mardi 10 décembre 2013

"IL FAUT OUBLIER POUR AVANCER"


s"alléger pour se sentir vivre
 

par Simon-Daniel Kipman, Psychiatre et Psychanalyste

Rayer des souvenirs de sa mémoire pour mieux aller de l’avant, c’est sans doute naïf mais sain. l’oubli a de multiples vertus.
Le passé pèse lourd. Bien trop lourd même d’après le psychiatre et psychanalyste Simon-Daniel Kipman. Alors que la société valorise la mémoire, collective et individuelle, lui réhabilite l’oubli. Dans son dernier livre, « L’Oubli et ses vertus », il explique pourquoi désencombrer notre mémoire libère notre pensée.

Vous dites que l’oubli est une fonction essentielle de l’image de soi. Pourquoi ?
Une femme qui passerait son temps devant la glace à rechercher la beauté de ses 20 ans se trouverait moche toute sa vie. Alors que, grâce à l’oubli, elle se regarde tous les matins avec étonnement, adapte son maquillage, et garde ainsi une bonne image d’elle-même, qu’elle ait 40 ou 90 ans. Si j’ai éprouvé le besoin de consacrer un livre à l’oubli, c’est que notre société surévalue le souvenir et la mémoire. Le poids du passé finit par peser trop lourd. Il faut s’en alléger. Pour le comprendre, pensez à ce qui se passerait si nous n’oubliions rien : ce serait l’enfer ! Pouvez-vous vous imaginer avec la capacité de mémoire d’un ordinateur ? Ça donnerait des choses aussi bêtes que : je suis en train de manger une purée et je pense à celle que j’ai mangée la semaine dernière, il y a deux ans, quand j’étais petit… On serait en permanence encombré. Ce serait une vie où l’on ne penserait plus, mais où l’on serait dans la répétition permanente. Ce serait la fin de l’innovation, la fin de la vie psychique, autrement dit la mort. Il s’agit donc de relativiser le souvenir et de revaloriser l’oubli, qui est de toute façon largement majoritaire puisqu’on oublie mille fois plus de choses qu’on ne s’en rappelle.

Au fond, de quoi a-t-on envie de s’alléger ?
Notre société nous pousse à accumuler de toutes les manières imaginables. Cela peut confiner à la folie. Certains encombrent tant leur maison qu’ils ne peuvent plus y pénétrer. Ce qui est pathogène, c’est le repli psychologique que cela implique. On conserve contre vents et marées, mais pour faire quoi ? Il faudrait s’alléger de tout ce que, après mûre réflexion, on n’a pas très fortement envie de garder. Encore faut-il s’être donné le temps de réfléchir à quoi on est réellement attaché. Or, la boulimie consumériste prend la place de la réflexion. C’est bien cette logique-là qu’il s’agit de renverser. Cela ne va pas de soi. Résister à une logique collective n’est jamais facile.

Qu’oublie-t-on principalement ?
Cela ne dépend pas de nous. On ne peut pas décider, par exemple, d’oublier tous les mots qui commencent par A. Notre subtile mécanique psychique rend les oublis sélectifs. On oublie parce qu’on ne peut pas faire autrement. On « choisit » inconsciemment de laisser certaines choses de côté. Ce tri est vital parce qu’il libère en nous de l’espace. Nous vivons enserrés dans un monde de règles, de lois et de procédures omniprésentes. C’est normal, il en faut. Mais cela ne pourrait fonctionner s’il n’y avait, au milieu de cet arsenal, une plage de liberté. L’oubli relatif des règles est une nécessité, il desserre l’étreinte
de la répétition. Grâce à lui, nous découvrons tous les jours un monde nouveau, retrouvons chaque matin, sinon l’innocence de l’enfant, du moins la disponibilité de l’adulte doté d’une liberté de penser.

Selon vous, l’oubli est toujours involontaire. On ne peut pas se forcer à oublier ?
Non, l’oubli est inconscient et involontaire. Il est lié à une passionnante caractéristique de la mémorisation : le souvenir est une liaison entre un fait sensoriel et une émotion. Nous nous souvenons de ce qui nous a émus. Evidemment, seul le rappel des émotions négatives pèse dans notre mémoire, c’est d’elles que nous cherchons à nous libérer. Cela ne va pas de soi, mais il ne sert à rien de s’escrimer à vouloir oublier une mauvaise expérience.

S’alléger d’un drame demande du temps…
Oui. Parce qu’un deuil n’est pas un oubli, c’est d’abord une transformation. C’est en y repensant que celle-ci s’effectue. L’oubli qui va se faire est celui du traumatisme en tant que tel. Il se transformera en un souvenir plus ou moins agréable. Le temps est essentiel. Prenons un autre exemple : une histoire d’amour qui s’arrête et qui fait souffrir. Il serait vain de se forcer à l’oublier. Il faut au contraire plonger dedans, en parler, se refaire l’histoire, s’en remémorer les souvenirs bons ou mauvais, bref revivre cette histoire le plus intensément possible pour pouvoir peu à peu s’en alléger. Bien sûr, on peut toujours tâcher de se distraire ; mais pour vraiment l’oublier, il faut avoir revécu l’histoire. En un sens, c’est l’inverse du refoulement.

Mais le refoulement n’est-il pas un faux oubli, une infection souterraine qui pourra ressortir un jour autrement, par exemple sous forme d’une somatisation pathologique ?
Non, le refoulement n’est pas du tout un faux oubli. Mais oui, il va ressortir sous une forme quelconque :
phobies, manies, somatisations, pathologies diverses… D’ailleurs, si le psy cherche à lutter contre le refoulement, c’est bien parce qu’il produit des signes gênants. Quand il y a refoulement, il y a bel et bien engloutissement d’un événement dans l’oubli – même si tous les oublis ne sont pas des refoulements.

Alors comment oublier de façon non pathologique ?
On reste léger quand on a des projets, aussi utopiques soient-ils. J’ai un copain de 80 ans qui m’en donne la démonstration régulière. Il s’est récemment inscrit à un casting de théâtre et a passé l’audition, alors qu’il n’avait jamais mis les pieds sur les planches. Il a également entrepris d’apprendre à danser. Dernièrement, il a eu l’idée d’un concept de jeu à la télévision, qu’il a envoyée aux chaînes. Il déborde toujours de projets farfelus… et il a raison. Pour rester léger, il faut surtout faire ce que l’on aime. Quel rapport avec l’allègement ? Tous les révolutionnaires le disent : « Du passé faisons table rase ! »  C’est sans doute naïf, mais sain. Il faut commencer par s’alléger et par oublier un peu, avant de pouvoir fabriquer une utopie qui nous propulsera en avant.


Il y a donc une façon volontaire d’alléger sa
vie ?
Cela dépend surtout de la façon dont on vit les choses. Prenez l’exemple de « vider ses placards » : si c’est une corvée, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Par contre, si c’est l’occasion de retrouver avec plaisir de vieux objets, des lettres, un pull, des jouets oubliés dont on va balancer les trois quarts pour ne conserver que ce à quoi l’on tient, on ne sera sans doute pas dans le gain de temps, mais dans la liberté d’engagement. Quand les choses sont répétitives et prisonnières du passé, qu’on est conservateur, indéfectiblement attaché à ses 20 ans, se rappelant tous les jours à quel point le monde était mieux avant, aucun allègement n’est possible. Si, au contraire, comme le pensait Freud, on regarde la situation telle qu’elle est ici et maintenant, et qu’on se dit : « Soyons disponibles à la surprise, il va m’arriver quelque chose et cela va me mettre en joie », alors oui, il est pensable de s’alléger.

Cet article est extrait du Focus "S'alléger pour se sentir vivre" à retrouver dans le numéro d'octobre-novembre de CLES



http://www.cles.com/enquetes/article/il-faut-oublier-pour-avancer


Simon-Daniel Kipman est psychiatre, psychanalyste, président-fondateur de la Fédération française de psychiatrie et président de l'Observatoire francophone de la médecine de la personne fondé en 2013.
Ancien rédacteur en chef de la Revue française de psychiatrie, Simon-Daniel Kipman a récemment publié Manifeste pour une psychiatrie de la personne - Doin (2009) et De l'usage des passions, aspects psychiques des passions individuelles et collectives - Doin (2011).

Simon-Daniel Kipman, pourL'oubli et ses vertus, fait partie des cinq titres sélectionnés pour le prix Psychologies Magazine/FNAC 2014.



Dernières parutions  

L'Oubli et ses vertus (2013)

À l’heure où l’on ne parle que de mémoire, collective ou individuelle, de remémoration et de célébration, quelles sont les forces positives de vie, de lien, de contact, propres à l’oubli ?
Le psychiatre et psychanalyste Simon-Daniel Kipman interroge la signification de nos oublis : que nous montrent-ils et que nous cachent-ils ? Que découvrons-nous à force de chercher des mots insaisissables, des instants dont le souvenir s’est évanoui ?
Indice précieux et indispensable, il prend sens dès lors qu’il est décrypté dans sa forme ou dans sa fonction, prend sens. Aussi est-il essentiel de le déceler, tant pour comprendre son fonctionnement psychique que pour améliorer nos méthodes thérapeutiques.
De la petite enfance au deuil, ce livre passionnant, qui aborde également le culte de la mémoire et de la remémoration systématique, est un éloge de l’oubli dans sa fonction vitale : force positive qui permet de désencombrer l’esprit du trop plein de souvenirs, il nous ouvre une porte sur l’avenir.
Mais, plus encore, l’oubli est un mécanisme psychique constant et massif. Il nous empêche d’encombrer notre mémoire forcément limitée, libère la pensée, favorise l’innovation et stimule la curiosité.

"AIMER CHANGE L'ADN"



 Au cours de l'attachement amoureux, l'ADN se modifierait pour nous rendre plus réceptif à l'autre.
 
L'auteur
Sébastien Bohler est journaliste à Cerveau&Psycho

L’amour laisse des traces, on le sait. Les ruptures amoureuses sont douloureuses, et avoir quelqu’un dans la peau n’est pas un vain mot. Mais qu’est-ce qui nous lie tant à l’autre ?

Même si la relation humaine ne se résume pas à des réactions chimiques, la biochimie a toutefois un rôle à jouer dans la relation amoureuse. Certaines hormones, comme la vasopressine ou l’ocytocine, semblent ainsi participer à l’attachement amoureux et au partage de l’intimité.

