vendredi 7 avril 2017

"INTERNET, TRADITION ET MEDITATION"


Quelques réflexions par le Dr Jacques Vigne
ancien psychiatre, installé en Inde depuis douze ans pour la sadhana (pratique spirituelle)

On a beaucoup parlé de la révolution de l'Internet, pour le meilleur et pour le pire. Je livrerai ici quelques réflexions sur le sujet, du point de vue qui est le mien: celui d'un chercheur spirituel et méditant qui a été auparavant en Occident professionnel de la santé mentale. Nous envisagerons deux aspects de la question: d'abord, celui de la psychologie spirituelle, puis celui de la communication des enseignements spirituels entre cultures.

La première chose à voir clairement; c'est que le fonctionnement de l'Internet suit et imite de près celui du mental. Les deux sont basés sur des associations, des liens. C'est pourquoi l'Internet a le pouvoir de rendre les gens rapidement dépendants, comme une sorte de drogue. Au contraire, la méditation coupe régulièrement les associations automatiques pour laisser la place à la présence authentique. Elle désintoxique du parasitage continu du mental, cette machine à faire des associations. Celui-ci a une tendance à l'extériorisation qu'on appelle en psychologie du yoga 'avritti'; la méditation inverse ce processus et correspond à une intériorisation, 'nivritti'. Le mental est comme une araignée qui va chercher les insectes à différents endroits de sa toile; de même qu'un agent intelligent (webcrawler) va chercher des informations sur le Net; la méditation nettoie les insectes, la toile et l'araignée. C'est l'arrêt de l'idéation automatique, des concepts et opinions erronées et même, chez des méditants avancés, des vaguelettes de sensations, rendant possible un aperçu du fond du lac, c'est à dire le Soi.

Une forme de psychose, c'est la schizophrénie, de 'schizo' qui signifie 'di visé' et 'phren' ; l'esprit. Cela veut dire que l'esprit est à la fois coupé du monde extérieur et divisé contre lui-même ; mais il existe une autre forme de psychose qu'on pourrait appeler 'interphrénie', où l'individu s'épuise à force d'être trop relié. La tendance vers l'extérieur est au maximum, c'est une sorte d'hémorragie qui suce le sang de la vie intérieure. En fait, même dans la recherche scientifique, associer n'est pas le tout, on a besoin d'avoir un fil directeur, sans cela on est perdu. Cette loi est encore plus valable en ce qui concerne la vie intérieure. Le mental d'une personne ordinaire est comme la lumière habituelle, celui d'un méditant expérimenté est comme un rayon laser, non seulement concentré, mais aussi cohérent avec lui-même. Il peut accomplir des miracles.

Du point de vue pratique, c'est la raison pour laquelle nous avons évité de mettre trop de liens à l'intérieur des textes même de ce site, nous avons laissé pour l'introduction. Une lecture spirituelle est basée sur la concentration et l'imprégnation d'un message - comme par osmose. Bien sûr, quand on recherche sa voie ou qu'on souhaite trouver des documents intéressants, il est normal d'aller ici ou là, mais c'est simplement une phase de début. Après, il faut être capable de ralentir singulièrement le rythme pour savourer intérieurement ce qu'on lit. A l'autre extrémité de l'évolution méditative, on peut abandonner en quelque sorte la concentration pour simplement observer l'esprit avec une 'attentivité non sélective' (choiceless awareness' comme disait Krishnamurti); mais le problème de cette méthode, c'est que peu sont réellement capables de la suivre, d'où le risque d'auto-illusion. De toutes façons, quelque soit le type de méthode que l'on suive, méditer signifie 'débrancher l'écran', non seulement des objets extérieurs, mais aussi du mental lui-même, et demeurer gaiement et sans souci dans son propre Soi.

L'Internet est un media puissant, et comme toute médicament efficace, il peut avoir des effets secondaires sérieux, le principal étant de renforcer la tendance à l'extériorisation de l'esprit. A notre époque en particulier, celui-ci est envahi d''informations inutiles, est en état d'embouteillage quasi-permanent --comme une boîte aux lettres électronique encombrée de messages inutiles. La façon radicale d'en finir avec cet encombrement, c'est de changer son adresse, c'est à dire de cesser son identification à l'ego. Les messages venant de l'extérieur vont rebondir avec la mention:'N'habite pas à l'adresse indiquée', et il vont diminuer progressivement.

Il est intéressant de noter que l'Internet nous renvoie à un des messages fondamentaux de la philosophie de l'Inde: ce que nous appelons la réalité objective est bien plus virtuelle que ce que nous croyons; et le mental aime à se plonger dans ce virtuel tant qu'il y trouve du plaisir. On en arrive ainsi logiquement à la constatation que la véritable source de dépendance, c'est le mental lui-même, et que tout découle donc de sa connaissance et de sa maîtrise. C'est la question fondamentale du cheminement spirituel depuis l'époque des Upanishads : si le mental voit le monde à la fois extérieur et intérieur, quel est ce 'cela' qui voit le mental? Quel est ce 'cela' qui peut voir l’œil sans yeux? Quel est ce 'cela' qui peut écouter l'oreille sans oreille?

