bien des ermitages, monastères, couvents de femmes, écoles chrétiennes, Missions pour évangéliser les sauvages, la Légion Etrangère, les Marines américains, les commandos parachutistes, les Milices territoriales des USA ...Pour se délivrer du lavage de cerveau le deprogramming est utilisé par des parents pour récupérant leur enfant. Après un enlèvement réussi, une équipe d'anciennes victimes de sectes se relaie pour convaincre le jeune et le faire revenir à son état normal en lui dévoilant toutes les fautes de sa secte. Et l'on est donc amené à utiliser exactement les méthodes précédentes, mais "pour la bonne cause". Donc le vrai lavage de cerveau, c'est le deprogramming.
 
Dans les deux cas on est donc en face de l'esprit sectaire. Et "sectaire" signifie borné, entêté, intolérant ... L'autre est mis en prison, privé de liberté et soumis à une conversion, puisqu'il est dans l'erreur. Le critère central est le non-respect de la liberté de l'autre, car l'on a la conviction qu'il est dans l'erreur et que tout ce que l'on fait est pour son bien. La base est dans le totalitarisme : s'il n'y a qu'une vérité l'autre est forcément dans l'erreur et la première charité chrétienne est de l'en sortir d'où les Missionnaires et les conversions forcées. Il y a prise de possession de l'autre et c'est pour cela que c'est plus sensible avec les enfants, qui en tant que mineurs peuvent plus facilement appartenir à quelqu'un (parent, DASS, famille d'accueil, secte ...). L'autre est nié comme égal et comme personne, mais traité, par « une minityrannie » comme un mineur incapable de savoir ce qui est bien pour lui.
 
Donc les adeptes des petites sectes ne sont pas n'importe qui : préprogrammés, ils lui sont adaptés. L'esprit sectaire a été présent chez leurs parents, qui ne les ont pas respectés comme personnes. Suggestionnés, infériorisés et culpabilisés, ils sentent qu'ils sont l'objet d'un processus d'emprise et d'appropriation de la part de leurs parents. Ceux qui se révoltent aux alentours de leur majorité sont une proie facile pour les sectes. Les fugueurs surtout et  autres jeunes paumés et dépressifs sont facilement repérés par les émissaires des sectes qui ratissent en permanence les gares et autres lieux où ils traînent désemparés et désorientés. Après, comme un autre propriétaire en a pris possession, les parents entrent dans une grande fureur et dans une guerre sans fin pour se les réapproprier.
 
Le public des grandes sectes, pas aussi typé, comprend plusieurs degrés. Les nouveaux arrivants sont très sensibles à la chaleur de l'accueil, aux prestations quasi-gratuites, au succédané de famille, rassurés et éblouis par la possibilité de se faire très rapidement de très belles relations, ("du beau monde"). Ils ne sont pas choqués par les textes fondateurs et le discours théorique, qui sont souvent des compilations de piètre niveau, des élucubrations fumeuses, des invraisemblances irrationnelles et parfois de purs délires. Ils se sentent accueillis, respectés, aimés, on donne des réponses à toutes leurs questions, avec beaucoup de certitude et d'assurance et ils ont ainsi la conviction de faire partie des Elites ou des Elus. Parmi eux seul un petit nombre accroche et mérite d'accéder au second rang des organisateurs ou initiés. Ils découvrent alors la force des liens de solidarité, les profits matériels, le plaisir d'avoir enfin la révélation des "doctrines secrètes", et la fierté "d'être les élus qui vont sauver le monde", la récompense de grimper peu à peu dans la hiérarchie mystérieuse de la secte. Par là, ils commencent à faire corps avec la secte, dont ils deviennent sans s'en rendre compte à la fois les geôliers et les prisonniers.
 
Pour échapper aux sectes il ne nous semble pas qu'il faille lutter contre elles avec leurs armes, car on devient souvent aussi sectaires qu’elles. Il faut se situer en dehors. Ainsi sont tout à l'opposé les Associations démocratiques à l'esprit d'ouverture et de tolérance, qui acceptent la multiplicité et les doubles appartenances. De plus certaines d'entre elles développent l'acceptation de la différence, la responsabilisation, le respect d'autrui et l'esprit de complémentarité : "c'est en ce que tu es différent de moi que tu me complètes et m'enrichis". Le contraire de la secte, qui enferme, est ce qui relie aux autres et ouvre à la liberté. Ce qui a toujours été le message de la spiritualité authentique et du transpersonnel.


Références

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Mayer Jean-François, Sectes nouvelles, Paris, éd. Cerf, 1985
Monroy et Fournier, Les sectes, éd. Les essentiels, Milan, 2004
Morelli Anne, Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes, Labor, 2006
Vivien, Les sectes en France, Paris, Documentation française, 1985
Wilson Bryan, Les sectes religieuses, Hachette, 1970

http://www.europsy.org/marc-alain/sectes4.html

dimanche 26 janvier 2014

"LE SILENCE DE L'AUBE"


Il existe un moment magnifique, un moment tranquille, quand la nature nous ouvre ses bras généreux et nous offre un enseignement si complet, si puissant, si unique que nous ne devons pas chercher ailleurs pour comprendre le sens du silence et de l'immobilité. Vous voyez, l'univers, le monde naturel qui nous entoure est le gourou lui-même, silencieux, et tout ce que nous devons faire est de lui ouvrir notre conscience. Il est toujours disponible, à la fois comme un rappel et une aide pour nous qui sommes pris dans nos modes de pensée, nos cogitations sur ce que nous avons fait ou pas fait correctement hier, notre imagination, les désirs des choses et des expériences que nous voulons aujourd'hui, nos anticipations et les rêves de meilleures choses demain. L'univers ne se souvient pas, n'anticipe pas, ne prévoit pas, n'imagine pas, ne rêve pas. La nature est, tout simplement, et un ensemble de «chose» émanent du doux et pur silence lui-même et finalement y retournent. Le processus se poursuit à l'infini.

Si vous essayez ce simple exercice, il pourrait vous aider à enfin comprendre la liberté que vous êtes réellement et que vous avez toujours été. Essayez de vous réveiller plus tôt que d'habitude pendant quelques jours. Je sais que c'est difficile, mais croyez-moi: cela en vaut la peine. Vous pouvez vérifier quand se produit le lever du soleil dans votre partie du monde et essayer d'être dehors lors de ce merveilleux évènement. Maintenant, asseyez-vous juste quelque part et regardez ce spectacle se dérouler. Notez le silence de la terre: le sol, l'herbe, les arbres pouvant se balancer doucement dans la brise fraîche, le ciel qui commence à perdre son obscurité alors que les rayons du soleil commencent à diffuser, comment l'obscurité grise sans forme commence à briller avec des couleurs et des formes. Il y a là un grand silence, vous invitant ainsi que tout le reste à être présent en lui. Il est à la fois invitant et envoûtant. Essayez simplement d'être conscient, de remarquer, de regarder, d'entendre et d'être. Les oiseaux chantent, les vents font bruisser les feuilles des arbres, peut-être que certains animaux sont debout, tout près, étant eux-mêmes, s'éveillant à la journée. Tout se passe dans le calme, non, tout émane du calme. C'est une renaissance qui s'est produite pendant des éons

Maintenant, il suffit de suivre ce calme autour de vous, soyez très attentifs à chaque son, chaque couleur, chaque sensation, chaque odeur. Tout cela est-il en dehors de vous? Tout cela est-il séparé de vous? Tout cela est-il différent de vous? Où est vraiment ce silence? Ne vient-il pas de vous, de l'intérieur du noyau de qui vous êtes? Me suivez-vous bien jusqu'ici? Y a-t-il une différence entre vos perceptions sensorielles de l'immobilité de la matinée et la perception de l'immobilité au sein de votre propre cœur? Regardez, voire même sentez, où elles fusionnent. Elles fusionnent en Vous.