Etonnamment, c’est sur un rongeur, le mulot, que le rôle de la vasopressine et de l’ocytocine a été observé pour la première fois. Une simple mutation sur un récepteur de ces hormones dans le cerveau change en effet un mulot polygame et volage en un mulot fidèle et monogame. Ultérieurement, le rôle de l’ocytocine et de la vasopressine a été confirmé chez l’homme.

Or, voici que des travaux réalisés chez notre mulot révèlent que l’attachement entre le mulot et la mulotte s’accompagne d’une modification de l’ADN. C’est une réaction d’acétylation, à savoir la fixation d’un groupement chimique sur certaines portions de l’ADN, qui change la façon dont les récepteurs de l’ocytocine et de la vasopressine, fondements biolchimiques de la fidélité murine, sont synthétisés dans le cerveau. Au cours de leur lune de miel, les mulots reconfigurent leur ADN, et tout leur système de communication neuronale, tant et si bien qu’ils deviennent indissociablement liés l’un à l’autre.

Le nom de ces transformations revient de plus souvent dans les travaux des chercheurs et même dans l’esprit du grand public : épigénétique. Les transformations épigénétiques signifient que ce n’est pas la séquence fondamentale des lettres A, T, G et C qui est modifiée au cours de cette relation, mais que des ajouts de groupements chimiques autour de la double hélice d’ADN modulent la conversion en protéines actives dans le cerveau. Et ces modifications sont durables : pour un amour qui dure toute la vie, peut-être faut-il franchir le cap consistant à modifier son ADN au contact de l’autre…

Comment l’ADN est-il modifié ?

Les gènes du mulot sont répartis, comme ceux de tous les organismes vivants, sur un brin d’ADN dont certaines portions sont enroulées et compactées autour de protéines nommées histones. Au cours de la phase d’attachement entre deux mulots de sexe opposé, les biologistes ont constaté que des groupements acétyl (constitués de deux atomes de carbone, un atome d'oxygène et trois atomes d’hydrogène) se fixent sur certaines parties des histones (des acides aminés lysine) et provoquent une décompaction de l’ADN au voisinage de ces histones. Cette décompaction libère l’activité de zones régulatrices de l’ADN, qui peuvent alors stimuler l’expression des gènes qui leur sont associés, en l’occurrence le gène du récepteur de l’ocytocine, dont le rôle dans l’attachement entre partenaires est primordial.


http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-aimer-change-l-adn-31530.php

"JEREMY NARBY : PLANTES ET CHAMANISME"

dimanche 8 décembre 2013

"SPIRITUALITE ET DEVELOPPEMENT PERSONNEL"


La spiritualité n'est pas un système religieux, mais une expérience naturelle qui permet à l'être de s'épanouir dans sa véritable grandeur

Alain Boudet
Dr en Sciences Physiques, Thérapeute, Enseignant

Résumé: La spiritualité n'est pas un système religieux ou une philosophie culturelle. Elle est une fonction naturelle vivante de l'être humain. Elle est indépendante de toute croyance, religion ou dogme. Elle consiste à reconnaitre l'existence de notre Moi véritable, de notre ESSENCE, et à apprendre à nous laisser guider par elle. C'est donc la découverte d'une autre dimension de nous-même, une partie lumineuse, puissante et grandiose, qui ne demande qu'à être développée par l'expérience. Lorsque nous sommes en connexion avec elle, elle transforme notre état intérieur qui se caractérise alors par la joie et la liberté. Elle transforme aussi nos sensations corporelles, car elle agit comme une Source d'énergie et élève notre état vibratoire. Nous sommes invités à réaliser cet état en observant les jeux de l'égo, ses résistances, et en cultivant la confiance et le lâcher-prise. Des clés pratiques telles que l'observation de nos sentiments et la méditation sont suggérées.

Il règne une grande confusion dans les esprits sur ce qu'est la spiritualité. Cet article a pour vocation de contribuer à la dissiper. La spiritualité n'est pas une religion. Elle n'est pas non plus un sujet d'étude culturelle sur les croyances des peuples primitifs. La spiritualité est une fonction vivante naturelle de l'être humain.

Le mot spiritualité recouvre des sens bien différents selon les personnes.

    Pour certaines personnes, la spiritualité désigne un système de croyances et de rituels religieux. La spiritualité d'un chrétien passe par le respect des dogmes et des rituels de l'église chrétienne.
    D'autres considèrent la spiritualité comme un ensemble de coutumes sociales que les populations ont élaborées pour trouver la force de dépasser les épreuves de la vie et se rassurer. Elle donne un sens à leur existence et offre des exutoires à leur crainte des puissances naturelles et à leur peur de la mort. Ce serait donc une sorte d'habillage culturel un peu artificiel et puéril que chaque civilisation s'est inventé.
    On dit aussi parfois de quelqu'un qu'il est spirituel, ce qui signifie qu'il a de l'esprit, qu'il nous amuse.

Aucun de ces aspects ne sera développé ici. Mon but n'est pas de réaliser une enquête encyclopédique, linguistique, ethnologique ou sociologique à ranger dans un coin du cerveau ou sur une étagère. Il est d'apporter une connaissance vivante qui nous permette de nous épanouir pleinement. Dans cet article, la spiritualité est envisagée comme une autre dimension de nous-même, une fonction naturelle comme manger, boire ou penser, que nous avons à découvrir et à développer, comme on peut développer son intellect ou sa mémoire. La spiritualité est une voie d'éveil et de croissance, une façon d'explorer nos dimensions à la fois plus profondes et plus élevées.

Nous vivons un moment où l'humanité évolue spirituellement de façon spectaculaire en se dirigeant vers la réalisation de son essence et de sa raison d'être. Il est donc urgent que ces connaissances soient mises à la disposition de tous. C'est le rôle qu'on pourrait logiquement attendre de la part de l'éducation publique, médiatique ou religieuse, mais c'est en vain. Heureusement, il existe de nombreux ouvrages et écoles de sagesse qui traitent de cette question, auxquels nous pouvons nous abreuver. En voici une synthèse introductive.

Le voyage vers Soi

Tant que nous fonctionnons de façon automatique en remplissant nos taches les unes après les autres, nous ne laissons pas une véritable place à la spiritualité. La spiritualité apparait dans notre vie dès que nous commençons à porter attention à nos insatisfactions et nos aspirations, à nos sentiments et sensations, et que nous nous demandons quelle est véritablement le sens de notre vie. Pourquoi dois-je affronter des contrariétés? Pourquoi toutes ces difficultés à traverser? A quoi a servi tout ce que j'ai réalisé, à quoi sert ce que je fais? Quelle est ma place dans cette vie?

Lorsque nous nous demandons si nous sommes bien à notre place, nous reconnaissons implicitement que nous sommes faits pour être à une place plutôt qu'à une autre. Nous percevons qu'il existe en nous un MOI véritable et authentique et que nous sommes ou non en concordance avec lui. De plus, si nous sommes en concordance, nous nous sentons à notre place, nous nous sentons bien. Sinon, nous cherchons à trouver cette concordance dont nous pouvons avoir été détournés par les circonstances. Ce MOI est notre Essence. On le nomme aussi le SOI. Ce SOI est masqué ou entravé par une autre identité que nous avons construite sous l'influence de notre éducation. On la nomme la personnalité.

La spiritualité consiste à reconnaitre l'existence de notre ESSENCE et à lui permettre de se manifester et de se développer. On se met à son écoute, on dialogue avec elle afin de faire connaissance intime, et on crée les conditions pour qu'elle puisse prendre sa vraie place. Lorsque cette démarche est effectuée avec patience, persévérance, conviction et confiance, elle apporte des récompenses inattendues, telles que joie, liberté, et bien d'autres choses "magiques".

La découverte de notre Essence et de la spiritualité ressemble à l'exploration d'un pays inconnu. Imaginez que vous vivez en Europe avant la "découverte" de l'Amérique. Vous connaissez bien l'Europe, ses habitants, ses coutumes, mais vous vous demandez s'il existe vraiment des terres au-delà de la mer. Certains affirment qu'il n'y en a évidemment aucune, car cela ne peut pas exister, sinon, tout le monde le saurait. Ils se moquent de ceux qui croient que ces terres sont bien réelles et qui rêvent de s'embarquer pour les découvrir. Ils les jugent naïfs, fous ou prétentieux. Peut-être êtes-vous de ceux qui ignorent les railleries et suivent l'appel du cœur sans se soucier du qu'en-dira-t-on? Vous êtes de ceux qui pensent que la meilleure façon d'avoir une réponse aux interrogations est de se rendre compte par soi-même, en allant voir. De la même façon, nous pouvons découvrir notre pays intérieur, notre Essence, par l'exploration, le ressenti et l'observation. L'attitude expérientielle est le processus même du développement spirituel.

Toutefois, nous pouvons tirer parti de l'expérience des pionniers. Rien ne nous oblige à nous mettre en route uniquement sur la base de rumeurs qui peuvent s'avérer illusoires et fantaisistes, ou à faire le voyage seuls et sans repères. Nous pouvons nous préparer à ce voyage. Nous pouvons être aidés et guidés dans notre démarche par ceux qui ont rapporté honnêtement leurs expériences et leurs observations. Lorsque Christophe Colomb a raconté qu'il avait découvert l'Amérique, on aurait pu douter de ses paroles et pensé qu'il avait lui-même inventé cette histoire. Or il ramenait avec lui des objets, des livres, et même des amérindiens qui attestaient son voyage. De la même façon, ceux qui souhaitent expérimenter la dimension spirituelle tireront profit des rencontres avec ceux qui ont déjà parcouru le chemin. Certains êtres éclairés ont transmis leurs connaissances et ont écrit des guides de voyages dont cet article s'inspire.

Certains d'entre nous repoussent ces récits en disant qu'ils n'y croient pas. Mais il n'est pas nécessaire de croire en des vérités établies. Processus de découverte expérimentale, la spiritualité est indépendante de toute croyance, religion ou dogme. Il suffit de s'embarquer pour découvrir. Et dans le voyage spirituel, il est possible de voguer un peu, s'arrêter, faire demi-tour, repartir, voguer un peu plus.

Relâcher l'emprise de la personnalité


S'il existe en nous un Moi véritable, pourquoi n'est-il pas naturellement apparent et manifeste? Pourquoi notre dimension spirituelle n'est-elle pas installée d'emblée? Pourquoi nous faut-il un effort pour la découvrir? Parce que c'est à ce prix qu'elle peut se développer et prendre de la force, telle un muscle que l'on entraine par l'exercice physique et qui se développe en affrontant une force antagoniste, une résistance.