Si nous abandonnons maintenant le champ de la psychologie et que nous nous tournons vers celui de l'histoire religieuse et spirituelle de l'humanité, l'Internet est certainement une grande chance. Il suffit de réaliser que l'intolérance -par exemple celle du Christianisme au Moyen-Age- s'est manifesté par le contrôle des écrits. Il est non seulement tragique, mais aussi symbolique que les 'hérétiques' qui proposaient des idées nouvelles aient été brûlés en même temps que leurs livres. C'étaient les clercs et les moines qui avaient la structure matérielle pour copier les manuscrits et qui avaient donc le pouvoir de transmettre la culture de leur choix. Quand l'imprimerie a été découverte, chacun a pu avoir sa Bible, la lire et réfléchir directement sur elle; les Églises réformées ont pu se développer et mettre au défi le monopole religieux de Rome. Je vois le développement de la littérature religieuse et spirituelle sur l'Internet comme un autre grand pas en avant pour mettre au défi les monopoles religieux de grandes institutions ou ceux commerciaux d'éditeurs, et ainsi de favoriser un pluralisme réel.

Rome a conquis la Grèce et Israël militairement, mais s'est fait conquérir par eux sur le plan philosophique et religieux. De même, il est possible que l'Occident qui domine le monde économiquement de nos jours soit conquis par des formes spirituelles et religieuses d'origine orientale; le processus sera certainement plus complexe que ne l'est ce schéma, il y a déjà et il y aura probablement de multiples échanges à double sens, mais cette possibilité mérite d'être prise au sérieux.

Pour prendre notre propre exemple actuellement, nous mettons la plus grande partie de la littérature à propos de Ma Anandamayi (elle même n'a rien écrit) sur Internet, et elle devient donc disponible pour le public mondial, tout cela pour un coût extrêmement minime. Cette possibilité était impensable il y a seulement quelques années. Elle va favoriser un contact direct des chercheurs spirituels avec les livres-sources, de différents groupes et enseignements, ils pourront se faire une idée par eux-même et choisir le chemin qui leur convient réellement de façon plus indépendante. Il est tout à fait compréhensible qu'un éditeur ait envie de rentrer dans ses frais quand il publie un ouvrage, et même qu'il souhaite en retirer un certain bénéfice, mais cela limite plus qu'on ne pense le choix de textes possibles, et restreint, ne serait-ce qu'inconsciemment, les possibilités d'auteurs par ailleurs de bonne volonté. Pour parler de façon directe, cela tend à éliminer les écrits trop bons pour plaire au grand public.

Si malgré tout un mouvement religieux veut publier des écrits mystiques non 'rentables', il doit investir des fonds dans cette entreprise et donc rentrer dans une sorte de cercle vicieux de collecte d'argent tout d'abord pour cela, et de propagande ensuite pour malgré tout écouler son stock d'ouvrages; finalement, il développe les travers habituels de tout organisation missionnaire de qualité moyenne. L'Internet a la capacité de résoudre en partie ce problème. La question de la surabondance de textes de mauvaise qualité sur le Net se pose, mais elle peut être résolue par la création de sorte de comités éditoriaux de personnalités bien connues et respectées dans leur tradition ou ligne spirituelle et qui font une sélection des meilleurs textes à proposer au public, de même qu'un éditeur choisit les manuscrits qu'il propose à son public, mais sans les contraintes financières, et c'est en soi un grand progrès. Dans l'histoire religieuse de l'Occident, l'équilibre entre les mystique individuels et l’Église a été perdu à partir du XIIIe quand les ermites se sont vu progressivement retirer le droit d’enseigner au peuple, et que la hiérarchie habituelle s'est de plus en plus arrogé ce pouvoir. En Inde, grâce à l'indépendance du gourou, le mystique individuelle a conservé et même développé ses droits. De nos jours au niveau mondial, en particulier grâce à l'Internet, cette communication entre enseignants spirituels et aspirants disciples peut être rétablie plus facilement, mais avec deux réserves:

D'une part, la communication rapide des informations peut aussi jouer en sens inverse, c'est à dire renforcer la centralisation et l'emprise des 'multinationales du religieux'. D'autre part, quand la relation d'enseignement spirituel devient un tant soit peu sérieuse, elle nécessite un contact direct entre maître et disciple, de même qu'il faut un contact direct entre le papier de verre et la pierre qu'on veut polir si l'on souhaite un quelconque résultat.