Mes très chers amis, vous êtes tout ce que vous voyez, entendez, sentez et percevez. Il n'y a absolument aucune limite entre vous et Cela. Vous êtes Cela! Et le doux fond toujours présent de conscience silencieuse se cherchant et se trouvant lui-même est à la fois la manifestation de Cela et la réflexion de Cela. Et il n'y a rien d'autre: rien. Que vous ayez évolué vers un animal pensant, mémorisant, rêvant, espérant et articulant, ne porte pas atteinte à l'identité que vous partagez avec l'univers tout entier. Vous êtes ce moment, ce matin, cette aube, ce soleil rayonnant tout autour. Vous êtes ces couleurs rayonnantes, ces images, ces oiseaux, ces animaux et ces arbres. Vous êtes ce ciel, ce vent, ce réveil frais, ce monde en évolution. Peut-être qu'il est temps de dire simplement «oui». Une fois pour toute, abandonnez la recherche, la quête, la clandestinité, les jeux, le scénario, l'espérance même d'encore un moment. Avec toutes les fibres de votre être: dites «oui» tout de suite. Et en disant «oui», vous dites «oui» à la liberté que vous avez toujours été: la douceur tranquille, toujours vivante en vous, à partir de laquelle l'univers tout entier se déploie. Bienvenue à votre Soi; bienvenue au Pur Silence du Maintenant.

Bonjour

Mark Mc Closkey


http://du-tout-et-du-rien.blogspot.fr/2011/11/le-silence-de-laube.html#more



mercredi 22 janvier 2014

"SOIGNER SON AME"


Quatre colloques importants se sont tenus en France au cours du premier semestre 1994 qui traitaient tous du rapport de la méditation et de la relaxation avec la psychologie et la psychiatrie. Notre collaborateur le Dr Vigne y a assisté à son retour d'Inde, et nous livre ici ses réflexions de méditant et de médecin.

Quand on y réfléchit bien, on s'aperçoit que le rapport entre thérapie et sacré est aussi vieux, si ce n'est que le monde, au moins que la culture humaine. Les diverses pratiques religieuses ont permis d'atténuer la souffrance de l'homme de multiples façons. La réflexion sur la guérison et le spirituel continue d'évoluer aujourd'hui, exprimée avec des concepts modernes. C'est l'état actuel de cette réflexion dont j'aimerais parler dans cet article. J'y évoquerai quatre congrès qui se sont déroulés au printemps, dans lesquels je suis intervenu et qui se rattachent à cette mouvance.

Au-delà du détail des interventions et des personnalités, j'ai senti une force qui émergeait de ces congrès: un certain nombre de gens veulent faire leur propre synthèse entre l'approche thérapeutique et l'approche spirituelle. Ils se prennent en main pour organiser des rassemblements allant dans ce sens-là ou pour venir y participer, la plupart du temps sans aucune aide officielle. Même si ceux qui s'intéressent réellement à une approche spirituelle des choses sont une minorité - c'est comme cela depuis bien longtemps - il ressort plus clairement de ces congrès récents qu'ils savent s'organiser en réseaux, souvent internationaux: cela donne du poids à leur pensée et à leur action.


Méditation et psychothérapie

Ce fut le sujet du congrès qui s'est déroulé à Lyon. Méditation et «médication» n'ont-ils pas la même racine: «prendre soin de» ? L'organisateur de ce congrès, le Dr JeanMarc Mantel, était psychiatre à l'hôpital Foch; il a arrêté son travail pendant un an et demi pour se consacrer à la méditation, et il a maintenant repris ses fonctions en autre lieu. Il est inspiré par le Védanta et Jean Klein. Derrière le rapport entre méditation et psychothérapie, il y a une notion fondamentale, celle de l'autoguérison. L'homme a en lui la possibilité de se soigner, d'évoluer intérieurement et, nous disent les traditions, d'atteindre le Suprême. Dans cette démarche, le sujet doit se retrouver un jour ou l'autre face à lui-même, et c'est le processus de méditation qui commence.

Il y a deux grands types de méditation - les méditations de concentration, qui apportent rapidement un état de paix, et les méditations d'observation, qui permettent de comprendre les mécanismes mentaux et de s'en désidentifier. En langage bouddhiste Hinayana ( dans le bouddhisme Mahayana et zen en particulier, concentration et observation sont unies dans la pratique de la méditation en zazen ), on parlerait de shamata et de vipassana. Ces deux types de méditation sont thérapeutiques.

Il y a une sorte de dogme en psychanalyse qui dit qu'on ne peut évoluer si l'on n'a pas revécu consciemment les expériences traumatisantes du passé. Mais la méditation de la concentration, qui crée dans le présent des états extrêmement positifs qu'on n'a jamais vécus auparavant, permet aussi une évolution intérieure rapide. La méditation d'observation, par l'attitude de réceptivité à «ce qui remonte>>, semble plus proche des conceptions habituelles de la psychothérapie; mais même là, il y a une différence importante: la manière dont les «nþuds du cþur» se sont noués dans le passé n'est pas étudiée en détail: par contre, on développe un savoir- faire concret pour les dénouer dès qu'ils se présentent, à l'instant même, et pour répéter ce processus autant de fois que nécessaire. En psychothérapie, les problèmes sont au centre de la conscience, ils sont considérés en tant que tels, alors qu'en méditation on les observe de manière périphérique, dans la mesure où ils obscurcissent notre perception directe de l'absolu. En thérapie, on voit les problèmes, en méditation, on voit au travers.

En psychothérapie on cherche surtout à se désidentifier du surmoi, en méditation, on souhaite se désidentifier aussi du moi et du ça - en fait, de toute la machinerie de l'ego, globalement. La psychothérapie est une forme de pédagogie; les patients apprennent à comprendre des mécanismes de base de leur mental. On cherche à développer un moi sain, qui pourra être réellement abandonné par la suite dans l'évolution spirituelle; en effet, ce sont les egos malades et souffreteux qui ont en fait la vie la plus longue sur le chemin intérieur. Ce dernier vise un idéal de perfection qu'on trouve mis en valeur dans les différentes traditions. Un moyen direct d'atteindre cette perfection de la conscience peut être expérimenté lors de l'arrêt du mental, ce qu'on appellerai l'apatheia dans le christianisme des Pères du désert. Quand des couches de plus en plus profondes du mental se calment, la «vraie chose» se révèle, qu'on appelle le Soi ou le Divin. La méditation apporte par rapport à la psychothérapie deux éclairages supplémentaires: la compassion (en ce sens, la méditation peut être appelée «bien-veillance») et la transcendance. Cette vision transcendante correspond au solvant universel des alchimistes, elle vise à la déprogrammation de tous nos déconditionnements.

Si la méditation a tant d'intérêt, pourquoi si peu de gens la pratiquent ?

La première raison, c'est une mauvaise compréhension de la dialectique méditation-action: au lieu d'essayer de faire passer les prises de conscience de la méditation dans l'action, beaucoup laissent tomber la pratique de la méditation et font une pirouette intellectuelle en baptisant leur action «méditation dans la vie» ou «kama yoga»... On peut difficilement intégrer cette catégorie de personnes à une évaluation de l'efficacité de la méditation, puisque, concrètement, ils ne pratiquent pas.

Il est difficile d'être en face de soi-même; il peut y avoir une sorte de réaction dépressive à traverser quand on découvre que le fonctionnement de son ego est bien moins brillant que ce qu'on pensait au départ. Beaucoup n'arrivent pas à faire face à cela.

La méditation, traditionnellement, se pratique en lien avec un maître spirituel. Il y a une confusion des idées sur ce qu'est ce lien, un peu en Orient, et plus encore en Occident.

Certaines personnes qui méditent régulièrement se plaignent de ne pas évoluer; il faut qu'ils se demandent si l'énergie qu'ils éveillent effectivement par la méditation n'est pas gaspillée au fur et à mesure par des «fuites d'énergie» chroniques: style de vie éclaté, tendance à la colère, envie d'aider les autres sans en avoir la capacité, changements fréquents de types de pratiques et d'enseignements spirituels, etc.

On peut aussi être déçu par la méditation parce qu'on a une fausse attente vis-à-vis d'elle: attente d'expériences extraordinaires à l'occasion de stages de week-end, etc. Une méditation réelle est comme une sorte de bain quotidien, elle est un soleil qui fait mûrir différents fruits, chacun en son temps. Elle amène à distinguer, à l'intérieur même du champ mental, la partie qui est observée de la partie qui observe, et à renforcer celle-ci. En ce sens, on peut dire en reprenant la jolie expression de Robert Dumel: «Consacrer du temps à la méditation et au Yoga, c'est consacrer le temps».