En réalité, notre Essence était manifestement présente à notre naissance. Mais par la suite elle a été recouverte par la personnalité que nous nous sommes construite au cours de notre vie. La personnalité est la résistance qui s'oppose au muscle de l'esprit. Elle est constituée de nos comportements, habitudes, coutumes, culture, style de vie, règles idéales de "bonne" conduite, etc. Nous l'avons élaborée peu à peu, de façon inconsciente, en réaction aux situations et événements plus ou moins douloureux que nous avons vécus et aux influences diverses que nous avons reçues. C'est un vêtement que nous avons tissé, qui a été nécessaire pour que nous soyons acceptés et aimés dans ce monde. C'est le personnage que nous avons adopté pour paraitre à l'image de ce qu'on attendait de nous. C'est un déguisement, un masque (le mot personnalité vient de Persona, mot étrusque signifiant masque de théâtre). Malheureusement, le plus souvent, notre personnalité ignore, délaisse ou repousse notre Essence.

Nous sommes tellement habitués à ignorer notre Essence, à agir et penser selon notre personnalité, que nous avons oublié qu'elle n'est qu'un déguisement momentané, un accessoire de théâtre, un vêtement social, et nous avons l'impression qu'elle est réellement nous-mêmes. Nous sommes très attachés à notre personnalité car nous pensons que c'est grâce à elle que nous pouvons être acceptés et reconnus. Nous avons peur d'être rejetés si nous l'abandonnons et nous déployons beaucoup d'efforts pour nous conformer à elle et nous sentir dignes d'être aimés. Lorsque nous ne recevons pas les récompenses de notre effort, nous nous sentons non respectés, blessés. Ces réactions émotionnelles négatives sont le signe de notre attachement à la personnalité. (Ce thème est traité en détail dans l'article L'enfant intérieur et le langage des émotions )

Afin de permettre à notre Essence de reprendre sa place et de se déployer, il est nécessaire de déserrer l'emprise de notre personnalité qui nous pousse à contrôler nos émotions et comportements et à bloquer notre spontanéité. Relâcher la personnalité, c'est nous autoriser à être plus spontanés dans nos comportements, à la façon de l'enfant. Le petit enfant vit ses élans dans l'énergie du moment et dans la confiance - du moins tant qu'on ne lui forge pas une personnalité en réprimant ces tendances.

Quand vous réagissez comme des enfants, comme le veut votre être intérieur, votre conscience vous dit: "non, il ne faut pas. Je suis un grand professeur, je n'ai pas le droit de me laisser aller". S'il vous plait, désorganisez ce comportement extérieur. Quand vous ne travaillez pas au niveau de votre mental, vous êtes plus près de votre coeur. Vous dansez. Vous êtes dans la plaisanterie. Laissez tomber votre personnalité! Quand vous êtes dans la plaisanterie et dans la joie, vous prenez toutes les choses avec aise comme le font les enfants... La spiritualité, ce n'est pas se dire disciple de tel grand maître. C'est se relâcher. C'est être honnête avec soi-même, très clair, sans ambiguïté, sans hypocrisie. (Swami Chetan)

L'appel de notre Essence


Comment nous rendre compte que nous relâchons la personnalité? Comment pouvons-nous sentir que nous sommes en accord avec nous-mêmes et que nous faisons place à notre Être intérieur? L'Être intérieur se manifeste à nous par nos sentiments et nos sensations. Lorsque nous sommes en résonance avec lui, que nous laissons couler en nous sa vibration, nous ressentons de la légèreté, de la satisfaction, nous respirons plus librement, nous nous sentons ouverts. Au contraire, lorsque nous l'ignorons, nous sommes envahis par de la frustration, de la tristesse, du découragement, de la colère ou de la rage.

Ces sentiments de malaise sont des signaux d'appel de notre Être intérieur, mais nous ne les reconnaissons généralement pas comme tels. Nous préférons accuser les autres ou les circonstances d'en être la cause. En conséquence nous luttons pour nous protéger de ces circonstances et des autres, ou pour les modifier. Nous écoutons les revendications et les exigences de notre petit moi, que nous prenons pour les nôtres, et nous ne prêtons pas attention aux aspirations plus profondes de notre Essence.

Les désirs de l'égo (la personnalité) sont accompagnés de la crainte de ne pas parvenir à ses fins. S'il ne réussit pas, s'il n'est pas à la hauteur, il s'estime sans valeur, incompétent, lâche, ridicule, etc. Il est constamment dans le jugement. Afin de satisfaire son idéal illusoire, nous sommes en permanence dans l'effort et dans la lutte. A la longue, nous éprouvons du ressentiment envers la vie qui nous demande tant, pour peu de résultats. Si nous arrivons au résultat escompté, c'est sans garantie de durée et de sécurité, car il y a la crainte constante de perdre ce que nous avons acquis. Cela provoque des tensions dans le corps et dans l'esprit, nous nous fatiguons, ressentons de la lassitude, et parfois nous craquons ou nous déprimons. La stratégie de lutte pour devenir quelqu'un n'est pas une bonne voie pour trouver la joie et le bonheur.

Quand nous craquons, qu'est-ce qui craque en nous? C'est l'édifice artificiel que nous avons construit, et que nous voulons maintenir coute que coute, ce sont les croyances de l'égo, la personnalité trop présente. Quand nous sommes en dépression, cela signifie que l'énergie s'est retirée afin de ne plus contribuer à ce jeu qui ne nous convient pas. Notre corps nous impose de lâcher prise. Cela peut être bénéfique et même salutaire si nous en saisissons le sens. Mais généralement, nous ne reconnaissons pas l'existence de l'Être intérieur et les modalités de son fonctionnement, et nous pensons qu'il n'y a pas d'autre issue que de nous résigner à notre condition insupportable ou de mourir. "Craquer" est le moyen qu'emploie l'Être intérieur pour nous rappeler à l'ordre et se faire reconnaitre. Toutefois, il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'à cette brutale secousse pour le reconnaitre et lâcher prise. Cela peut être amené en douceur si nous nous engageons consciemment et avec détermination dans cette voie, en étant attentif à nos sentiments et nos sensations.

Le lâcher-prise


Lâcher prise, c'est lâcher notre emprise sur nos activités et nos attitudes. C'est discerner celles qui ne nous conviennent pas, mais auxquelles nous nous accrochons, et nous laisser guider par notre Essence. C'est nous détacher de nos aspirations illusoires et souvent vaines soufflées par l'égo pour son profit. Lâcher prise, c'est accepter de ne plus être le conducteur et le seul maitre à bord, et de passer le volant à l'élan de vie intérieur.

Par exemple, c'est renoncer à avoir une vie programmée et annoncée d'avance. Dans un roman de Henri Gougaud, L'homme à la vie inexplicable, le personnage principal voit sa vie s'orienter chaque jour vers des aventures qu'il ne souhaitait pas. Il avait d'autres projets. Mais les circonstances en ont décidé autrement. En acceptant de se laisser guider par elles, il a découvert une vie bien plus formidable que celle qu'il avait programmée.

Dans le quotidien, c'est renoncer à vouloir obtenir un résultat à tout prix (obtenir tel poste, obtenir que quelqu'un vous cède quelque chose, ..), basé sur la volonté farouche de réussir (je veux y arriver). Car par une écoute attentive de soi, nous pourrions nous rendre compte que vouloir n'est pas notre vrai objectif. Par exemple, nus voulons réussir pour être apprécié, donc le vrai objectif, c'est être apprécié, et il provient de notre peur d'être rejeté. Cette peur est dictée par l'égo, la personnalité. Lorsque nous donnons place à l'Essence, elle disparait. Bien entendu, la persévérance en vue d'un objectif est une vertu très appréciable; mais il est judicieux de l'appliquer à la direction indiquée par l'Essence, qui nous mène vers la joie et le bonheur, au lieu de la peine et du ressentiment.

Parce qu'elles n'ont cessé de remplir leurs fonctions familiales et sociales contraignantes, certaines personnes ont l'impression qu'elles ont travaillé toute leur vie, et qu'elles se sont oubliées. Mais qui en nous a oublié qui? Notre personnalité a oublié notre être profond, notre Essence, tout simplement. En réalité, elle nous a régulièrement envoyé ses signaux, ses appels, mais nous les avons ignorés, nous n'avons pas voulu les entendre, nous avons même lutté contre (pas le droit de craquer, d'être fatigué,..). Or la bonne nouvelle est celle-ci. Si vous percevez cette impression de vous être oublié, c'est une nouvelle conscience de vous qui émerge. C'est signe que vous commencez à vous écouter. Vous entrez à nouveau en relation avec votre Essence. Toutefois, restez en conscience, ne l'oubliez pas le lendemain, commencez à faire de cette écoute de vous-même une des lignes de conduite principales de votre vie. Il se pourrait que cela vous apporte du bonheur!

Dans votre vie, à quel moment avez-vous eu l'occasion de ressentir les signaux et appels de votre Essence?

Tout d'abord, nous percevons des sentiments de lassitude, d'insatisfaction, d'oubli de soi, de décalage. Si alors nous nous autorisons un peu de temps pour sentir et être à l'écoute, si nous renonçons un moment à vouloir agir coute que coute, même si c'est sous l'effet de la fatigue, si nous cessons de vouloir remplir notre programme, nous percevrons ce à quoi nous aspirons vraiment. C'est le moment crucial du lâcher-prise.

Nous aspirons peut-être à nous reposer, peut-être à réaliser quelque chose qui nous semble un rêve trop beau. En tout cas, c'est quelque chose qui nous fait du bien, et qui n'apparait pas comme une contrainte, comme une tache à accomplir. C'est quelque chose qui procure de la joie, de la sérénité ou peut-être l'enthousiasme de créer. Malheureusement, nous repoussons souvent ces idées issues de notre Essence profonde comme quelque chose d'irréalisable ou de fantaisiste.

La confiance en notre Essence


Ayant compris comment s'exprime l'Essence par nos sentiments, et vécu quelques moments de lâcher-prise, nous devons maintenant décider de répondre au quotidien à cet appel vers le bien-être et l'harmonie procurés par l'alignement à l'Essence. Décider d'être heureux pourrait paraitre une évidence, mais ce n'est pas si simple, car il faut vaincre, ou plutôt ignorer, notre besoin de contrôler notre vie, les avis et opinions de notre entourage, les injonctions de notre éducation, et beaucoup de nos idées préconçues. Mais si nous laissons tomber nos résistances, nos doutes, nos appréhensions, cela devient simple.