Quand on étudie l'histoire de la spiritualité, on y trouve des mises en garde régulières contre le danger de la connaissance livresque, sans l'expérience spirituelle qui devrait normalement l'accompagner et le contact fécondant d'un maître. Les livres ou manuscrits représentaient la réalité virtuelle de l'époque; de toutes façons encore maintenant les informations sur la spiritualité transmise par l'Internet le sont principalement sous forme de textes. Ces mises en gardes sont encore plus importantes de nos jours où la quantité d'informations disponibles s'accroît vertigineusement. Plus d'information signifie plus de confusion, d'où l'insistance renouvelée sur le développement d'une relation réelle avec des, ou même seulement un ami spirituel réel, pour reprendre ce terme (kalyan mitra) qui désigne le maître dans la tradition du bouddhisme ancien. Le livre ou l'écran d'ordinateur qui sert de canal de communication peut aussi à partir d'un certain point devenir un écran au sens 'obstacle' du terme, un bouclier protecteur par rapport à une relation qui risque de remettre en cause l'égo de l'aspirant disciple.

Cependant, lire un texte spirituel, par exemple des entretiens avec un sage est une forme d'association avec lui, même s'il est mort depuis longtemps ou qu'il habite à l'autre bout du monde, et on en retirera un profit certain; on dit qu'un bon livre vaut mieux qu'un mauvais gourou, c'est bien pour cela que les personnes spirituelles continuent de publier de bon livres, et aussi à partir de maintenant, créent de bon sites sur l'Internet....

note: ce texte date de 2012. 

A propos de l'Internet, l'auteur explique: C'est pourquoi l'Internet a le pouvoir de rendre les gens rapidement dépendants, comme une sorte de drogue. Au contraire, la méditation coupe régulièrement les associations automatiques pour laisser la place à la présence authentique. Elle désintoxique du parasitage continu du mental, cette machine à faire des associations.Ceci me semble très important.


http://www.anandamayi.org/devotees/jv/jv1.htm

Site de Jacques Vigne : http://www.jacquesvigne.com/

jeudi 6 avril 2017

"MEDITATION ET GUERISON PSYCHOSOMATIQUE"


La méditation est l'art de se regarder soi-même par l'intermédiaire d'une posture physique et mentale. Ce regard sur le chaos qui nous habite permet de ne pas en être dupe et d'apaiser le flux désordonné du mental. L'acte de méditer permet donc de guérir l'esprit. Et partant, l'être.

L'autoguérison est une question centre pour celui qui pratique la méditation: cette dernière procure assez rapidement un bien-être, une relaxation, mais jusqu'à quel point peut-elle permettre une autoguérison des maladies du corps et des souffrances de l'âme '? Au-delà, la méditation n'apprend-elle pas à accepter d'un esprit égal le bien-être et le mal-être ? On peut dire que la bonne méditation, comme la bonne psychothérapie, est une autoguérison assistée -dans un cas par le maître spirituel, dans l'autre par le psychothérapeute.

Nous allons parler plus loin de la notion d'autoguérison dans la psychologie occidentale. On en parle si peu dans les psychothérapies d'inspiration analytique qu'on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une sorte de tabou, de vérité refoulée. En effet, si les gens peuvent se guérir eux-mêmes, cela ne réduit-il pas considérablement le pouvoir des thérapeutes, et encore plus de ceux qui ont réussi à se promouvoir comme formateurs ?

Je suis parti en Inde deux mois après la fin de mes études de psychiatrie, parce que j'avais déjà ressenti dans ma propre expérience le pouvoir d'autoguérison de la méditation, et que je voulais approfondir cette voie. Je savais certes que la méditation, au-delà de l'autoguérison, mène à la Libération, et qu'après avoir aidé à l'intégration du moi, elle aide à le transcender; mais en pratique, je sentais que les deux mouvements étaient liés: il me fallait de toute façon revenir à mon propre esprit, quelles que soient les méthodes que j'allais employer.

La méditation est un «art scientifique», pour reprendre la jolie expression de Marshall Covindan lors du Congrès de Lyon intitulé «Méditation et psychothérapie» qui s'est tenu en mars 1994. Il y a eu de nombreuses études scientifiques qui ont prouvé l'efficacité de la méditation (j'ai d'ailleurs fait ma thèse de médecine sur le sujet). Il faut remarquer que, du point de vue physiologique, il est difficile de distinguer véritablement les effets de la méditation de ceux de la relaxation. De plus, les études souffrent souvent d'une ignorance des différences entre les techniques méditatives, et elles sont souvent pratiquées sur des débutants. L'évaluation à long terme d'une pratique de méditation requiert une réflexion plus approfondie. Elle exige une bonne connaissance de la psychologie spirituelle et de ses pièges, et des diverses méthodes utilisées par les voies spirituelles. Les auteurs du Journal of Transpersonal Psychology qui publient depuis vingt-cinq ans des études approfondies sur le sujet s'orientent dans ce sens-là.