Il ne faut pas croire qu'enseigner des formes simples de méditation aux patients soit le seul moyen de faire une thérapie spirituelle. Le thérapeute, pour peu qu'il ait lui-même une expérience spirituelle, trouvera des milliers de façons de la faire pressentir au patient, par un geste, un sourire, un silence, une histoire racontée au moment juste, ou une conversation directement centrée sur les questions religieuses, si souvent occultées en psychothérapie. Ceci dit, ce n'est pas parce qu'un thérapeute s'intéresse à la spiritualité qu'il doit devenir une sorte de gourou local; il vaut mieux qu'il soit capable de passer la main, et de suggérer à son patient divers groupes traditionnels compétents dans leur domaine, afin que celui-là puisse continuer son itinéraire.

La recherche sur la méditation est peut-être la plus féconde de la psychologie transpersonnelle. Quand on regarde les thèmes des articles dans le Journal of Transpersonal Psychology, un thème de plus en plus abordé au fils des années est celui de la méditation.


Peut-on objectiver le corps énergétique ?

Le congrès du Corps Energétique s'est déroulé en mars à Paris. C'est le troisième du genre par l'AIEV et le Dr Bercot. Ce dernier est un ex-chirurgien cardiaque, chercheur à l'INSERM, qui s'est passionné pour l'étude du corps énergétique et son utilisation en thérapie. Le congrès lui-même a donné de l'importance aux stages expérientiels destinés à faire prendre conscience du corps énergétique de multiples façons. Du point de vue de la recherche théorique, un chercheur en biologie moléculaire et génétique de l'INSERM a fait remarquer qu'il existait maintenant une jeune génération de scientifiques ouverts au fait d'entamer des protocoles de recherche inspirés par des hypothèses spiritualistes.

Evidemment, ils nécessitent des fonds, comme pour tout travail; de plus, le premier problème à résoudre en ce qui concerne le corps énergétique, c'est de trouver des moyens de l'objectiver scientifiquement. A partir de là, de multiples protocoles d'investigation peuvent être conclus. Evidemment, la difficulté dans l'étude du corps énergétique ou subtil, c'est justement qu'il est subtil, et éminemment variable selon l'état de la personne. Cette variabilité extrême rend délicates les élaborations trop précises sur les chakras ou sur l'énergétique en acupuncture. C'est sans doute pour cela que dans les voies de méditation qui s'intéressent à l'évolution globale du pratiquant, on conseille d'observer les phénomènes énergétiques: en développant cette position d'observateur long terme, on ne risque pas d'être emporté d'un côté ou d'un autre, ni de se tromper, car on maintient la supériorité de la conscience sur les tourbillons et les tempêtes des eaux énergétiques.

En Inde, des auteurs comme Gopi Krishna ou plus récemment B.S. Goel ont décrit en grand détail leurs expériences de Kundalini. Les livres de Gopi Krishna ont été récupérés un peu facilement par la vague hippie; qui a vu dans la Kundalini (l'énergie lovée à la base de la colonne vertébrale et pouvant s'élever par elle) un moyen bon marché de faire un «trip»érotico-mystique. Et pourtant, la Kundalini est déjà évoquée indirectement dans les Upanishads, et elle représente une part importante de l'enseignement de l'Inde médiévale. Ce que dit cet enseignement, en substance, c'est que l'énergie vitale de base peut et doit être sublimée, qu'il y a des techniques de méditation qui vont dans ce sens, et que la classification en sept chakras permet un premier repérage dans le foisonnement des expériences énergétiques. Dans la pensée indienne, la Kundalini est une déesse qui octroie moksha, la libération, si on la sert de manière désintéressée. Il est difficile dans ce contexte de l'utiliser comme auxiliaire d'un protocole thérapeutique. Les résultats peuvent être bons chez le patient, mais plus mitigés chez le thérapeute qui risque d'être victime de l'énergie qu'il a éveillée comme une sorte de golem.


Le yoga qui soigne


Un congrès de Yoga-thérapie s'est aussi tenu en mai, organisé par le Dr Lionel Coudron et l'association «Médecine et Yoga». Il fait partie d'une série de congrès qui se sont déroulés en Inde à Bénarès et Bangalore, ainsi qu'en Italie. Il a réuni deux cent cinquante personnes venant de dix-sept pays. Il s'est conclu par la rédaction de la déclaration d'Annecy en faveur d'une médecine balistique. Cette déclaration a été élaborée avec l'aide d'un conseiller juridique au Parlement Européen, et a été envoyée aux ministres de la Santé du monde entier.

Du point de vue français déjà, ce congrès a permis de prendre conscience de la manière dont le yoga pénétrait tranquillement les institutions publiques. Il y avait par exemple deux infirmières psychiatriques de Montpellier qui étaient venues avec leurs frais pris en charge par la formation permanente de leur institution. Le Dr Irampur, professeur à la faculté de médecine naturelle de Bobigny, a parlé de son expérience de création de vingt-cinq groupes de yoga pour traiter les alcooliques. A son sens, et il parle avec plus de vingt années de recul, les pratiques corporelles et les groupes d'anciens buveurs (style Alcooliques Anonymes) sont les deux moyens d'avoir un réel traitement de fond de la dépendance alcoolique, loin devant les traitements médicamenteux. L'alcool est réellement un fléau social, avec trente-six millions de consommateurs et cinq millions de dépendants. En plus de la cirrhose, il faut noter que 50 % des alcooliques dépendants meurent de cancers. On reproche parfois au yoga d'être loin des préoccupations de la société au sens large; mais l'alcoolisme est un champ où il peut avoir une action d'une importance décisive. Chacun cherche le bonheur; les alcooliques et les toxicomanes le cherchent dans une substance extérieure à eux-mêmes; le yogi le cherche à l'intérieur. La possibilité d'expérience de bonheur intérieur intense est le meilleur encouragement à l'abandon de la consommation de substances. Dans ce sens, le Pr Curtis du service de psychiatrie de l'université de Columbia a rendu systématique la pratique du yoga chez les patients en cure de désintoxication.

Pour tirer un réel bénéfice du yoga, il faut éviter de dissiper l'énergie éveillée par la pratique. Quels peuvent être les facteurs de dissipation, de «fuite» d'énergie ? J'ai été amené à réfléchir là-dessus en rencontrant récemment trois professeurs de yoga qui avaient été ou étaient victimes de dépression. Cette question de fuite d'énergie est aussi importante pour des gens qui se trouvent en position de thérapeute. J'en parle de manière générale dans mon livre Le maître et le thérapeute, mais je vais essayer d'évoquer ici les points qui me semblent les plus importants:

Le ressentiment envers celui ou ceux qui vous ont enseigné ce que vous savez: les brouilles entre enseignants et élèves sont courantes dans le milieu du yoga et contribuent à créer une sorte de contradiction interne au niveau de la pratique quotidienne.

Sur l'autre versant de la relation d'aide, l'attachement aux élèves peut être un facteur de fuite d'énergie, soit qu'on ait besoin d'eux au point de vue financier, soit surtout au point de vue subtil, pour par exemple étayer une image de soi chancelante, etc.

Dans la séance de yoga, il y a des moments où à la fois professeur et élève sont en état de conscience modifiée. Ce sont des moments à hauts risques, bien qu'ils soient également intéressants d'un autre point de vue.

Le fait de trop materner les élèves, de les toucher, peut tout à fait créer une déperdition énergétique, et le fait que les élèves aiment cela ne change rien au phénomène.

L'enseignement du yoga est basé sur la pensée positive: il n'y a pas de mal à cela - il existe tant d'occasions de pensée négative dans la vie courante que la séance de yoga et sa pensée positive devient une source importante de réconfort pour les élèves. Cependant, la pensée positive ne doit pas remplacer la pensée tout court, et souhaiter arriver au but ne doit pas faire croire qu'on y est déjà parvenu. Cela serait en contradiction avec le bon sens, ainsi qu'avec un précepte fondamental du yoga: la vérité (satya). Le risque est de développer une double personnalité, alors qu'une spiritualité authentique recherche l'unité ainsi que la spontanéité.