C'est aussi simple que de passer le volant de la voiture à un chauffeur et de se laisser conduire sans savoir quelle est sa destination (avec un conducteur infiniment sage et intelligent). Cela nécessite d'accepter de s'en remettre à lui. Cela nous confronte à l'inconnu. Quel est le sentiment qui nous permet de nous laisser conduire sereinement par quelqu'un d'autre? C'est la confiance. Il peut vous sembler que vous faites facilement confiance à un conducteur qui vous conduit, mais avez-vous pensé qu'en réalité vous contrôlez visuellement le trajet? La véritable confiance, celle du lâcher-prise, c'est d'accepter de vous laisser conduire les yeux fermés? Ça dépend par qui, bien sûr. Mais nous parlons de votre Essence, n'est-ce pas! L'Essence est comme un habitant invisible dans votre maison, un hôte qui est là depuis toujours, patient et sans exigence, mais habité du désir que vous puissiez développer le meilleur de vous-même. C'est la meilleure amie que puissiez avoir.

S'ouvrir à la transformation, faire confiance, s'en remettre à son Être intérieur, n'exige donc pas de fournir un nouvel effort pour atteindre un nouvel état. Il n'y a pas à lutter et à s'astreindre à des exercices ou des rites. Bien au contraire, c'est cesser de lutter contre soi-même, c'est cesser d'agir de façon désordonnée et inconsciente. Il y a seulement un effort d'attention. D'abord être sûr de vouloir le changement et accorder son attention à cet objectif. Puis tourner son regard vers un personnage de rang supérieur à notre personnalité, notre Être intérieur. Ce n'est rien d'autre que porter une attention plus grande et plus fine à soi-même, de devenir conscient de soi et de ses sensations, et de cesser d'agir de façon automatique.

Les stratégies de résistance de l'égo


Voilà donc pour nous la possibilité de nous extraire de nos souffrances et difficultés, et de laisser place à la joie. Cela semble tout à fait merveilleux et notre première réaction est généralement que nous devrions adopter cette voie. Or, dans la réalité pratique, cette décision soulève bien des hésitations et des résistances, car elle nous demande un changement radical. Sommes-nous prêts à changer? Sommes-nous véritablement prêts à faire confiance à notre chauffeur divin? Sommes-nous prêts à nous laisser conduire sans savoir où il nous mène? Ou bien avons-nous de bonnes raisons de ne pas lâcher prise et de continuer à suivre nos habitudes?

Les excuses

Nous trouvons souvent des excuses pour remettre à plus tard notre intention de suivre les indications de notre être intérieur. Nous sommes trop impliqués dans nos actions, nos "responsabilités" et nos "devoirs" pour accorder du temps à la perception de nos émotions et de nos sensations. Pourtant, cela n'est pas une technique difficile réservée aux experts en yoga. Nous accorder de l'attention est tellement simple que nous pensons que ce n'est pas important, et pris dans notre train-train, nous le faisons passer au second plan.

Par exemple, si nous sommes fatigués ou malades, nous pourrions écouter les signaux de notre corps qui nous demandent de nous reposer. Mais notre égo nous souffle que ce n'est pas possible et nous détournons notre attention: Tu n'as pas le droit de t'arrêter, tu dois assumer tes responsabilités, sinon les autres ne seront pas contents. Si tu ne fais pas ceci, tu auras ensuite beaucoup de retard, tu seras dépassé, tu te sentiras impuissant. Tu seras mal jugé, tu ne dois pas perdre la face vis-à-vis des autres, etc. Qui cherche ainsi des excuses en nous? C'est notre personnalité qui cherche à poursuivre son programme propre, selon ses convictions et ses règles. Ces scénarios de l'égo sont fondés sur la crainte, le manque de confiance.

La peur de perdre et de manquer


L'une des craintes les plus répandues est la peur de perdre. Lorsque tout semble aller plutôt bien, cette peur n'est pas forcément consciente. Je n'ai rien à perdre. Mais lorsque survient une incitation à changer (changer d'attitude, de pensée, de relation, de métier, de lieu, etc), elle se manifeste par la résistance. Tout changement entraine forcément une perte: changer de maison, c'est perdre la jouissance de l'ancienne. Changer de métier, c'est perdre l'ancien. Changer d'habitudes, c'est renoncer aux anciennes et aux repères qu'elles procurent. Se marier, c'est perdre sa solitude. C'est aussi perdre la possibilité de choisir un autre partenaire.

Si je perds ma maison, mon partenaire, mon métier, vais-je en retrouver un autre. Je risque de manquer d'argent, de sécurité, d'amour. Ainsi la peur de perdre est accompagnée de la peur de manquer.

Or sous un autre aspect, changer, c'est aussi gagner la nouveauté qui s'introduit dans notre vie, peut-être meilleure, plus grandiose, plus magnifique, plus chaleureuse. Et si cette nouveauté est en rapport avec notre mieux-être, elle mérite d'être sérieusement considérée. L'être intérieur nous invite au mieux-être en nous guidant dans l'instant présent, tandis que l'égo se réfère au passé, et s'inquiète du futur. Changer, c'est accepter de mourir au passé pour renaitre au présent.

La peur du bonheur

Si l'on est convaincu que l'on a rien à perdre et tout à gagner, il peut sembler absurde d'avoir peur de gagner. Pourtant, cette crainte est insidieuse et fréquente. Beaucoup de personnes ont construit leur quotidien dans la lutte pour survivre, en effectuant des taches, en résolvant des difficultés, en combattant leur maladie, au point qu'ils se sont identifiés à ces actions. Imaginer qu'ils ont la santé, de l'argent, de l'amour les rends nerveux car ils ressentent le vide, ils ne savent plus qui ils sont, ils sont perdus et ils ont l'impression de ne plus exister. Que peuvent-ils faire de ce bonheur s'ils n'ont plus de souffrance ou de problème à traiter?

A titre d'exercice, imaginez, au choix, qu'on vous procure le moyen de bénéficier d'un long séjour dans le pays de vos rêves. Ou si vous préférez, le meilleur compagnon ou compagne correspondant à votre idéal. Ou bien, une grosse somme d'argent. Puis interrogez-vous. Seriez-vous prêt à délaisser vos occupations, vos habitudes? Vous sentez que l'exemple vous fait baver d'envie, ou suscite du plaisir. Si en même temps, vous sentez monter quelques réticences et inquiétudes, ce sont des peurs de l'égo.

Sommes-nous prêts à assumer la joie, la santé, les relations fraternelles? Sommes-nous prêts à nous voir beaux, belles, et rayonnants? Certains sont très dérangés par cette idée. Cela vient que cela comporte une responsabilité, celle de vivre et de prendre sa place pleinement. Bien que cela se fasse naturellement, notre personnalité est à nouveau confrontée par de vieilles blessures, des mémoires où être en lumière nous attirait la jalousie ou l'inimitié, ou même la haine.

Une culpabilité d'être heureux peut aussi être présente, car tellement de gens sont dans la difficulté et la douleur. Ai-je le droit d'aller bien alors que les autres souffrent autour de moi? Vais-je être mal vu, classé dans les nantis, rejeté?

La peur de l'inconnu

La peur de changer résulte du fait que nous ne savons pas vers quoi le présent nous conduit. Nous avançons dans l'inconnu et cet inconnu nous inquiète. Nous ne faisons pas confiance aux poteaux indicateurs et au chauffeur intérieur.

En quoi l'inconnu peut-il nous faire peur? Nous ne nous sentons pas en sécurité. Dans quoi suis-je entrainé? Quel sort cela me réserve-t-il? C'est la peur de perdre son intégrité, peur de ne plus exister en tant qu'être sain et entier. L'inconnu nous semble dangereux et menaçant.

Par contraste, nous avons appris à nous situer en tant que personnalité avec nos rôles sociaux. Nous avons bâti notre vie, parfois durement, en construisant des repères (métier, famille, relations, etc) qui nous permettent de nous sentir en sécurité, du moins tant que ces repères ne s'écroulent pas. Aussi, nous craignons de les perdre. Nous avons peur de voir tous nos efforts anéantis. Nous nous accrochons ferme à ce que nous possédons parce que c'est ce que nous connaissons. Lâcher prise, c'est accepter de nous détacher de ces repères, c'est détacher le bateau de la rive. Mais où nous mènera-t-il? Lâcher prise nous confronte à notre attachement à nos possessions.

Il nous confronte aussi à notre désir de contrôler toutes les circonstances de notre vie, ce qui nous donne l'illusion de la sécurité. Imaginez-vous cesser ce contrôle, quels sentiments surgissent en vous?

Souvent, il y a la crainte d'être non respecté, utilisé, manipulé, abusé pour des fins égoïstes. Ces résistances proviennent de vieilles blessures qui ne sont plus de mise, car elles nous maintiennent dans la coupure avec notre Essence.

Rester attaché à la rive est un choix de vie possible. Pourquoi pas? Jusqu'à ce que la petite voix intérieure intervienne en disant que nous passons notre vie sans être véritablement nous-mêmes, et que nous nous sommes limités, enfermés. Et qu'une autre façon d'être est possible. S'autoriser à lâcher est la plus grosse difficulté que nous rencontrons sur ce chemin. Cela demande de la volonté, du courage et de la confiance.

Toutefois, même si nous restons attachés, le courant de vie est bien présent en nous, et cela nous demandera énergie, peine et fatigue pour résister à sa poussée. Si nous faisons barrage, la pression se fera plus forte et nous devrons lutter de plus en plus fort. Le courant est patient et intelligent, il sait doser et évaluer quand les conditions nous sont favorables.

Or la Terre subit des élévations rapides d'énergie, de fréquence, elle reçoit des impulsions de l'univers et cela a des répercussions sur notre corps, notre énergie et notre Être intérieur (voir La transformation  ). Celui-ci est stimulé de plus en plus fort. Demain les énergies seront tellement importantes qu'elles nous entraineront comme un fleuve puissant vers notre devenir.

Vous ne voulez pas vous laisser entraîner par ce fleuve qui vous mène à votre destinée. Cependant, si vous aviez conscience de l'endroit où il vous mène, ce serait avec un immense Amour, une immense joie, que vous lâcheriez ce à quoi vous vous accrochez si désespérément. Si vous lâchez prise, si vous êtes dans l'acceptation, si vous avez enlevé de vous toute crainte, toute violence, tout regret, vous aurez l'impression d'être une plume qui s'envole au gré du vent vers sa destination. Il n'y aura donc aucune souffrance, il n'y aura que légèreté, joie et bonheur. (Monique Mathieu, Les portes de notre destinée)

L'égo spirituel


Il existe une stratégie bien plus subtile pour éviter d'écouter son Essence, c'est de croire qu'on l'écoute alors qu'en réalité, c'est la personnalité qui se crée un personnage soi-disant spirituel. Une personne de ce type croit que la démarche spirituelle consiste à suivre des règles de conduite et elle s'efforce d'être dans l'amour en pratiquant des rituels et des disciplines. Elle affiche une morale de conduite, et par là-même, elle se juge et juge également les autres par rapport à cette morale.