J'ai entendu dire que la France était devenue le pays où il y avait le plus fort taux de suicide des adolescents. A cet âge où les modifications du corps entraînent des bouleversements qui peuvent être équilibrés par des prises de conscience mystiques, la méditation a un rôle important à jouer. Elle permet, en se regardant et ressentant soi-même, de trouver son propre sens à la vie, ce qui représente une réussite fondamentale pour l'adolescent, ou pour l'adulte s'il n'a pas eu la chance de découvrir un sens à sa vie à l'extérieur; I'adolescent, plus lucide souvent que l'adulte, s'aperçoit de l'absurdité de ce système; s'il n'a pas le recours d'une forme ou d'une autre de méditation pour trouver le bonheur à l'intérieur, il risque fort d'être tenté par le suicide, alors qu'il avait en germe une intuition de sagesse à propos de la futilité des bonheurs proposés par une société qui, dans l'esprit, a toujours été, et sera toujours, de consommation.


La méditation peut-elle s'adresser à des sujets pathologiques ?

Pour être clair, il vaut mieux distinguer méditation et sadhana - cette dernière représentant une méditation soutenue, intense, avec une vie quotidienne en harmonie avec l'idéal de la méditation. Pour être accepté par un maître spirituel et s'engager sur cette voie-là, il faut un grand équilibre de départ, ainsi qu'une bonne capacité de maîtrise de soi (les yama-niyama du yoga). A ce moment-là, le pratiquant se soigne en équilibrant les courants d'énergie (pranas). D'après la médecine ayurvédique, les maladies tant physiques que psychiques viennent de déséquilibres entre les pranas. Le pratiquant pourra faire également son auto-analyse au cours de sa méditation. Le rôle du maître spirituel n'est pas, comme celui du psychothérapeute, de rentrer dans les détails de l'inconscient du disciple; par contre, il peut le mettre dans des situations où des tendances négatives latentes peuvent se révéler. Ce sera alors au disciple de les analyser au fur et à mesure. Malgré tous ces facteurs favorables, le pratiquant peut passer par des phases difficiles, surtout si l'éveil de la Kundalini est accéléré par l'absence d'activité sexuelle. Les méditations de concentration pratiquées intensivement peuvent révéler des faiblesses latentes chez le pratiquant; par contre, les méditations d'observation du mental permettent un rééquilibrage régulier du psychisme.

Après avoir abordé cette référence traditionnelle, qu'en est-il maintenant des indications de la méditation en psychothérapie ? De quelle pratique s'agira-t-il ? D'une pratique intensive, avec de multiples possibilités de verbalisation en compagnie du thérapeute. La prière, la répétition du mantra peuvent aider à stabiliser le mental et à retrouver une capacité minimum de concentration. Par contre, les méditations d'observation ne sont pas a priori conseillées, les patients n'ayant pas la maîtrise de l'esprit nécessaire pour que ces techniques soient profitables. Dans l'ensemble, des méditations très proches du corps semblent utiles pour ramener la conscience à la base du mental et éviter de trop grandes divagations. Cependant, ces méditations risquent d'accroître des tendances hypocondriaques. J'ai parlé de ces questions avec le Dr Schnetzler, ex-chef de service de psychiatrie et pratiquant de la voie tibétaine. Il a organisé pendant longtemps des groupes de méditation avec des patients. L'indication de la méditation se posait en fait au cas par cas, il n'y avait pas de correspondance régulière entre tel ou tel type de méditation et tel ou tel type de pathologie. En réalité, le vrai problème ne se pose pas tellement en termes d'indication ou de contre-indication, mais plutôt dans le fait de réussir à trouver ou non un psychothérapeute qui ait une bonne expérience personnelle de la méditation.

Comme nous l'avons fait remarquer, I'autothérapie est peu abordée dans la masse de littérature de la psychologie occidentale. Peut-être évoque-t-elle trop, par certains aspects, la prière. Ceci dit, les courants de pensée positive mènent en fait directement à l'autothérapie. Ce n'est sans doute pas par hasard que ces courants se sont développés plus facilement aux Etats-Unis, où la notion de guérison par la prière est couramment acceptée. Dans les pays latins, la pensée positive s'est intégrée au milieu médical, en particulier par l'intermédiaire de la sophrologie. Dans la psychologie d'inspiration psychanalytique, le livre de Karen Horney, L'auto-analyse (Stock plus, 1942 pour l'édition originale en anglais), a marqué une date, bien qu'il semble être resté isolé. L'idée de base de Karen Horney s'avère saine: à une époque où une bonne partie de l'humanité était dominée par les totalitarismes, il était urgent d'apprendre aux gens à penser par eux-mêmes, à devenir indépendants, y compris de leur thérapeute. La nécessité de l'honnêteté complète vis-à-vis de soi-même, les risques de la fuite des vrais problèmes et de l'autojustification sont justement soulignés. Cependant, quand Karen Horney parle des limites de l'auto-analyse, elle devrait aller plus loin et parler des limites de l'analyse elle-même: l'introspection sans fil directeur fait que l'esprit, n'ayant rien à quoi se raccrocher, construit sa propre mise en scène indéfiniment. Certes, celui qui s'analyse seul risque de se prendre dans son propre labyrinthe, mais celui qui travaille avec un analyste risque de se perdre à deux, avec en plus le danger de ne pas s'en apercevoir, s'il a fait un transfert positif sur son thérapeute qu'il croit omniscient. Au fond, I'auto-analyse ne parait guère différente d'un journal introspectif d'adolescent. La méditation essaie de résoudre ces difficultés de diverses façons. Le retour à un corps immobile et dynamique limite l'amplitude des divagations mentales; de plus, celui qui est engagé dans une véritable pratique a un idéal moral élevé. En analysant les détails de ses déviations quotidiennes par rapport à cet idéal, il apprend à connaître les défauts fondamentaux de l'ego.