Une dernière idée fausse est responsable de bien des pertes d'énergie: on croit qu'il faut être en position d'enseignant ou de thérapeute pour pouvoir aider spirituellement les autres; mais la spiritualité peut se transmettre d'une multitude de manières, la première restant l'exemple. De plus, les gens qu'on doit aider viennent croiser votre chemin spontanément.


Les paradoxes de la relaxation thérapeutique


L'IFERT, sous la direction des Drs Wintrebert et Ehrlich, a enfin organisé au CNIT (La Défense) un congrès de relaxation thérapeutique qui a rassemblé plus de deux cent cinquante personnes. J'ai un faible pour cette discipline, car le travail qu'elle amène à faire sur le corps et l'imaginaire court-circuite le mental habituel beaucoup mieux que les thérapies verbales et permet d'introduire concrètement un début de travail spirituel en thérapeutique tout en restant accepté par le milieu médical.

La multiplicité des tables rondes, seize réparties dans des salles différentes en une journée, était preuve de la vitalité du sujet. Je pense que ceux qui enseignent la relaxation auraient intérêt à réfléchir sur les bases théoriques de la méditation. Ils trouveraient là un fondement éprouvé par le temps à leurs pratiques: il n'y a pas eu besoin d'attendre le XXe siècle pour savoir relaxer son bras droit ou observer son souffle; il y eut des gens, avant nous, qui ont passé bien plus de temps que nous à ces exercices, même s'ils n'ont pas exprimé les résultats de leurs expériences dans le langage de la psychologie occidentale. Si la relaxation ne s'intéresse pas sérieusement à ces bases orientales, elle risque de rechercher des supports théoriques dans la psychanalyse, et de se trouver par là même intellectualisée, et alourdie des complications idéologiques qui opposent chapelles et sous-chapelles dans ce domaine-là. Peut-être que dans la rencontre, la psychanalyse y gagnerait en acquérant une dimension corporelle qui lui manque cruellement, mais je pense que la relaxation y perdrait sa spécificité qui est d'aller directement du corps à l'image mentale en réduisant au minimum l'intermédiaire verbal et tous ses dangers de constructions et déviations intellectualisantes.

Bien que la relaxation thérapeutique veuille se tenir au cadre médical dont elle est issue, elle fait preuve d'une certaine ouverture: par exemple pour laisser la place, lors de la séance plénière de clôture de ce congrès, à une intervention sur relaxation et méditation. Après les nombreuses communications sur les applications spécialisées de la relaxation, ce sujet pouvait représenter une sorte de tentative de synthèse. La relaxation en elle-même pourrait être définie, comme l'a fait le Pr Pélicier, ex-chef du service de psychiatrie à l'hôpital Necker et président du congrès, comme une recherche de sagesse dans le cadre des thérapies.

La présence des pays de l'Est dans au moins deux de ces congrès est le signe d'une ouverture de ce côté-là. Je suis moi-même allé récemment donner des séminaires de yoga et de psychologie transpersonnelle en Europe de l'Est. En Pologne, j'ai trouvé des psychologues jeunes, ouverts à la psychologie humaniste; dans un des groupes où j'ai été invité, ils ont introduit la méditation matin et soir durant leurs semaines de formation. En Russie, à Saint-Pétersbourg, j'ai rencontré un éditeur qui avait publié un livre de yogathérapie en trois volumes: en quelques mois, il a vendu en tout un million d'exemplaires.

Visiblement, il y a une recherche intense de sens de la part de toute une partie de la population; espérons que les contraintes économiques et les changements politiques ne vont pas étouffer l'oiseau dans l'oeuf...

Par le Dr Jacques VIGNE

http://jacquesvigne.com/JV/jv8.htm


lundi 20 janvier 2014

"NAISSANCE ET CROISSANCE DE L'AME"


Lorsqu'un être humain vient au monde, la particule du Divin dans le cœur est toujours neuve et impersonnelle. Elle appartient à Dieu, bien que prisonnière de l'obscurité matérielle. Elle fait partie de l'héritage "génétique" en quelque sorte du corps animique, comme le corps physique qui possède deux yeux, un nez, une bouche et tout son héritage génétique.

La plupart du temps aucun être personnalisé ne s'articule autour de cette particule, si ce n'est une ambiance spirituelle de fond nouvelle et unique pour chacun ; et qui doit normalement orienter l'individu vers une aspiration et une évolution qui lui est propre et originale. Mais bien sûr cela n'arrive que très rarement car l'aspiration est étouffée sous tous les conditionnements de l'existence.

Tout aussi rarement cette ambiance de fond peut porter en elle une programmation spirituelle placée là directement par le Divin, ou prélevée en Lui, si cette personne doit avoir une destinée particulière. C'est à dire que l'âme peut porter à ce moment là une supraconscience divine déjà en partie formée.

Encore plus rarement, en plus de toutes ces possibilités, des êtres spirituels, humain ou non, peuvent aussi placer autour de la particule divine différents types de supraconsciences absolues liées à leurs propres réalisations ou nature d'être. Mais il y a une limite à ce phénomène et à la quantité de ce que l'âme peut porter à la naissance, c'est pour cela qu'en général ce transfert, s'il peut commencer dans le ventre maternel, peut se poursuivre aussi tout au long de la vie.

Voilà pour ce qui est de la nature spirituelle.

Les êtres des plans intermédiaires ou inférieurs peuvent aussi agir de la sorte par des transferts de leur propre nature, sauf qu'à ce moment là les transferts se situent au sein du corps subtil ou du corps astral, et qu'ils sont obligés d'attendre une certaine maturité psychologique ou astrale de l'individu dans la distorsion pour réaliser cela. Car l'esprit du bébé est trop pur pour être possédé ou influencé dès la naissance.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que nous sommes à la fois des êtres spirituels particuliers, issus directement du Divin et avec un parfum unique s'incarnant en ce monde, et à la fois des êtres spirituels en devenir et en construction. Car comme le corps physique qui doit atteindre sa maturité au cours de la croissance, notre nature spirituelle a aussi son enfance et doit croître afin de vaincre toutes les limitations de ce monde.

Jean-Michel Jutge (dimanche 27 novembre 2011)


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"LA MANIFESTATION CHRISTIQUE"


La Lumière de Grâce, bien que de nature christique, n’est qu’un rayon particulier de la manifestation christique en général, qui n’est elle-même qu’un rayon particulier de la manifestation divine dans sa globalité. Cela n’en altère pas moins sa magnificence et son caractère absolu, qui nous donne un accès direct à l’Ineffable et son infini qui à travers elle peut manifester sa grâce de manière éternellement neuve.

Une des particularités de ce rayon est qu’il fut le premier absolu à s’être manifesté à l’homme, vers le début du Néolithique, lui offrant une âme et les vertus créatrices qui l’accompagnent. Cette période connue sous le nom de l’Eden a tout de même durée près de 2000 ans. Puis la chute laissa dans l’homme un grand vide existentiel, doublé d’un souvenir atavique d’un âge d’or. L’âme s’atrophia, jusqu’à ne plus subsister que la particule divine, dernier vestige d’une grandeur spirituelle perdue.

La chute se perpétua au fil des siècles et des millénaires, quelques grands prophètes et avatars la freinèrent, Krishna, Elie, Bouddha, Zaratoustra, parmi les plus connus, jusqu’à Jésus qui inversa la tendance à travers la manifestation de ce que l’on appelle le Christ Solaire, un autre rayon de la manifestation christique.

Si la crucifixion fut un crime contre un prophète de Dieu, elle permit néanmoins par la résurrection l’ouverture d’une porte qui donne un accès direct vers la manifestation du Christ Solaire. Mais je ne développerai pas cet aspect ici. Parler de la manifestation christique et de ses différentes formes, de sa nature et de son rôle dans le cosmos serait trop long.


Je resterai donc sur le sujet de la Lumière de Grâce.