Elle n'est donc pas dans l'écoute du cœur. Son apparence affichée de spiritualité masque sa peur du jugement. En réalité, elle cherche à être reconnue et aimée. La personne évite de faire face à ses ombres et blessures, mais un grain de sable suffit à les mettre à jour.

L'être spirituel véritable ne cherche pas à prouver et à démontrer. Il sait manier l'humour et la fantaisie. Il n'est pas concerné par une morale extérieure imposée, car il a son guide intérieur. La discipline intérieure crée un sentiment de justesse et de détente, tandis que la discipline imposée s'accompagne de tension intérieure.

Développement spirituel

La spiritualité est une fonction naturelle, un état de connexion avec Soi. Mais comme cette fonction est délaissée, elle nécessite d'être retrouvée et développée. Le développement spirituel n'est pas autre chose qu'un développement personnel dont le but est la reconnexion avec notre Essence. Nous portons un nouveau regard sur qui nous sommes, sur ce qu'est la vie, et nous le dirigeons sur la perception de notre Essence. Nous remettons notre personnalité à sa juste place et à sa juste fonction au service de l'Essence.

Pour cela, nous portons attention à nos sensations, nos émotions et nos pensées. Nous favorisons les positives (plus exactement celles qui nous élèvent) et transformons les négatives (plus exactement celles qui nous alourdissent, car rien n'est négatif), autrement dit nous apprenons à en devenir maitres. Nous identifions nos deux voix, celle de l'égo et celle de l'Essence. L'égo, tant qu'il n'est pas apaisé, tente d'accaparer le pouvoir et de nous couper de notre Soi, de nous diviser. C'est cette notion qui a été faussement représentée par le diable (dia-bolo, di-viser). La voix de l'Essence nous conduit vers l'unification de notre être. Ces deux voix sont comme deux enfants en nous, l'un intempestif et fantasque, l'autre sage, discret et patient, qui désirent qu'on les entende et qu'on s'occupe d'eux. Dans le développement spirituel, nous choisissons de porter attention à l'Essence tout en rassurant et intégrant la personnalité. C'est une rééducation qui demande de mettre en œuvre certaines qualités et d'adopter certaines attitudes. Voici quelques indications.

Sincérité et simplicité

Porter attention à nos sensations et nos sentiments, c'est dresser une description objective de nous-mêmes. Lorsqu'un entrepreneur veut bâtir une maison sur un terrain inégal, occupé d'arbres et de rochers, il fait d'abord l'état des lieux pour savoir quelles sont les données avec lesquelles il doit compter, ce qu'il doit éliminer et ce qu'il va renforcer. De même si nous voulons nous bâtir, il est nécessaire d'avoir une perception claire et nette de notre état des lieux intérieur. Cela demande un regard honnête et sans complaisance.

Mais contrairement à l'entrepreneur, nous devons faire cet état des lieux régulièrement, car il change en permanence, et les plans de nos constructions évoluent de façon vivante au fur et à mesure de notre progression. Être honnête avec soi, c'est aussi faire preuve de sincérité, d'humilité et de simplicité.

Le regard sur soi ne doit pas seulement rester dans notre pensée abstraite. Il doit aussi se manifester concrètement dans la façon de nous exprimer, d'agir, de nous comporter. Transparaissent alors les qualités d'authenticité et d'intégrité.

Détermination et patience

La mise en pratique de l'authenticité se heurte aux peurs évoquées plus haut (de perte, de l'inconnu, etc.) qui se manifestent sous forme de résistances, de jugements, d'appréhensions, d'inquiétudes et demandent à être dépassées. Une appréhension qui survient lorsque nous nous avançons sur ce chemin, est de nous sentir différents des autres et isolés. Nous sortons du moule social, celui des conventions et des règles morales qui semblent aller de soi et qu'il est incongru de remettre en cause. Justement, nous sommes dans la remise en cause et la révision de nos croyances. Alors que le moule social était notre sécurité, nous prenons maintenant la responsabilité de notre vie et nous assumons le chemin nouveau. Il nous semble alors - dans un premier temps - que nous avançons seul, sans soutien et sans protection et c'est très inconfortable.

Cela demande détermination, persévérance et courage. On peut dire aussi que cela demande de la volonté, mais ce terme est généralement mal compris. La volonté, ce n'est pas celle de la personnalité qui veut obtenir ou réussir à tout prix ce qu'elle a imaginé selon ses croyances et ses émotions. C'est être clair dans nos choix de vie et s'y tenir. C'est décider clairement de lâcher prise et de nous en remettre à notre Essence.

Cela demande également de la patience et de la confiance, car les changements se produisent selon l'intelligence du corps et de l'âme, au rythme de ce que nous avons à guérir et à intégrer, et non selon les désirs impatients de la personnalité.

Cesser d'accuser et de critiquer les autres

Il est des situations qui sont bien plus difficiles que d'autres pour porter attention à soi et à son Être intérieur, pour lesquelles notre personnalité s'impose. C'est par exemple quand nous nous sentons agressés ou spoliés par d'autres personnes et que nous sommes totalement accaparés par notre émotion. C'est une épreuve très intéressante, car elle nous permet d'aller plus loin dans notre évolution. Le travail consiste à percevoir ce qui est touché en nous et ce que cela révèle de nous. Nous découvrons généralement une vieille blessure, une peur de manquer d'amour, d'être rejeté, etc. Autrement dit, même si l'agression est réelle et doit être traitée concrètement (non en réaction, mais en construisant le meilleur pour nous-mêmes), il est encore bien plus intéressant de voir le message qu'elle nous invite à considérer. Il est une manifestation de l'être intérieur. Les situations auxquelles nous sommes confrontés sont le reflet de quelque chose de nous.

L'attitude spirituelle commence lorsque nous cessons d'accuser les autres de nos malheurs, car nous comprenons qu'ils sont le reflet de nos propres blessures. Elle commence lorsque nous cessons d'attendre des autres qu'ils satisfassent nos besoins d'amour et d'attention et que nous comprenons que nous pouvons être maitres de notre vie en lâchant prise et en nous connectant à notre être intérieur. Avec cette compréhension, nous sommes capables d'être compatissants et bienveillants, ce qui n'empêche pas d'exprimer son point de vue et de se faire respecter fermement. Par notre conscience élargie, nous sommes capables de développer l'amour, nous pouvons voir en les autres des êtres blessés et maladroits certes, mais aussi avec leur partie lumineuse et leur cœur.

On tente d'éviter de se laisser contrarier par quoi que ce soit, d'avoir du ressentiment, de rester dans la honte, la peur, ou le jugement. Cela permet de se maintenir à une fréquence élevée. Si cela arrive, pas de culpabilité, nous considérons que nous sommes en apprentissage.

Conscience et responsabilité


En nous appliquant à développer ces qualités, nous augmentons et affinons la conscience de nous-mêmes. Devenir de plus en plus conscients de ce qui se passe en nous et autour de nous est une autre façon de nommer le développement spirituel. C'est prendre du recul, avoir une vue plus large et distinguer les véritables forces derrière les apparences des jeux de la vie. La conscience est la clé de notre évolution.

Souvent, nous sommes amenés à penser que nous sommes le jouet de forces extérieures incontrôlables et que nos souffrances et difficultés sont causées par un hasard malchanceux ou par les autres. Ils ne nous apportent pas l'attention que nous leur demandons, empiètent sur notre territoire, nous sommes victimes d'une catastrophe naturelle ou de la crise économique. Une conscience accrue nous révèle avec évidence que nous sommes responsables de notre vie. Comprendre que nous sommes les acteurs de notre vie est un pas extrêmement important de notre évolution spirituelle. C'est peut-être le plus difficile à comprendre et à intégrer, car cette notion ne fait pas partie de notre culture et de notre éducation standard.

Les difficultés que nous vivons sont l'expression des aspects de nous non résolus qui demandent à être apaisés et guéris. Être responsables de notre vie consiste à nous demander ce que ces difficultés veulent nous faire comprendre. Quel message notre Essence cherche-t-elle à nous communiquer? (voir Ma vie, miroir de ma pensée  http://www.spirit-science.fr/doc_psycho/pensee.html). Notre régénération et notre transformation dépendent de nous. En expérimentant et comprenant cette loi de fonctionnement, nous devenons maitres de notre vie: nous ne sommes plus des victimes, mais des créateurs.

Se regarder avec tendresse

Devenir un observateur lucide sur soi-même et regarder en face nos qualités et nos zones ombrageuses ne signifie pas que nous devons comptabiliser nos défauts et imperfections et nous en sentir honteux ou coupables. Cette attitude ne ferait que contribuer à entretenir d'autres zones ombrageuses, la honte et la culpabilité par exemple. En connexion avec son être intérieur, l'observateur se comporte comme un parent attentif au développement de son enfant, mêlant bienveillance et rigueur. Nous nous observons avec le regard tendre d'une mère qui regarde son enfant faire ses premiers pas, trébucher, tomber, s'agripper, se relever, etc. Qu'est-ce qui suscite cette tendresse? C'est de voir en l'enfant sa progression, ses apprentissages, sa croissance, sa bonne volonté, sa patience, son courage.

Nous observer comme un enfant signifie le faire sans jugement, avec tendresse, mais sans complaisance. Y compris quand nous sommes en colère ou tristes. Verser sur soi la bienveillance et la compassion est une excellente pratique pour la guérison de notre âme et l'ouverture au Soi (voir article L'enfant intérieur - l'attitude bienveillante). Être capable de ressentir la compassion envers soi-même, c'est permettre le déploiement et l'équilibrage en profondeur de l'énergie dans les corps physique et subtils.

Rire de soi-même


Un regard tendre sur soi est le signe que nous pouvons nous voir avec du recul, comme on voit une autre personne. Alors, nous pouvons rire de nous-mêmes. Nous pouvons rire de tout, car nous détectons tous les jeux qui sous-tendent nos actions et nos attitudes: peurs, pouvoir, séduction, etc. Lorsque nous nous prenons au sérieux, c'est généralement une rigidification du mental qui veut nous faire croire que nous sommes quelqu'un. Dans ce cas, nous ne faisons pas preuve d'honnêteté ni de simplicité. Bien entendu (et je le répète pour ne pas risquer d'être incompris), ce rire s'accompagne d'un regard tendre et aimant sur soi-même et sur les autres. Il ne s'agit pas de moquerie. La moquerie rabaisse, l'humour élève.