La méditation et les rouages de l'autoguérison

Une autre œuvre originale est le dernier livre de René Allendy, le Journal d'un médecin malade qu'il a dicté pendant sa dernière maladie en 1942: on y retrouve une certaine dépression, mais accompagnée de prises de conscience spirituelles. Allendy s'était lié d'amitié à l'époque avec Swami Siddeshwarananda qui vivait aussi à Montpellier. Il constate: "Je sens bien aussi comme notre vie extérieure réalise un grouillement d'influences qui n'est pas nous-mêmes. Cette espèce de comédie humaine autour du demi-cadavre que je suis, autour du naufrage de ma vie matérielle, offre, derrière son ridicule apparent, un reflet du néant des choses contemplées du point de vue spirituel".

 

Quels sont les mécanismes de l'action thérapeutique de la méditation ? On peut en distinguer plusieurs:
 

Le conditionnement opérant: quand on réussit à maîtriser un tant soit peu son mental, on a une expérience de bonheur, sinon, on expérimente des tensions et de l'angoisse. En ce sens, on peut dire que la méditation est une bonne drogue. Dans la vie courante, nous avons tous plus ou moins nos drogues; pour les uns ce sera le travail, pour les autres l'attrait du sexe, pour d'autres la politique ou les chevaux, etc. Le mental est agité parce qu'il recherche le bonheur; la méditation le calme en lui donnant ce qu'il recherche, mais à l'intérieur;
 

Le déconditionnement par évitement: dans des types particuliers de méditation, ou l'on cherche par exemple à relaxer l'attachement au corps en méditant sur le cadavre, etc..;
 

La privation sensorielle: en réduisant les stimuli extérieurs par le silence et une certaine solitude, le méditant augmente la remontée du matériel inconscient, et accélère par là-même le processus de purification, dans la mesure où il est capable d'observer ce matériel inconscient avec le sourire;
 

L'inhibition de l'imagerie mentale: ceci n'est pas contradictoire avec le point précédent, mais correspond à des moments différents, ou à un stade plus avancé de la méditation. On dit que le sommeil avec rêves est plus difficilement réveillable que le sommeil profond, et qu'en ce sens, il est plus profond que lui: en effet, le rêveur n'a qu'une envie, c'est de continuer son rêve. Quand il réussit cependant à inhiber cette activité de rêve, il se réveille, et fait en quelque sorte un saut de conscience. De même, quand le méditant réussit a maîtrisé l'afflux d'images mentales par la concentration, il fait un nouveau saut de conscience - un éveil dans l'éveil, si l'on peut dire:
 

Du point de vue yoguique, la méditation agit en rendant silencieuse des couches de plus en plus profondes du mental; d'abord le mental verbal, ensuite l'imaginaire, ensuite les sensations; quand même les sensations sont calmées survient la grande expérience, le samadhi, et le Soi se révèle;
 

Un autre mode d'action de la méditation, c'est qu'elle stimule l'intérêt de la découverte, et celle-ci induit une satisfaction profonde de la conscience.

La méditation permet d'abord de gérer le stress et de percevoir des mécanismes de base du mental. Ensuite elle permet de développer la compassion et la transcendance; celle-ci permet de se détacher des systèmes explicatifs intermédiaires de compréhension du mental au fur et à mesure qu'on n'en a plus besoin. De même qu'on peut distinguer une thérapie pragmatique d'une thérapie initiatique, de même, il n'est pas interdit de distinguer une méditation pragmatique cherchant à corriger des défauts évidents du mental d'une méditation initiatique, qui s'oriente directement vers l'expérience de l'être. Chaque école de psychothérapie a sa grille de lecture, destinée à mettre un peu d'ordre dans le chaos des expériences relationnelles et intérieures, à les organiser selon une hiérarchie évolutive. Comment pourrait-on évoquer la «grille de texture» de la méditation de façon simple ?
 

Le mental est attiré vers l'extérieur. Même quand on se tourne vers l'intérieur, on est encore prisonnier de l'extérieur sous forme de souvenirs, d'identifications des rôles, etc.
 

Tout ce qui va dans le sens de l'observation va dans le sens de la méditation, étant entendu qu'on est par ailleurs assez mûr pour accomplir l'action juste au moment juste.
 

A un stade très élevé, l'observateur et l'observé de nouveau ne font plus qu'un, il n'y a plus que l'Unité.