Bien qu’il soit actif dans tout l’univers, à notre époque ce rayon particulier a été réactivé pour la planète et est de nouveau accessible à l’humanité. De ce fait il va chercher au fond du cœur ce vestige de l’Eden qui est la particule divine en tant que Christ Intérieur, pour l’éveiller et mettre de nouveau en marche le déploiement de l’âme directement sous l'inspiration du Créateur.

Mais il va beaucoup plus loin car il vise également à plus ou moins long terme à éveiller le Christ Planétaire. Et parce qu’il est un processus cosmique et universel, le processus de la Lumière de Grâce fédère aussi les autres processus divins ou christiques en œuvre sur la planète et tisse les liens qui existent entre toutes les manifestations divines. Car Dieu ne sépare pas, il unifie constamment son œuvre. Mais c’est une œuvre qui se fait au sein du chaos et de la limite que présente la manifestation, et à ce titre elle peut revêtir à travers chacun une forme plus ou moins différente.

Jean-Michel Jutge (18 septembre 2011)

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dimanche 19 janvier 2014

"LES 3 KUNDALINIS ET LE NOUVEAU DEVENIR HUMAIN"


"Ouvre les yeux et considère-toi : l’être humain est fait à l’image, et par le pouvoir du Dieu-Trinité.
Contemple ton homme intérieur, et tu le verras distinctement et clairement. [Jacob Boehme]

par François Favre

(publié dans la revue 3ème millénaire - 2003)

Depuis un siècle et demi environ, des chercheurs venus de tous les horizons s’intéressent au phénomène de la Kundalini et à son rôle dans l’évolution humaine. Son étude, tant sur le plan ésotérique que scientifique, a suscité nombre d'opinions contradictoires et le plus souvent divergentes : Mme Blavatsky, qui a introduit le concept en Occident vers 1875, la nomme « puissance électrique » et la décrit comme la véritable source des états de conscience supérieurs ; Jung voit dans cette force primordiale et universelle, associée traditionnellement à la sexualité, le fondement d’une « énergétique de l’âme » conduisant à la réalisation du Soi, au moyen de l’individuation ; S. Grof, influencé par les enseignements de Swami Muktananda, considère son activation comme un puissant catalyseur d’éveil spirituel et de développement psychique ; K. Ring comme Gopi Krishna ou A. Bailey, attribuent à cette énergie à la fois vitale et destructrice le pouvoir d’accélérer l’évolution non seulement de la conscience personnelle d’un individu, mais celle de toute la race humaine ; Gurdjieff, à l’inverse des théosophes, nie son caractère « libérateur » (tout comme J. Krishnamurti, Vimala Thakar ou Ramana Maharshi) et affirme de manière provocatrice que « Kundalini est une force qui a été introduite dans les hommes pour les maintenir dans leur état actuel », situation qu’il compare à celle induite par le sommeil hypnotique ou l'ensorcellement.

Pour expliquer ces oppositions concernant le rôle de la Kundalini dans le développement humain, nous proposerons l’hypothèse suivante : il existe dans le corps trois centres dans lesquels cette Force divine, dont le déploiement a produit tous les grands sages et tous les génies de l’Histoire, peut agir afin d’éveiller l’homme à sa véritable vocation de « Fils divin » : le bassin, le cœur, et la tête ; à chaque source correspond une méthode d’éveil particulière ou « énergétique » ;  l’existence d’au moins trois énergétiques différentes explique le phénomène de la « guerre des Maîtres » (Ramana Maharshi, Sri Aurobindo et Osho Rajneesh, par exemple, ne transmettent pas la même réalisation et appartiennent à des « familles énergétiques » distinctes). Nous allons maintenant étudier successivement ces trois méthodes d’Eveil singulières, qui visent chacune à la formation d’un « homme nouveau » et auxquelles nous donnerons le nom d’ « initiation tantrique » (kundalini du bassin), d’ « initiation supramentale » (kundalini de la tête), et d’ « initiation christique » (kundalini du cœur). Nous nous attacherons plus particulièrement à la description de cette dernière, qui demeure largement inconnue des chercheurs occidentaux, et nous tenterons de mettre en évidence le fait que l’Occident possède son propre ésotérisme, un ésotérisme christique, ainsi qu’une méthode d’initiation spécifique (le transfigurisme), parfaitement adaptée à la structure physiologique et mentale de l’homme occidental, et totalement indépendante des chemins et des systèmes anciens enseignés dans les religions orientales.

Le yoga de la Force ascendante

Originellement, le mot Kundalini appartient au lexique technique de l’ésotérisme indien et désigne l’énergie ophidienne lovée à la base de la colonne vertébrale. Les auteurs indiens lui donnent le nom de Shakti et voient en elle la véritable source de l’énergie universelle, du feu cosmique. Cette fantastique énergie, que la plupart des cultures connaissent depuis toujours et honorent sous la forme du serpent (en Inde, la Kundalini-Shakti est représentée sous la forme d’un serpent femelle ; on la dénomme aussi « Puissance du serpent »), possède deux aspects : l’un manifeste l’existence ordinaire, l’autre nous conduit à la Vérité suprême ; dirigée vers l’extérieur, elle nous permet d’explorer le monde qui nous entoure ; éveillée dans le centre de la base où elle demeure, la « Mère divine » nous révèle le monde intérieur, le monde spirituel.

La meilleure description que nous possédions de ce processus d’éveil spécifique nous est fournie par la philosophie du yoga, et plus particulièrement du hatha yoga. Hatha en sanscrit est composé de deux mots, ha et tha, signifiant le soleil et la lune. Ces deux astres sont ici utilisés symboliquement pour représenter les deux courants nerveux circulant du côté droit et du côté gauche de la colonne vertébrale, à l’intérieur des deux nadis ou canaux subtils de pingala et ida. Le premier, masculin, créateur, est rouge et brille comme le soleil ; le second, féminin, réceptif, est jaune et diffuse une lumière semblable à celle de la lune. Leur fonction est d’assurer la circulation du prana (« souffle inspiré » ; fluide cosmique ou supracosmique) dans le corps. Quant à la nadi centrale autour de laquelle s’entrelacent les deux autres à la façon des deux serpents du caducée, elle porte le nom de sushumna et est désignée par les ésotéristes indiens comme la « rivière du Paradis » ; de couleur blanche, elle a l’éclat du diamant. Pingala et ida se croisent six fois sur la sushumna et chacun de ces points de rencontre est appelé « chakra » (il existe encore un septième chakra, distinct des six autres et relié à la pinéale). Ces « roues de feu » sont localisées respectivement à la hauteur  du sacrum, du nombril, du plexus solaire, du cœur, de la gorge, du front, et au sommet du crâne. Elles tournent plus ou moins vite mais toutes dans le même sens (de gauche à droite chez l’homme spirituel, de droite à gauche chez l’homme naturel) ; la philosophie orientale symbolise ces deux mouvements de rotation par la double swastika, dont l’une, dextrogyre, représente la « roue de la vie »  et l’autre, sénestrogyre,  la « roue de la mort » (= croix gammée).

La véritable fonction d’Ida et de Pingala est de conduire jusqu’à la base de l’épine dorsale les différentes énergies libérées par la maîtrise du souffle, afin d’ « exciter » la force de Kundalini qui gît là, à moitié inconsciente (les textes la représentent comme endormie au fond d’une caverne où brûle un feu à demi éteint ; l’essentiel des pratiques yoguiques consiste à souffler sur ce feu afin de le raviver). Sortant de sa léthargie, la Kundalini « se dresse en sifflant » et commence son ascension à travers la sushumna (à la manière d’un « serpent qu’agace le bâton du charmeur », dit une Upanishad) ; au cours de sa montée, elle perce les différents chakras qu’elle rencontre sur son chemin et s’unit finalement au sommet de la tête à l’Esprit universel, qui vient à sa rencontre.