Lorsque que le rire de quelqu'un à propos de nous nous blesse et que nous ne pouvons pas nous associer à ce rire, si nous nous sentons choqués, cela décèle une zone d'ombre qui reste en nous. C'est donc un signal très intéressant pour progresser. Notre faculté à rire nous indique où nous en sommes dans notre libération émotionnelle.

Dans cet exposé des qualités nécessaires à notre transformation, certains pourraient reconnaitre des règles morales, mais il ne s'agit pas de cela. La morale est un produit de la culture, une composante mentale de la personnalité liée à nos croyances sur le bien et le mal, à la notion de culpabilité et de honte. Le développement spirituel est fondé sur une reconnaissance de nos forces internes et de leur façon de fonctionner. C'est une reconnaissance quasi biologique et neurologique des forces et des sensations qui nous habitent. De fait, le développement spirituel se traduit dans notre corps par un changement de vitalité et d'énergie.

S'abandonner à la joie


Au fur et à mesure que nous lâchons prise, que nous nous abandonnons aux directives de notre Essence, nous nous libérons des peurs, des soucis, et nous devenons plus légers, plus détendus. Nos illusions se dissolvent et sont remplacées par une réalité bien plus exaltante. Nous nous sentons unis à la nature, aux autres, à l'univers. Notre conscience s'accroit, notre énergie s'élève en fréquence vibratoire. C'est ce qu'on nomme le processus d'éveil. La joie permanente, sans objet, qui résulte d'un alignement profond avec le Soi, est nommée la grâce.

L'état de grâce est un état intérieur inné, établi au sein même de l'essence de votre âme, respirant à travers vous et à travers votre divinité. Vous n'avez point à acquérir l'état de grâce ou la grâce, vous n'avez qu'à vous y abandonner, car cette vibration divine vous appartient déjà, et ce vous le savez. Toute âme incarnée possède en elle-même la grâce, ce trésor, cette vibration, cette essence, ce mouvement intérieur... L'abandon à la grâce est un mouvement de fluidité divine qui se propage et se transmet. L'abandon à la grâce se situe à l'opposé de la lutte, de la volonté et du désir manifestés par la personnalité et l'égo - ce que votre psychologie moderne appelle le moi, la personnalité, et dont vous avez besoin pour fonctionner. N'observez-vous point que vous luttez sans cesse, et que vous êtes épuisés? N'observez-vous point dans votre société - et cela n'est point un jugement, nous vous demandons d'observer - que vous êtes constamment incités à la lutte: lute de pouvoir, lutte pour conquérir l'autre, lutte pour posséder encore plus de biens matériels, lutte pour l'amour, lutte pour l'argent, lutte pour la justice et ainsi de suite. (Marie-Lise Labonté, Rencontre avec les Anges)

Comme par miracle, des événements nouveaux et inattendus se produisent dans notre vie, qui semblent concrétiser nos aspirations. Nouvelles rencontres, nouvelles idées, nouvelles propositions. Elles semblent se matérialiser par le magnétisme de nos pensées. Cette simultanéité sans cause matérielle avérée est nommée la synchronicité.

Choisir la joie

On peut accélérer ce processus en cultivant la joie. Au lieu de seulement l'accueillir, on la nourrit et on l'arrose, tel un jardinier. Cultiver la joie est une façon puissante de maintenir la conscience dans des vibrations élevées. Une manière pratique de le faire est de porter attention et d'arrêter son regard sur les saveurs de la vie qui vous sont données chaque jour, et d'émettre une pensée de gratitude pour cela.

Lorsque nous parlons d'amour, de confiance, de foi, de compassion, de grâce et de gratitude, nous ne faisons pas référence à des concepts intellectuels. La compassion, ce n'est pas une idée en vogue; c'est une énergie qui crée d'amples oscillations dans le tissu de votre univers. La grâce, c'est une énergie palpable que l'on peut percevoir et employer dans le monde qui nous entoure. La foi et la confiance ne sont pas des promesses, ni des ententes à respecter. Il s'agit de fréquences qui animent chaque respiration que vous prenez dans la sphère physique ainsi que chaque inspiration et expiration de votre âme dans la sphère divine. La gratitude n'a rien à voir avec les marques de politesse que l'on vous inculque, enfants; c'est une reconnaissance énergétique face à l'univers qui affirme que vous êtes en alignement sur la Source. Et l'amour n'est pas un débordement romantique ou religieux; il est, essentiellement, l'énergie qui anime l'ensemble de la Création.

Vérité et liberté


La recherche de notre Essence nous entraine à écouter notre Être intérieur, à découvrir ce que nous sommes profondément. Nous percevons ce qui est juste pour nous au lieu d'adopter les avis qui nous sont dictés par notre famille, nos amis, la religion, le société, les médias. Aller à la rencontre de Soi, c'est aussi découvrir notre propre vérité.

C'est à vous de discerner ce qui, dans votre cœur, a la résonance de la Vérité. La Vérité ne peut être trouvée qu'au cœur de votre être, et il vous revient d'entreprendre cette quête dans votre recherche de la lumière. Toute information donnée est formée, en tout ou en partie, de l'opinion, de l'interprétation et, surtout, de l'intention de celui qui vous la propose comme l'authentique réalité.

Lorsque nous sommes confrontés à de nouvelles informations issues de l'extérieur (y compris cet article que vous lisez), il est bon de les filtrer en sentant comment elles résonnent en vous. Si l'information induit en vous de l'ouverture, de la revitalisation, de la légèreté, et de l'expansion, si elle n'est ni limitative ni dominatrice, alors vous pouvez la considérer avec l'esprit ouvert. Si elle induit de la crispation, de l'énervement, de la peur, ou le sentiment de vous forcer, alors, sans la rejeter, mettez-là en réserve comme une proposition qui pourra peut-être s'éclairer plus tard, mais qui ne vous convient pas pour le moment.

En trouvant notre propre vérité, nous nous libérons de l'emprise du conditionnement social et nous trouvons la liberté. La liberté est un état d'être intérieur, et non un ensemble de conditions extérieures. Nous prenons la responsabilité de nous-même. Au lieu de nous conformer à des autorités, nous trouvons l'autorité en nous-même. D'ailleurs autorité vient de auteur. Nous devenons les auteurs de notre vie, les créateurs.

Vivre dans l'instant


L'état intérieur de liberté provient également du relâchement de l'emprise de la personnalité. Lorsque nous sommes dans la personnalité, nous nous efforçons de devenir quelqu'un, de satisfaire à des programmes dictés par nos croyances et nos émotions. Par exemple, si nous portons en nous une blessure d'estime de soi, nous cherchons à gagner l'estime des autres. Nous sommes donc menés par un programme du passé non résolu, et en même temps, nos attitudes et actions sont fondées sur la vision d'un futur. Il est extrêmement rare que nous vivions des moments exempts de ces pensées liées au passé et au futur, pour savourer pleinement l'instant présent.

La spiritualité, c'est être libéré du passé et du futur. C'est vivre totalement dans l'instant présent. C'est possible lorsque que nous avons appris à faire confiance au courant de vie et à l'Essence qui nous portent.

Évolution de la conscience

Au cours de notre développement spirituel, notre conscience s'élargit, nos pensées se clarifient, nos émotions s'apaisent. Les sensations corporelles se modifient. Nous avons l'impression de devenir plus substantiels et plus légers en même temps, plus vibrants, plus puissants, dans le sens que nous nous sentons partie intégrante de la vie et de l'univers. On dit que notre fréquence vibratoire s'élève.

Les textes traditionnels de sagesse et de spiritualité, surtout ceux d'origine orientale (Inde, Tibet, Japon, Chine) qui ont été popularisés dans les dernières décennies, décrivent certains de ces états comme étapes de l'avancement spirituel: éveil, maitrise, réalisation, ascension, etc. Toutefois, il n'y a pas de définition absolue de ces termes, et cela varie selon les auteurs. D'autre part, il ne faut pas se représenter l'avancement comme un seul chemin linéaire. Par exemple, on peut progresser dans le domaine des émotions ou dans celui de la conscience de façon parallèle ou inégale. On peut être très avancé, ou très libéré sur certains aspects et pas sur d'autres. Donc ces termes ne sont pas classables par ordre croissant. Ce sont seulement des repères intéressants.

L'état d'éveil


L'éveil, c'est vivre la réalité de chaque instant telle qu'elle se présente sur notre chemin, sans ressentir le besoin de l'éviter, de la combattre, de lui résister ou de vouloir la modifier. C'est vivre dans l'acceptation totale de notre réalité.

L'éveil concerne simplement le fait de voir la réalité telle qu'elle est vraiment... L'éveil est le passage de l'ego à l'essence. C'est un événement neurobiologique qui peut survenir à travers la grâce. Les pratiques spirituelles du monde entier ne sont qu'une préparation à cela.

Ce qui indique peut-être qu'une personne est en état d'éveil, c'est qu'elle n'essaie plus de le devenir. En fait, elle n'essaie plus de devenir quoi que ce soit, elle vit pleinement qui elle est.

L'éveil ne signifie pas que l'on modifie le contenu du mental ou que l'on s'en débarrasse. Se débrancher du mental signifie que l'on reconnait le mental pour ce qu'il est. Il perd dès lors le pouvoir de prendre des décisions à votre place. Il ne s'agit pas d'être sans cervelle mais plutôt de devenir ce que les bouddhistes nomment "pleinement conscient", présent à la réalité telle qu'elle est.

Une personne qui a reçu l'éveil peut encore faire des erreurs, se heurter à des déconvenues, ressentir des difficultés dans ses relations avec les autres, ressentir des limitations ou continuer à avoir mauvais caractère mais elle ne sera plus identifiée à ces vécus. D'une personne qui a reçu l'éveil, il n'est pas exigé qu'elle émane sans cesse une aura resplendissante ou qu'elle soit joyeuse à tout moment.

La première chose qui survient dans le processus de l'éveil est l'ouverture du cœur. Pour la première fois, vous découvrez la vraie compassion, le véritable amour pour les êtres humains. Lorsque le processus s'approfondit, vous perdez votre sens de séparation. Il est très rare que l'éveil total survienne d'un coup, de manière radicale. On peut donc parler d'étapes d'éveil. L'éveil en soi, c'est la capacité de vivre la réalité telle qu'elle est.