Qu'est-ce qui guérit vraiment dans la méditation ? Certes, on ne peut pas éliminer le mécanisme d'action de la psychologie habituelle: revivre de manière consciente et relaxée des traumatismes passés qui avaient été plus ou moins enfouis. Cependant, la création d'expériences puissamment positives qu'on n'avait jamais eues auparavant est un facteur de guérison important en méditation; et qui manque dans beaucoup d'écoles de psychothérapies. De plus, il faut se souvenir que la véritable expérience de méditation est en dehors du temps.

Si la méditation permet l'autoguérison, pourquoi les sages tombent-ils malades ? En Inde, on a tendance à attribuer cela au fait qu'ils prennent le karma de leurs disciples. Comme ils ont un esprit fort, ils ne sont pas affectés mentalement par les mauvaises actions des disciples, mais ils le sont physiquement. Par ailleurs, ces sages ont souvent eu dans leur jeunesse une sadhana intensive où ils ont sérieusement bousculé le corps, avec des carences alimentaires prolongées ou un manque de sommeil chronique. Il est possible que le corps manifeste à distance un affaiblissement du à ces facteurs. La méditation est auto-thérapeutique parce qu'elle a une fonction d'hygiène mentale; elle est comme un bain quotidien. Il y a de multiples manières d'agir à l'intérieur de soi-même, le fait d'en connaître certaines donne confiance en soi.

La méditation n'est pas le tout, il faut que la vie quotidienne soit en harmonie avec elle. On reproche à certains méditants de «planer»; les moines, pour équilibrer cette tendance, pratiquent quotidiennement le travail manuel. De plus, d'un autre point de vue, la plupart des gens planent - même si c'est au «ras des pâquerettes» - en ce sens qu'ils n'atterrissent jamais au-dedans d'eux-mêmes... En Occident, où l'on est inspiré par le modèle médical, un certain nombre de personnes ont l'habitude de retourner voir leur thérapeute pour quelques séances quand « ça ne va pas». Il semble que la formation d'un disciple se fasse à l'inverse, c'est du moins le témoignage que j'en ai reçu d'un grand disciple de Ma Anandamayi: c'est justement quand ça n'allait pas que Ma le laissait tomber; ainsi, elle lui montrait qu'il pouvait se débrouiller par lui-même. Cette méthode n'est efficace que s'il y a une forte relation de confiance déjà établie. Ma elle-même disait: «Exprimez votre souffrance à Dieu seul». Quand les gens peuvent le faire, c'est certainement un signe de maturité et de force spirituelle.


Une conscience au-delà de la guérison et de la maladie

La méditation est la thérapie balistique par excellence, en ce sens qu'elle revient constamment à l'unité. Elle ne cherche pas uniquement le bien-être, mais plutôt un état de stabilité mentale qui soit également au-delà du mal-être. Dans certaines méditations, on peut même intensifier un état de mal-être comme dans la voie de la dévotion où l'on cherche à ressentir de plus en plus les brûlures de la séparation d'avec le Bien-aimé... Les thérapies sont plutôt terre a terre. La méditation est «terre à terre», ou «ciel à terre» si l'on veut. La rencontre des deux mondes libère une énergie insoupçonnée, celle de la foudre. On peut se demander si la méditation doit guérir, ou n'est là que pour le plaisir de la conscience. Ultimement, la méditation assure une guérison fondamentale; cependant, on ne doit pas exiger d'elle l'amélioration directe d'une souffrance précise. La méditation, dans sa forme élevée, doit garder la pureté d'un art pour l'art. De toutes façons, l'ego est incurable ; ce qu'on a de mieux à faire, c'est de le laisser tomber. Alors pourra se révéler le bonheur suprême (parama-sukhadam) et un état de non-dualité où l'on n'a plus d'effort conscient à faire pour aimer les autres et s'aimer soi-même, à la manière de cet enfant de trois ans qui disait un jour à sa mère: «Je te m'aime»... On atteint à ce moment-là un état heureux décrit souvent dans la Bhagavad-Gita comme « stable par soi-même et en soi-même» ou, selon une autre possibilité de traduction, «par le Soi et dans le Soi».

Cette quête de soi-même, ou du Soi, ne peut étre limitée à la durée relativement courte d'une thérapie; c'est l'affaire d'une vie. Témoin cette histoire de Bayazid de Bistam, un des pères fondateurs du soufisme, qu'un visiteur était venu voir. Le visiteur, ne le trouvant pas, se met à attendre dans le jardin, puis à fouiller la maison de fond en comble; finalement il le trouve dans le coin et se met à lui faire des reproches: «Cela fait trente minutes que je te cherchais, et je te trouve seulement maintenant !». Bayazid lui répond: «Tu as bien de la chance ! Moi, cela fait trente ans que je me cherche, et je ne me suis pas encore trouvé !».


par le Dr JacquesVigne

http://jacquesvigne.com/JV/jv7.htm


dimanche 2 avril 2017

"LA MEDITATION M'A SAUVE"


Le parcours de Phakyab Rinpoché est singulier. Après avoir subi dans son pays occupé l’enfermement et les tortures de la Police armée du peuple, ce lama tibétain est parvenu à s’enfuir des geôles chinoises pour se réfugier aux Etats-Unis en avril 2003. À New York, la gangrène dont il souffre à la cheville droite empire. Les conséquences des supplices s’avèrent bien plus graves et le diagnostic est sans appel. L’arthrite septique destructrice et le processus de décomposition des os, du cartilage et des tissus à son pied droit sont qualifiés d’ « irréversibles ». Rinpoché souffre de plus d’une pleurésie et d’une tuberculose osseuse (mal de Pott) qui attaque ses lombaires. Il doit porter un corset de maintien pour se tenir debout.