 Il convient de noter que ce type de « processus kundalinien » apparaît clairement non seulement dans la littérature indienne, d’inspiration yogique et tantrique, mais aussi dans le bouddhisme tibétain, le taoïsme, l’occultisme occidental ou  le néo-occultisme du Nouvel Age, et qu’il est généralement basé sur l’utilisation de la magie sexuelle à des fins d’ « expansion de conscience » ou de « développement personnel ».  Comme nous allons le voir maintenant, cette interprétation classique du processus de la libération a été contestée à notre époque par différents enseignants spirituels, dont Sri Aurobindo (1872-1950) et Jan van Rijckenborgh (1896-1968). Le premier, d’origine indienne, basa son yoga intégral sur l’éveil de la kundalini de la tête ; le second, d’origine hollandaise, enracinait sa pratique spirituelle sur l’éveil du Cœur, de la kundalini du cœur (en ce sens, il est proche de quelqu’un comme Ramana Maharshi), se situant dans la lignée des grands gnostiques occidentaux comme Paul de Tarse, Mani, Jacob Boehme ou les cathares.

Le yoga de la Force descendante

Aurobindo partait du principe que l’humanité était entrée depuis le début du XXì siècle dans une nouvelle phase de mutation, qui rendait caduque les anciennes méthodes d’initiation basée sur l’éveil de la kundalini dans le sacrum. Selon lui, l’ouverture des chakras, qui détermine la spiritualisation de l’homme, doit maintenant s’opérer à notre époque non plus de bas en haut  (yoga de la Force ascendante) mais de haut en bas (yoga de la Force descendante). Une fois « réveillée », la force de Shiva, située au-dessus de la tête, pénètre dans le système humain par la porte de la pinéale, descend dans le canal central de la moelle épinière (sushumna) et perce, lentement et doucement, les différents chakras pour s’unir finalement avec la Mère divine, la Kundalini-Shakti, qui s’élève du bas de la colonne vertébrale à sa rencontre. L’un des avantages de cette méthode est que les centres énergétiques situés dans le bassin, vitaux et subconscients, ne s’ouvrent qu’en dernier (à l’inverse du processus tantrique), parfois même longtemps après qu’ils aient été « percés », évitant ainsi au candidat d’être confronté trop rapidement avec les forces chaotiques et sauvages de la Nature (c’est la raison pour laquelle les yogas traditionnels exigent absolument la présence d’un Maître protecteur, pour éviter à l’adepte de sombrer dans la folie ou l’autodestruction). Le but du processus révolutionnaire envisagé par Sri Aurobindo n’est donc pas seulement de « monter »  pour parvenir à la libération de la conscience hors de la matière, mais au contraire de « descendre »  pour transformer la Vie et la Matière jusque dans ses constituants les plus intimes (spiritualisation de la Nature)1.

Transfiguration

Van Rijckenborgh, de son côté, récuse les deux approches précédentes comme partielles et incomplètes et propose dans son enseignement une troisième voie, une troisième  énergétique, qui unit et fusionne les deux visions précédentes. Elle mobilise trois kundalinis et non deux comme dans les autres formes de yogas, lesquelles excluent, de fait et structurellement, le pôle du cœur situé actuellement en dehors du système du « feu du serpent ». Selon le gnostique hollandais, « redresser le cœur », c’est-à-dire éveiller la kundalini dans le « sanctuaire » du cœur et replacer le centre du sentiment dans l’axe de celui de la tête et du bassin, représente la première tâche pour celui qui désire suivre le chemin  de « l’initiation christique ».

En quoi consiste cette méthode de délivrance particulière que Van Rijckenborgh nomme « Transfiguration » et définit comme : « intervertir les personnalités terrestre et céleste », ce qui implique d’abord l’éveil de cette personnalité céleste par un changement fondamental du penser, puis du désir (corps astral) et enfin une maîtrise des éthers (corps éthérique comme matrice d’un nouveau corps physique) ?2

Pour la décrire dans son essence, prenons d'abord une image classique, celle de la métamorphose de la chenille en papillon, utilisée par de nombreuses fraternités gnostiques (en particulier, les cathares) pour exprimer le mystère de la « Grande Transformation «. Une chenille se protège de l’extérieur en s’enfermant dans un cocon ou en s’enterrant. Elle se fige en une sorte de petite momie, la chrysalide (chrysos : l’or) qui curieusement prend très vite l’apparence extérieure du futur papillon. Pendant plusieurs mois rien ne se passe, tout au moins en apparence ; puis un jour, un miracle étonnant se produit : une nouvelle créature ailée émerge du cocon en déchirant l’enveloppe rigide de la chrysalide, déploie ses ailes et s’envole. La chrysalide, l’enveloppe extérieure, avait l’air complètement inerte, comme morte. Pourtant, à l’intérieur, des changements remarquables avaient lieu. Ceux-ci peuvent être décrit de la manière suivante : la chenille et le papillon n’évoluant pas dans les mêmes espaces et ne se nourrissant pas de la même manière (une chenille mâche des feuilles, un papillon boit du nectar liquide), une transformation structurelle est nécessaire, de nouveaux organes doivent être constitués. Ceux de la chenille se dissolvent, se transforment en fluides et il ne reste plus que 7 ganglions, qui rappellent analogiquement les 7 chakras du corps astral chez l’homme ; et c’est à partir de cette matière apparemment informe mais vibrante de vie, d’informations et de conscience, de cette « tourbe alchimique «, que se forment les ailes, les yeux, les muscles et le cerveau du futur papillon. Jusqu’à la réalisation finale qui voit le papillon s’extraire de sa gangue grossière, tous les changements qui s’opèrent dans la chrysalide doivent demeurer secrets et invisibles au regard de l’observateur extérieur, afin que protégé dans la coquille qu’elle s’est fabriquée, la « nouvelle créature » puisse accomplir dans les meilleures conditions cette métamorphose, qui absorbe tout son temps et son énergie vitale.

Le mystère du microcosme

Cette métaphore empruntée au règne animal s’applique parfaitement et totalement à l’homme engagé dans le processus de « transfiguration »,  que les Evangiles canoniques et apocryphes nous  relatent. Le terme « endoura », dont parle la gnose cathare, désigne le processus d’abolition ou d’annihilation de l’égo, par lequel s’opère le remplacement de l’homme naturel par l’homme spirituel. Le mot « transfiguration » se rapporte à l’épisode évangélique précédant la montée au Golgotha (littéralement, le mont du crâne), où le Christ apparaît à ses plus proches disciples dans son « vêtement de lumière » et leur dévoile sa véritable nature. D’où la parole :

« Celui qui acceptera de perdre sa vie pour Moi [par ce processus d’abolition de l’égo], la conservera [par la transfiguration]. »

Il s’agit là de processus complexes et subtils qui doivent s’accomplir dans le « microcosme « humain. La notion de « microcosme » (petit monde) est commune à toutes les grandes traditions spirituelles, qui voient dans le composé humain une synthèse de l’univers, un « reflet fidèle de point en point des cieux et de la terre », selon la formule manichéenne.  Selon les enseignements de Van Rijckenborgh, le microcosme peut être décrit comme une sphère de conscience, multidimensionnelle, dans laquelle est gravée l’image de l’univers entier. C’est l’Homme Primordial, l’Homme parfait, l’Homme solaire, par lequel la Divinité inconnaissable se rend sensible. Au centre de cette sphère, qui est comparable à la chrysalide ou au cocon  de notre exemple précédent, brûle une étincelle du Feu divin. C’est le principe central, propulseur, du microcosme, la « monade », qui contient cachée en son sein le plan de développement de l’homme total. Tout ce qui est de l’Esprit Universel se transmet à l’étincelle divine et par là au microcosme tout entier (c’est ainsi que s’accomplit le véritable devenir de la Création et de la créature).