Quand on entre dans cet état d'union, on découvre la joie. Tant que le moi existe, il peut faire l'expérience du plaisir, non celle de la joie. Quand les choses se passent comme vous le désirez, vous ressentez du plaisir; quand elles ne vont pas dans le sens de vos désirs, vous ressentez de la tristesse. Mais c'est tout à fait différent de la joie pure de l'être que vous ressentirez lorsque vous ne serez plus séparé d'aucun aspect de la création ni du créateur, et ce, quelles que soient les circonstances de votre vie.

Vous êtes un soleil


http://www.spirit-science.fr/doc_spirit/spiritualite.html

vendredi 6 décembre 2013

"L'AMOUR COMME VOIE DE CIVILISATION ?"



En commençant par un nouveau pari
au sein même du couple ?
Pourquoi pas …

L'amour est une fleur de civilisation qui continue d'éclore et de révéler ses pétales à nos yeux éblouis. Et l'amour est aussi parfois un bourgeon gelé, une promesse jamais tenue, rattrapée par les archaïsmes de nos comportements. C'est ainsi qu'au sein du couple deux puissances vont s'affronter, l'une au grand jour, l'autre souterraine. La relation dominant/dominé, maître/esclave ne va plus cesser désormais d'étendre ses racines à tous les secteurs d'activité. Jusqu'à présent, la loi de la mère et la loi du père ont cohabité sans parvenir à s'exclure et il n'y a jamais eu de véritable alliance. La mère s'est soumise, elle a même parfois renié sa propre loi, mais sa puissance engloutie était toujours là, tapie et prête à resurgir à la moindre possibilité. Le couple a été bâti sur cette terrible disymétrie, sur cette poudrière. Toute personne soumise formente, même inconsciemment, les termes de sa révolte. Toute prise de pouvoir comporte une escalade de tyrannie en réponse à cette révolte potentielle. L'heure de la revanche arrive toujours et le dominant devient dominé à son tour par l'attraction irrésistible de vivre tous les possibles. Mais le propre de cette situation est d'être bloquée et souffrante, d'accumuler de la violence. Ni la domination ni la soumission ne sont mauvaises en elles-mêmes lorsqu'elles sont transitoires ; mais quand elles deviennent institutionnelles, elles nourrissent la guerre.

La déesse-mère engloutie

Nous sommes les héritiers de ce couple infernal, condamné au conflit. Car cette vieille rivalité entre la loi du père et la loi de la mère n'est pas réglée, d'autant moins réglée que "l'aspect sombre de la déesse antique n'a pas fait sa réapparition dans notre civilisation" (Marie-Louise Von Franz).
Le masculin de l'être, l'animus, s'est beaucoup développé, notamment en Occident, mais le féminin de l'être et l'éros de la vie ont encore besoin de se développer, de se connaître pour nous permettre de devenir plus humains.
Nous sommes tous hommes ou femmes handicapés par cette méconnaissance de la mère, nous ne savons pas comment la découvrir, la traverser. Nous restons dans nos comportements prisonniers de ce premier stade relationnel et fusionnel, fusionnel et destructeur. Dans le processus qui amène un être à se développer comme un individu à part entière, toujours plus libre et conscient à l'intérieur de lui, la faiblesse de l'anima et de l'éros nous fait boiter. Tous les échecs de couple prennent racine dans ce déséquilibre du premier couple fondateur, celui qui se joue dans le ventre de maman. Le patriarcat n'est d'une certaine manière qu'une énorme entreprise réactionnelle contre cette toute-puissance archaïque de la mère ; mais qui dit réaction ne dit pas création heureuse. Le patriarcat est un esclavage masqué qui n'a rendu heureux ni les hommes ni les femmes. La conscience collective actuelle est en train de chercher son dépassement.

Une civilisation de la co-création

Tout se passe comme si l'humanité avait joué une civilisation de la mère, puis une civilisation du père, la première inconsciente, indifférenciée, la seconde réactionnelle. Est-il possible aujourd'hui d'envisager une civilisation de l'homme et de la femme dans une relation de coopération, de co-création? La différence biologique et psychique peut-elle être vécue autrement que sous le signe de la peur, de la menace, de l'exploitation ? Nous sommes confrontés à la création nouvelle et brûlante de nos relations. Jamais peut-être le couple n'a été aussi menacé, les divorces se multiplient et pourtant jamais les hommes et les femmes n'ont paradoxalement partagé autant de goûts et d'activités. Les deux sexes vivaient dans deux cercles soigneusement séparés, dans deux identités étanches pendant des siècles mais depuis quelques années nous empruntons les uns aux autres les vêtements, les comportements, les prérogatives. Il ne s'agit pas pour autant, comme on l'a cru, de la naissance d'un unisexe, mais de l'apparition de possibilités nouvelles dans la manière d'être une femme et d'être un homme. Tout se passe comme si nous étions d'avantage autorisés à être bipolaire, féminin-masculin et masculin-féminin.

Une logique du paradoxe

Jusqu'à présent nous étions enfermés dans une logique d'exclusion : si je suis du féminin, je ne suis pas du masculin et vice-versa. Je ne pouvais me poser qu'en m'opposant. Est-il possible de vivre dans une bipolarité d'être une chose et son contraire, de circuler d'un pôle à l'autre, de vivre dans la tension des deux pôles, dans la richesse de l'ambivalence ? Pour accéder à ces nouvelles identités nous avons besoin d'accéder à une nouvelle logique, la logique du paradoxe. Tous les changements relationnels à venir tiennent à ce changement de paradigme que nous commençons a pouvoir énoncer clairement mais qui met plus de temps à s'intégrer dans chaque vie.
Existe-t-il un troisième terme, un au-delà du bien et du mal, un au-delà du masculin et du féminin, du vulnérable et de l'invulnérable, de l'actif et du réceptif, du dépendant et de l'indépendant ? Nous vivons la plupart du temps basculés d'un pôle à l'autre, et toujours tentés de renier l'un des deux. Dans les relations, cette situation psychique crée des ravages. Car je suis tenté de m'attribuer le pôle du bien, du bon, et de poser sur l'autre, sur les autres, le pôle du mauvais. Dans le couple, le compagnon est le support idéal de ces projections-déjections. Pendant quatre mille ans de patriarcat, le masculin a été le bien et le féminin le mal. L'extraordinaire simplicité du processus n'a pas pour autant permis la lucidité et la maîtrise. Moi, un homme, j'ai du féminin en moi ; moi, une femme, j'ai du masculin en moi. Tout se passe comme si la réalisation d'une vie passait par la conquête de sa complétude. Comment devenir ce que je suis, comment devenir un androgyne intérieur, un être capable de vivre sa douceur et sa force, de découvrir le mariage intérieur de ses deux énergies et d'y puiser la volupté d'exister, l'extase de vivre en musique de fond. La sainteté n'est-elle pas de l'androgynat, une sainteté au quotidien qui est respect de tout le vivant, voie du milieu, gravité douce et rire tendre.

Deviens qui tu es

Le programme est inéluctablement en route. L'individualité est devenue une valeur à part entière. Personne n'accepte plus d'être la moitié de quelqu'un et personne n'accepte plus de vivre avec quelqu'un pour des raisons de convenance, d'argent ou même de famille. Les couples se séparent de plus en plus vite parce que personne ne supporte plus de se voir rétréci ou raccourci au nom du mariage. L'aliénation d'une personne à une autre est devenue intolérable, irrespirable. L'air du temps véhicule cette exigence : aller jusqu'au bout de soi-même quel qu'en soit le prix. Cette exigence est d'ordre spirituel même si elle n'est pas comprise comme telle. Car elle implique de découvrir les clefs du voyage de l'amour - amour de soi, amour de l'autre et amour de la vie. Le sens du couple a changé subrepticement, il ne s'agit plus seulement de créer une cellule stable, il s'agit d'apprendre à aimer, de vivre l'amour et le désir dans le couple.

Ce qui fait mourir l'amour, ce qui rend l'intimité insupportable pour certains, c'est cette pression moralisante qui s'exerce de l'un sur l'autre, ce contrôle, cette accusation et cette aliénation de conscience. Pouvons-nous imaginer une autre manière de vivre en couple qui ne comporte pas d'ingérence l'un sur l'autre ? Peut-on respecter l'autre comme une personne à la fois même et différente sans prendre pouvoir sur elle, sans se sentir de droit ? Peut-on être à la fois solitaire et solidaire, amant et ami, fiancé et marié, allié et libre ? Nous sommes apparemment là dans des exigences contradictoires mais notre pari d'humanité semble bien être dans la réconciliation des contraires, dans le dépassement des oppositions, dans l'instauration de la paix au sein des tensions. Apposer au lieu d'opposer. C'est d'une véritable révolution de l'esprit dont il s'agit, d'un revirement de la conscience, d'une sortie de l'emprise du péché et de la culpabilité dans les relations. Un homme et une femme se proposent mutuellement de venir l'un vers l'autre tout en continuant d'aller vers eux-mêmes. Une conscience libre rencontre une autre conscience libre et leurs désirs l'un pour l'autre naissent au coeur de cette liberté. L'angoisse que j'éprouve à t'aimer sans être sûr d'être aimé en retour, me pousse à t'emprisonner mais je peux aussi choisir d'apprivoiser mon angoisse par ma rencontre avec ma femme intérieure ou mon homme intérieur et m'engager sur un chemin de libération.

Le couple de la quête

Chaque couple retraverse toutes les étapes de l'humanité depuis le stade fusionnel jusqu'au sixième stade androgyne, en passant par le stade patriarcal, conflictuel, éclairé, lunaire. La plupart des couples éclatent au troisième stade. Quand l'homme était dominant au deuxième stade, la femme devient dominante au cinquième stade. Le couple patine à nouveau au troisième stade du conflit. Le grand passage se fait au quatrième stade éclairé. C'est le stade de la prise de conscience et du désir de sortir de la relation dominant/dominé. Mais la bonne volonté ne suffit pas. Il s'agit d'une véritable transformation, la sortie du schéma de combat, gagnant/perdant, la perception de la co-création et de l'alliance. Le cinquième stade est tout particulièrement intéressant pour notre époque ; il indique une évolution des identités masculines et féminines. La femme masculinisée domine et l'homme féminisé se laisse dominer. Certains couples aujourd'hui au lieu de vivre une situation patriarcale passent directement du premier stade amoureux au cinquième stade puis régressent au troisième stade du conflit. Ils tentent de comprendre et tentent d'accéder au quatrième stade éclairé, ils essaient le schéma inverse qui dégénère aussi en conflictuel. Ils ne restent ensemble que dans la mesure où ils font l'un et l'autre une évolution vers un androgynat qui leur permet de dépasser la relation dominant/dominé et d'entrer dans le sixième stade. La réussite d'un couple est un véritable parcours initiatique et le couple constitué de deux êtres androgynes ne s'atteint que dans la mesure où l'angoisse de l'amour et les projections culpabilisatrices commencent à laisser place à une confiance, à une acceptation inconditionnelle de l'autre. L'aventure du couple est un voyage d'amour et une quête spirituelle.