Devant la gravité de son état, les médecins américains préconisent d’urgence une amputation sous le genou de sa jambe droite. L’infection rebelle à une antibiothérapie de choc risque en effet de se généraliser très rapidement et il mourra de septicémie. Pourtant, dans la Clinique des survivants de la torture à l’hôpital Bellevue de New York, Phakyab Rinpoché entend une voix intérieure qui lui dit : « Couper n’est pas soigner ». Il refuse donc la solution des chirurgiens et prend conseil auprès du Dalaï-lama qui lui répond par une question : « Pourquoi cherches-tu la guérison à l’extérieur de toi ? »

Avec ce viatique, il quitte l’hôpital new-yorkais sous le regard interloqué du personnel. On ne donne pas cher de sa vie. Toutefois, malgré d’atroces douleurs, par le seul recours de la méditation sur la compassion inconditionnelle et les yogas de l’énergie interne, le tsa-lung auquel il avait été initié à l’âge de 16 ans dans le monastère de Golok au Tibet oriental, Phakyab Rinpoché trouve en lui les forces nécessaires. Au terme d’une retraite de 3 ans dans un petit studio de Brooklyn, il a réussi non seulement à repousser l’infection mais aussi à reconstruire l’astragale et le plafond tibial de sa cheville droite, délités par la gangrène – alors que, dans des conditions normales seule une greffe osseuse aurait permis d’obtenir un tel résultat.

Le Dr Lionel Coudron, médecin traumatologue à Paris, a étudié le dossier médical de Phakyab Rinpoché contenu dans les rapports de médecine générale, de radiologie, d’orthopédie et de pneumologie de l’hôpital Bellevue. Il décrit cette double guérison comme un « phénomène d’une puissance exceptionnelle ». Selon le Dr Coudron, Phakyab Rinpoché est parvenu à guérir d’un mal qui, du point de vue des connaissances médicales actuelles, devait l’emporter.

Mais sa guérison n’est pas inexplicable. Rinpoché a mobilisé les ressources des sciences internes de la méditation qui font intervenir la puissance de l’esprit entraîné. Il a en effet accumulé près de quatre-vingt mille heures de pratique des profonds yogas qui éveillent la conscience à sa base aimante et lumineuse.

Cette expérience hors du commun, Phakyab Rinpoché l’a racontée avec modestie et simplicité à Sofia Stril-Rever, biographe française du Dalaï-lama, enseignante de méditation et Mantra Yoga. Dans une confession pudique, il décrit aussi son enfance tibétaine sur les hauts plateaux, sa famille unie, cette culture si particulière menacée d’extinction et qui revit en exil grâce au rayonnement international que lui donne la notoriété du Dalaï-lama, prix Nobel de la Paix, porte-parole d’une éthique laïque dédiée à la promotion des valeurs humaines fondamentales.

Phakyab Rinpoché raconte comment on célèbre la vie et le bonheur dans son pays. Il évoque son ordination à 14 ans, en 1980 lorsqu’après la mort de Mao l’âme du Tibet renaît de ses cendres ; puis sa reconnaissance à 28 ans par le Dalaï-lama comme détenteur d’une grande lignée de maîtres spirituels qui, de Kamalashila à Padampa Sangyé et Darma Dodde, enseignent le powa ou transfert de conscience après la mort. Ses études approfondies des Ecritures bouddhistes pendant une vingtaine d’années, associées à de longues retraites, lui ont valu de passer avec succès les examens stricts de Geshé Lharampa ou « Docteur en divinité ». La lecture de son livre nous plonge donc dans la tradition tibétaine jusqu’à cette survie à New York, loin de son Pays des neiges natal, dans un monde si éloigné du sien. C’est pourtant là qu’il reprend possession de son corps et le contrôle de la maladie.

Sa guérison est un formidable message d’espoir. Elle témoigne d’une complémentarité possible entre médecine et méditation, entre sciences de la matière et sciences contemplatives, apportant une contribution remarquable au débat actuel sur le pouvoir de guérison de l’esprit et sa capacité d’agir sur le corps. Phakyab Rinpoché a d’ailleurs participé à des protocoles de recherche sur les bienfaits thérapeutiques de la méditation conduits à l’Université de New York, NYU, par le Dr Zoran Josipovic, et il a été invité plusieurs fois à s’exprimer dans le cadre du programme d’investigation sur la conscience Avatar 2045.