Le mystère de l'Esprit


La monade ou « roue flamboyante de la Vie » a deux pôles. Le premier se trouve au centre du microcosme, à peu près à la hauteur du cœur. C’est le pôle féminin, négatif, récepteur et générateur : l’Âme, la Mère, symbolisée dans les textes alchimiques par la Lune. L’autre pôle, en liaison avec la glande pinéale, se situe au-dessus de la tête, on pourrait dire à la périphérie de la roue de feu : c’est le pôle masculin, positif, créateur et dominateur : l’Esprit, le Père, représenté par le Soleil dans les différentes mythologies. L’aspect-Père et l’aspect-Mère, l’aspect masculin et l’aspect féminin, l’Esprit et l’Âme nous sont donc très proches dans le microcosme, « plus près que les pieds et les mains », déclare Jacob Boehme, « plus proche que la veine jugulaire », dit le Coran des musulmans. C’est à ce mystère de la monade, de l'Esprit en nous, que fait allusion un ancien texte gnostique, attribué à Simon le Magicien : « En chaque être humain réside une puissance infinie qui est à l’origine de l’univers. Cette énergie extraordinaire existe sous deux formes : l’une active, l’autre potentielle. Elle demeure en chacun sous une forme latente ». Ou encore : « Il y a en en chacun [un pouvoir divin] qui existe à l’état latent… Pouvoir unique qui se divise au-dessus et au-dessous… qui est mère de soi-même, père de soi-même… qui est source du cercle entier de l’existence. »

Selon les indications transmises par Van Rijckenborgh, le processus de rétablissement de la liaison, aujourd’hui brisée, entre les deux pôles de la monade dans les sanctuaires du cœur et de la tête (c’est là le sens vrai de la notion de « chute ») s’accomplit en trois phases, en « trois temps « selon la parole christique : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai ». Et l’auteur de l’Evangile de Jean juge nécessaire de préciser « il parlait du temple de son corps « (Jean 2, 19-21). La première phase de ce Grand-Œuvre alchimique concerne la renaissance spirituelle, l’entrée de l’Esprit dans le microcosme, la seconde se rapporte à la renaissance de l’âme, à la nouvelle radiation de conscience qui prend forme dans le système du feu du serpent (le double système nerveux formé par les deux cordons du sympathique et l’axe cérébro-spinal), et la troisième a trait à la renaissance de l’être tout entier (transfiguration).

La naissance de la Lumière


Une ancienne légende chinoise veut que Lao-Tseu, après avoir quitté la Chine pour l’Occident, se soit métamorphosé en une grenade qu’avala, alors, la mère de Mani, Maryam (Marie). Celle-ci se retrouva enceinte et engendra le « Bouddha de Lumière «, Mani. Le récit relate que l’enfant « sortit en fendant la poitrine de sa mère «, fait qui est confirmé par un autre texte manichéen (Compendium) où il est dit que le jeune prophète est né du « sein « de sa mère, et non de son ventre. Ce principe de la « naissance immaculée » se retrouve dans la plupart des grandes traditions religieuses : les disciples du Bouddha font naître leur maître du flanc de sa mère, alors que Jésus, le futur Christ, ou Krishna, sont engendrés de manière miraculeuse d’une Vierge et viennent au jour dans une grotte.

Ces différents récits mythiques attirent ici notre attention sur le fait suivant : pour les gnostiques, d’inspiration « christique », la naissance spirituelle s’accomplit toujours dans la « grotte » du cœur, à partir d’une force pure, non naturelle, « vierge » (= Marie ou Maya), car c’est là que siège l’étincelle divine, la flamme de la monade dans le  microcosme (c’est la grande différence avec les autres énergétiques qui trouvent leur origine soit dans le sacrum, soit dans la tête). Une question se pose ici : comment le premier pôle de la monade, le rayonnement du microcosme, c’est-à-dire la force de rayonnement du noyau divin de l’Ame (Marie), va-t-il pouvoir trouver accès au cœur humain ? Ce processus de réconciliation entre Dieu (la monade) et l’homme peut être à nouveau réalisé grâce à l’existence dans notre corps de ce merveilleux « organe » réflecteur, situé au sommet du ventricule droit du cœur, que Van Rijckenborgh nomme à la suite des rose-croix classiques, « rose du cœur » ou « atome christique », et que la tradition ésotérique désigne comme le « miroir des Mystères ». Sa tâche est de permettre aux activités de l’éternité de percer dans le temps, dans la créature temporelle que nous sommes, nous, hommes terrestres et mortels. Le rayonnement du noyau du microcosme, le rayonnement du premier pôle de la monade, doit pouvoir se relier à l’atome réflecteur de notre cœur ; alors, il peut être dit que la « rose » du microcosme s’unit à la « rose du cœur ». Ainsi naît dans et autour du cœur, un seul foyer puissant d’attouchement divin.

Lorsque la force de la Rose, de l'Esprit, peut pénétrer dans le cœur, elle influence par son activité rayonnante le thymus, glande à sécrétion interne située derrière le sternum, qui joue un rôle important dans les processus physiologiques de croissance, de défense et de régénérescence : celle-ci réagit à ce premier choc de lumière, à cette vibration nouvelle, et libère dans le sang une hormone, porteuse de nouvelles « valeurs éthériques », qui est transmise au sanctuaire de la tête par la circulation céphalique. Ainsi, une première relation s’établit entre le cœur et la tête, et des pensées nouvelles, différentes, se forment dans le champ de respiration (aura) du candidat. L'une des manifestations les plus remarquables de cette nouvelle activité de pensée, alimentée par la source du cœur, est la création et la vivification de « l'image de l'Homme immortel » (le Jumeau, le Double, l’Ange), esquisse du futur « Homme de lumière » qui se développe en dehors de la conscience ordinaire et irradie silencieusement.

Mais, dès que cette image commence à prendre forme dans le champ aural, un conflit violent naît et se développe dans la personnalité humaine : le moi supérieur, Lucifer-Satan en nous, s'efforce, comme Hérode dans l'Evangile, de tuer “ l'enfant divin ”, de détruire dans l'œuf la forme embryonnaire appelée à la vie par le pouvoir magique de l'imagination créatrice (c'est l'épisode du Massacre des innocents). Ce moi supérieur ou « être aural »  selon van Rijckenborgh peut être décrit comme un champ magnétique septuple et conscient, entourant l’étincelle d’Esprit et la  personnalité. La voûte étoilée s’y projette et il possède 12 centres de force en correspondance avec les 12 constellations zodiacales. Ces douze forces du ciel microcosmique, où est inscrit le résultat des incarnations antérieures du microcosme, sont encore reliés à la personnalité par l'intermédiaire des 12 paires de nerfs crâniens dans le sanctuaire de la tête, et déterminent la qualité de l'âme, le type, le caractère, et le comportement de chacun. Seul le cœur par la présence de la Rose échappe à cette emprise totalitaire de la conscience karmique, ainsi que les deux cordons du sympathique, à droite et gauche de la colonne vertébrale, qui fonctionnent de manière automatique et sont insensibles à la volonté-moi (à la différence du système cérébro-spinal). Par cette rapide description, nous comprenons que toute perturbation induite par la force gnostique dans la personnalité est instantanément captée et transmise à l'être aural, et inversement. Ce premier enflammement du sanctuaire de la tête marque donc le début d’une lutte très particulière qui bouleverse en profondeur le système magnétique aural et annonce sa prochaine disparition, car un « nouveau ciel », un nouveau firmament de douze forces, et une « nouvelle terre », une nouvelle personnalité, doivent apparaître dans le microcosme régénéré (c'est à ce fait spirituel incontestable que Jean fait allusion lorsqu'il dit à la fin de l'Apocalypse : « Et je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre »).

Involution

Si le candidat résiste aux pressions exercées par l’être aural sur sa conscience, et si  cette orientation du cœur et de la tête sur le « Tout Autre » peut être maintenue suffisamment longtemps, la force-lumière, libérée par la monade et reflétée par l’atome primordial, se concentre dans l’espace libre derrière l’os frontal, entre les deux arcades sourcilières. La voie du sommet lui étant fermée, en raison de la domination exercée par l'être aural sur le cerveau, et l'axe de la moelle épinière lui étant interdit parce qu'il est l'instrument de la volonté personnelle et de la conscience-moi ordinaire, la force-lumière gnostique n'a d'autre choix que de descendre le long du cordon droit du sympathique (pingala) jusqu'au plexus sacré. Ce processus d'involution s'accomplit en cinq étapes et correspond pour le candidat à « cinq épreuves », à « cinq grands combats », se rapportant à la neutralisation du mouvement désordonné des chakras et à la maîtrise des forces qui s'y rattachent.