La troisième voie

En chacun de nous, homme ou femme, l'âme a une prise de conscience à faire, une complémentarité à réaliser entre le masculin et le féminin avant d'aborder l'unité, le noyau intérieur que Jung appelle le Soi. C'est le voyage du processus d'individuation ou de réalisation que chaque être humain se propose souvent sans le savoir de parcourir. Les six premières étapes permettent d'aller de l'inconscient au conscient en passant par des épreuves plus ou moins longues et difficiles. Pendant longtemps, la sixième étape était exclue du patriarcat et de la conscience collective ; seuls quelques individus privilegiés menant une quête ardente pouvaient l'expérimenter. Aujourd'hui, le temps est venu de réaliser consciemment ce programme au niveau du plus grand nombre. L'amour humain incarné dans le couple est peut-être la seule valeur qui puisse proposer un sacré collectif en dehors de toute religion. Nous avons besoin d'un nouvel art d'aimer. Nous avons besoin de redécouvrir le hiérosgamos, la rencontre sexuelle dans un esprit d'unité.
Entre les deux pôles opposés du sacré et du profane, le couple éveillé est une troisième voie. C'est ce qu'avait déjà entrevu le visionnaire Teilhard de Chardin : il existe "une troisième voie non moyenne mais supérieure entre un mariage toujours polarisé sexuellement sur la reproduction et une perfection religieuse toujours présentée théologiquement en terme de séparation". Le couple de l'âme est éveillé à une perception plus subtile. Il est un peu comme une forme invisible qui planerait au-dessus de tous les couples et s'incarnerait par moments privilégiés. L'Autre m'est à jamais inatteignable quelle que soit l'intensité de l'amour qui m'anime et pourtant, par instants privilégiés, nos deux âmes peuvent se déverser l'une dans l'autre. La folie de l'amour c'est de vouloir devenir l'autre ou d'exister par son regard. La sagesse de l'amour, c'est de savoir devenir toi et revenir à Moi. J'acquiers comme une légéreté de l'être à me démultiplier et, paradoxalement, c'est ainsi que je me rapproche le plus du sentiment d'unité qui est mon horizon et ma nostalgie, ma patrie d'origine.


Nouvelles clés Automne 94

lundi 2 décembre 2013

"ENTRETIEN AVEC LE SILENCE"


Par Frédéric Hurteau M.Ps
Spécialiste en psychologie et en counselling transpersonnel


À l'âge de 16 ans, j'ai pris rendez-vous pour la première fois avec le silence.

C'est en désespoir de cause que j'ai été à sa rencontre, à la suite d’un premier chagrin amoureux. Ne sachant où donner de la tête, ayant l'impression que tout mon univers s'écroulait, me sentant rejeté et abandonné, je décidai d'aller me réfugier dans un monastère, là où je pourrais me sentir protégé et entouré.

Aucune fuite possible

Quel choc terrible m’y attendait ! Me retrouver en silence, face à moi-même, en l'absence du bruit et des distractions habituelles, avec pour seule compagnie le temps qui ne semblait plus avoir de références.

« L'idéal du calme est dans un chat assis. Le calme est l'allié de la sérénité. Il est le propre de ceux qui vivent en accord avec eux-mêmes. Nul n'est besoin d'évoluer dans le bruit et le fracas pour se sentir exister. Il faut être seul pour s'apaiser et se retrouver dans le calme de la solitude. »
Jules Renard

Les quarante-huit premières heures me parurent une éternité ; le temps semblait s'être arrêté. J'avais l'impression de voir surgir des images et d'entendre des sons insolites. Je me sentais au bord de la folie… Puis le passage se fit et les résistances tombèrent. Je fis mon entrée sur le doux territoire du silence, un lieu d'inspiration, de paix et de compassion. Cet environnement de silence permit à mon esprit de contemplation de s'élever au-dessus de la douleur, du sentiment de trahison et d'abandon et du désir de posséder l'être aimé. Et doucement, tout doucement, tout fondit dans le temps.

Carpe Diem

Dans la majorité des cultures, on retrouve quatre universels de guérison : la danse pour le corps, le chant pour le cœur, les contes et légendes pour la pensée et le silence pour l'âme. Le silence donne à l'ego la perspective nécessaire pour que s’installe une vision claire, élargie, une lecture en profondeur, au-delà de la grande souffrance qui accompagne souvent le passage des moments initiatiques de la vie. Enveloppé de silence, un chagrin d'amour, une perte ou une séparation, une épreuve ou l’annonce d’une maladie prennent un sens différent. Une deuxième lecture devient alors possible, la douleur s'allège.

Inviter le silence à sa table

Les peuples des brumes des montagnes d'Asie du Sud-est me rappellent annuellement cette nécessité d'être en silence pour mieux voir, entendre et savourer l'environnement naturel dans l'ici et maintenant du CARPE DIEM ! Les paroles, les mots, le raisonnement diluent trop souvent l'intensité de l'émotion des messages du cœur et du vécu dans toute sa profondeur. Dans l’univers du silence, sans mots, ni paroles, des relations intimes s'amorcent, des contacts vrais. C'est la rencontre des âmes.

De toute façon, dites-moi, quels seraient les mots justes pour démontrer son émerveillement devant un paysage qui nous coupe le souffle ou encore pour décrire tout l’amour que l’on ressent envers l’être aimé? Le silence permet le passage de l'énergie intérieure sans aucune interférence explicative. C’est ce que l’on appelle les tendresses et les délicatesses du silence - point neutre - lieu de « non-respir » entre le moi intérieur et le moi extérieur.

« Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits au contraire ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire. »
La Rochefoucauld.

Voie royale de la connaissance

Pour Carl Jung, le silence est la voie d'accès à l'héritage de l'inconscient collectif et à ses ressources créatrices infinies. C'est la fusion avec l'Univers. Il favorise la manifestation de l’intuition, voie royale de la connaissance innée. L'intuition, à son tour, donne accès à la vérité au-delà des frontières de la raison. Les réponses étant inscrites à l'intérieur de nous, il suffit simplement de les écouter dans la quiétude du silence.

L’être humain qui invite doucement le silence dans sa vie développe l’inspiration créatrice qui pourra le conduire à sa pleine réalisation. Et comme cette inspiration émerge souvent dans le silence de la nuit, il faut être prudent au réveil afin que la raison ne vienne pas saboter, par le biais de l'analyse et de la critique, les cadeaux déposés à notre porte par la créativité onirique !

« L’affaire n’est pas de trouver mes mélodies mais plutôt de ne pas les piétiner le matin en sautant hors du lit. »
Jean-Sébastien Bach

« La connaissance intuitive est un éclair qui jaillit du silence et tout est là, ni plus haut ni plus profond, en vérité, mais juste là, sous nos yeux mêmes, attendant que nous devenions un peu plus clairs. Ce n'est pas tant la question de s'éduquer que de se libérer des obstructions. »
Sri Aurobindo

À quand remonte votre dernier entretien avec le silence ?

Expérimenter le silence demande discipline et pratique. C’est réapprendre à vivre en faisant des expériences simples, en nature par exemple : l’espace de quelques instants, concentrer toute notre attention sur nos sens que sont la vue, l'ouïe ou l'odorat. En faisant cela quotidiennement, nous changeons notre rapport au monde : nous entendons notre respiration, l'inspiration - notre choix de vivre - et l' expiration - le lâcher prise sur nos peurs. La nature nous ramenant à l'essence de la vie, la voie du silence devient grandiose, voire musicale.

« Vois-tu, Gilles, dans le bois, hé ben... quand on parle tout le temps, on voit rien ! »
Gilles Vigneault

La Vie au-delà des mots

Dans le voyage humanitaire de silence et de compassion que je vis à chaque hiver en Asie, le silence est essentiel pour apprécier, voir, entendre, sentir et goûter. Les paroles et les commentaires devant l'inconnu sont souvent futiles et ne servent qu’à établir des comparaisons boiteuses avec l'expérience vécue passée ayant simplement pour but de trouver des références rassurantes par rapport à l'inédit et à l'inconnu.

« Les pensées sont comme des nuages; elles nous cachent le ciel bleu et limpide. Elles sont, en outre, un empêchement au silence. Sans doute le silence primordial contient-il un son, ou un mouvement, mais ceux-ci sont partie intégrante du silence. Quand on est silencieux, il n'y a ni entité, ni dissipation, ni agents perturbateurs. Il n'y a qu'intégration parfaite de l'être de plénitude. »
V.-R. Dhiravamsa

En Asie, le mystique et le sacré font partie intégrante de la culture. Pour se saluer, on fait le « wai » qui est un geste de paix. À chaque jour plusieurs instants sont consacrés à la prière et le silence fait partie du quotidien.

En Occident, on attend souvent le décès d'une personne pour partager avec elle une minute de silence.

Le silence est une ressource extraordinaire, une nourriture qui apaise. Lorsqu'on cherche les mots pour encourager, supporter ou consoler, pourquoi ne pas inviter le silence ?
Lui seul peut atteindre dans son essence le cœur et l'âme de l'autre.

« Rappelez-vous que le silence est parfois la meilleure des réponses. »
XIVe Dalaï Lama

POUR MIEUX LE CONNAÎTRE

Fondateur du Centre de Psychologie Transpersonnelle du Québec en 1985, Frédéric Hurteau est conférencier et formateur au Québec, en France et en Asie. En plus d'offrir la thérapie transpersonnelle et le Jeu de Sable au Québec, chaque hiver, en février, il accompagne en Asie du Sud Est – en Thaïlande, au Laos et au Cambodge - un petit groupe dans un voyage de silence au cœur des gens. L'été, il offre Quête de Vision et Chamanisme, un atelier de dix jours en pleine nature. Il a enregistré douze conférences audio sur cassettes.

Page Psycho-Ressources de Frédéric Hurteau
Pour le joindre: Tél. : (450) 227-7070
Site web : www.psychologietranspersonnelle.com
Le Centre de Psychologie Transpersonnelle du Québec
C.P. 72, Ville de Saint-Sauveur, Québec JOR 1RO
Tél. : (450) 227-7070