Le premier chakra touché est, nous l’avons vu, celui du front : sa réorientation et sa nouvelle polarisation engendre une première rénovation des trois pouvoirs de la conscience : désir, pensée et vouloir.

Le feu de la kundalini du cœur influence ensuite le chakra de la gorge, qui est relié au larynx et à la thyroïde, et modifie l’assimilation des forces naturelles captées par la respiration. L’une des conséquences résultant de ce processus est le renouvellement du langage, l’apparition du vrai pouvoir de la parole, que les Anciens symbolisaient par l’épée à double tranchant. A travers le larynx, situé entre la tête et le cœur, l’état réel de nos pensées et de nos sentiments se révélera, et un nouveau son se fera entendre.

Le troisième chakra, dont l’activité est modifiée par la descente du feu gnostique, est celui du cœur. Le conflit incessant entre la tête et le cœur, entre le sentiment et la raison, est la principale cause des désordres que constatons en nous et hors de nous. Parvenir à la pureté du cœur, à la maîtrise des passions, ouvrir l’organe du sentiment à la véritable foi, à la pitié et à la compassion, est la clé du nouveau devenir humain et l’unique voie possible « pour sortir de la barbarie des idées » (E. Morin). Toutefois, ce « redressement du cœur » n’a rien à voir avec une simple modification des sentiments, ni avec un refoulement des désirs ou une émotion mystique suscitée par une expérience transpersonnelle. La Lumière divine ne pénètre que dans un sanctuaire du cœur apte à la recevoir. C’est pourquoi le chevalier spirituel qui a pu extraire l’épée de la pierre et a démontré par des actes concrets la pureté de ses intentions, reçoit ici pour mission de réaliser ce que la Langue Sacrée appelle la « fonte du Graal ». Selon Van Rijckenborgh, les trois circuits des plexus nerveux du larynx, des poumons, et du cœur, reliés aux différents chakras, forment anatomiquement une esquisse de la coupe sacrée3 : le pied du calice repose dans l’orifice cardiaque, la tige se dresse dans les poumons, et la partie haute correspond au larynx4. La construction envisagée ici n’est donc pas purement symbolique, mais correspond à une tâche bien réelle, qui consiste à rétablir organiquement l’unité entre les sanctuaires de la tête et du cœur, afin que l’Esprit universel puisse se manifester dans l’âme humaine.

Si le feu gnostique peut franchir la porte du cœur, après avoir façonné le vase sacré dans le plus pur cristal éthérique et que celui-ci démontre qu’il est capable de supporter le contact du feu céleste, une nouvelle purification a lieu, qui concerne les fonctions du métabolisme, et en particulier le système foie-rate, l’estomac, le pancréas, les reins, les glandes surrénales. Pénétrant toujours plus profondément dans les « Ténèbres » du système humain, la vibration gnostique atteint les centres nerveux vitaux régissant les organes d’assimilation et d’épuration, et leur restitue la capacité de capter, stocker, transformer, et rayonner la lumière spirituelle. C’est à ce processus  de « manducation », consistant littéralement à « manger la lumière », qu’a trait l’épisode évangélique de la Cène (voir aussi le mythe élaboré par Mani). Lorsqu’il est dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps » et « Buvez à cette coupe », notre attention est dirigée sur le fait que la force spirituelle (le breuvage divin), attirée et concentrée par la tête et le cœur, peut désormais influencer durablement les centres de conscience inférieurs, « là où demeure Satan/Lucifer » (Apocalypse 2 : 13), et se répandre dans tout le système nerveux (les 12 paires de nerfs crâniens, les 12 disciples). Ce phénomène de  rétention de la force-lumière gnostique a pour principal effet de modifier la sécrétion interne des organes sexuels et de provoquer une réorientation totale de la force créatrice. C’est ainsi que l’homme naît véritablement de Dieu, qu’il est régénéré « non par une semence corruptible [comme c’est le cas dans l’initiation tantrique, l’occultisme ou le mysticisme5] mais par une semence incorruptible » (1 Pierre 1 : 22-23), celle de la rose du cœur (c’est l’Eros de Platon).

Quand les chakras du plexus solaire et du nombril sont conquis, le courant christique pénètre jusqu’au sacrum, où siège le « serpent lové », la fameuse Kundalini-Shakti des ésotéristes indiens. C'est là, à la base de la colonne vertébrale, au « pôle sud « du système cérébro-spinal, qu'a lieu le combat contre le Dragon, gardien des Enfers, contre « le serpent ancien qui est le diable et Satan » (Apocalypse 20 : 2) ; c’est ici, au fondement même du système humain, que se livre la « Grande Guerre » contre les forces du passé, du karma accumulé au cours des incarnations successives du microcosme, et les « esprits de l’air », les puissances invisibles qui règnent dans le domaine des morts (sphère réflectrice). Nous comprenons par cette description que l’initiation christique diffère fondamentalement des autres méthodes,  occultes, mystiques et magiques, qui prennent pour point de départ l’éveil de la kundalini du bassin non purifiée, et s’efforcent de la faire monter vers le sommet de la tête, afin d’élargir le champ de la conscience et de dissoudre le Moi. Contrairement à ce que croient beaucoup de chercheurs, victimes d’eux-mêmes et des enseignants en qui ils placent inconsidérément leur confiance, ce type de pratiques n’aboutit en définitive qu’à un renforcement de la liaison avec l’être aural et à un adombrement de la conscience.

Evolution et révolution

Lorsque le mélange et la fusion des deux Feux peut être réalisée, au terme d'un processus de purification long et difficile (pensons ici aux différentes phases du Grand Œuvre alchimique), que l'âme nouvelle est totalement libérée du passé et de ses influences, nous voyons le courant de force-lumière remonter par le cordon gauche du sympathique (ida) et revenir à son point de départ, derrière l’os frontal, entre les deux arcades sourcilières. Un nouveau feu du serpent, formé par les deux cordons du sympathique, se dresse au centre du microcosme ; une âme nouvelle, la merveilleuse fleur d’or, rayonne du milieu du front vers l’extérieur ; le sens de rotation inversé des chakras (mouvement dextrogyre) témoigne de sa « conversion » aux valeurs de la Vie nouvelle.

Enfin, c'est la percée vers la pinéale, le chakra-couronne : la troisième source de Kundalini s'ouvre, et la lumière spirituelle embrase le système cérébro-spinal, expulsant ainsi de sa demeure l'ancien moi, le feu-serpent naturel. A cet instant, pingala, ida et sushumna s’unissent et se fondent en une tri-unité parfaite ; un nouveau corps de lumière, glorieux, se forme, constitué d’éthers purs en provenance de la Surnature.  Le triple temple de l’Origine est maintenant reconstitué grâce à la force de Kundalini et un nouveau « fils des Serpents » fait son apparition dans le monde. Conscient du prodige de l’unification qui s’est accompli en lui, il peut, comme le Christ-Jésus, témoigner de ce fait : « Le Père et moi sommes un ; Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier. »

1. Ce processus est décrit explicitement par Satprem dans son livre : Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience, (Buchet/Chastel, 1970), p. 67-68 ; 46-47.

2. Concernant une description détaillée de ce processus, voir les ouvrages suivants de J. van Rijckenborgh : Un homme nouveau vient ; La Gnose des temps présents ; La Gnose universelle ; Réveil. Ces différents ouvrages sont distribués en France par les Editions du Septénaire, et sont disponibles à l’adresse suivante : rue Tourtel Frères, 54116 Tantonville ; tel : 03 83 52 46 17 ; fax : 03 83 52 53 22 ; e-mail : editions.Septenaire@wanadoo.fr

3. Les plexus, répartis dans le corps en sept groupes de sept, sont des enchevêtrements de filets nerveux formant des sortes de nœuds ou ganglions, en relation avec les chakras et les glandes à sécrétion interne. Du fait qu’ils ne peuvent être observés par les sens ordinaires ou au microscope, aucun manuel d’anatomie classique ne les mentionne.

4. Cf. La Gnose universelle, p. 138.

5. Voir ici le témoignage de Gopi Krishna, dans Kundalini – Autobiographie d’un éveil, J’ai Lu, coll. Aventure secrète.