Dans son récit, Phakyab Rinpoché montre aussi une compassion extrême à l’égard de ses bourreaux chinois, difficilement compréhensible des psychologues de l’hôpital américain. Quel que soit le mal infligé, quelle que soit la souffrance endurée, le moine veut préserver sa vision de la bonté fondamentale de l’être humain. Dans sa langue, Rinpoché signifie « précieux », comme le sens de la vie et de ses multiples renaissances, selon le principe de réincarnation, et de sa vie présente que Rinpoché a offerte dès l’âge de 13 ans, quand il décida de devenir moine pour le bien de toutes les existences.

À près de 50 ans, Phakyab Rinpoché nous livre une leçon de courage et d’espérance pour tous ceux qui souffrent. Au « Jardin du Bouddha de Médecine », en vallée de l’Eure près de Paris, il a défini un programme de 3 ans Vivre la paix et la guérison intérieure, pour préparer ses étudiants à recevoir la transmission des yogas de l’énergie qui lui ont permis de guérir. A Paris, New York, Miami, San Francisco, Kansas City, Lima, Bogota, Hong Kong ou Singapour, ainsi qu’au Tibet où il est retourné en 2013 pour soutenir son monastère et lancer une action humanitaire auprès des mères et des enfants défavorisés dans le cadre de son programme Tibet Mother & Child International (TMCI), il enseigne conformément au message inspiré des paroles du Dalaï-lama qui, en novembre 2003, lui dit : « Ne cherche pas la guérison à l’extérieur de toi. Tu as en toi la sagesse qui donne la force de guérir. Une fois guéri, tu enseigneras au monde comment guérir. »


http://www.phakyabrinpoche.org/index.php/fr/biographies/phakyab-rinpoche/28-la-meditation-m-a-sauve


vendredi 31 mars 2017

"STRUCTURER SON EGO"


Pour prendre une individualité humaine, l'être spirituel a eu besoin d'un support de conscience : l'égo. C'est le fondement de notre individualité. C'est par cet ego que l'on existe sur la terre et que l'on peut exprimer qui l'on est. Un ego bien structuré donne une personnalité bien affirmée, les pieds bien sur terre, sachant qui elle est et ce qu'elle représente. Il est bon d'avoir un ego sain, respectueux et juste. Et il est encore meilleur d'unir cet ego au Soi, à la partie de l'esprit qui nous habite.

Avoir un égo sain, c'est savoir qui l'on est, sans se gonfler d'orgueil ni se réduire à une personnalité minable.

Un égo bien structuré permet à la personne de reconnaître ses talents avec justesse et simplicité et de les mettre au service des autres sans vanité, simplement parce que c'est ce que l'être a de mieux à faire.

Un ego bien structuré permet à la personne d'oser et de savoir prendre des décisions sans avoir recours à chaque instant à des conseillers, des modèles ou a des voyants qui guident ses pas. La personne choisi en conscience et prend ses responsabilités. Un égo déstructuré empêche la prise de décisions souvent par peur d'être jugée ou par orgueil de pouvoir se tromper.

Un ego bien structure sait dire merci, pardon, excusez-moi, il n'impose pas, ne dicte pas ses ordres impérativement. Il comprend, accepte et surtout il AIME son prochain et le respecte !

Il est facile de repérer des personnes à l'égo déstructuré, et surtout aujourd'hui dans le monde dit spirituel..

Entre ceux qui , emprunts d'astralisme se mettent à délivrer des messages de pseudo-maîtres lorsque ce n'est pas le Christ lui-même (n'était-il pas écrit dans les Évangiles: Matthieu 24
"Car plusieurs viendront sous mon nom, disant: C'est moi qui suis le Christ. Et ils séduiront beaucoup de gens."

Ceux qui se croient investit d'une mission de très haute importance pour l'univers..

le choix est immense et la liste pourrait faire plusieurs pages !

Souvent, une personne avec un ego déstructuré se vexe facilement. Ses blessures d'âmes sont ouvertes et reçoivent chaque parole ou action de l'autre comme un coup de fouet. L'émotionnel est très réactif soit par des grincements de dents, des pleurs, des coups violents ou remarques cinglantes. Là, c'est l'amour du soi qu'il faut développer.

L'important dans l'éveil de conscience est de se connaître et de repérer ou se situe l'action de son ego. Est-il à sa juste place ? Trop effacé ou trop gonflé ?

Il n'est pas bon de vouloir détruire son ego... car il faudrait avoir un drôle d'ego pour vouloir détruire une création qui permet un bon ancrage dans la vie et qui sert par suite de support de connexion avec le Soi supérieur.

Ce n'est pas détruire l'ego, mais le structurer qu'il est nécessaire de faire. Être humble et à sa juste place, faire son meilleur travail, penser de la bonne manière respectueuse du tout, aimer, aimer et encore aimer, sont les solutions pour le positionner correctement.

Lorsque la personne a un ego à sa juste place, elle peut rencontrer un moine, un mendiant, un roi ou une personnalité sans aucun problème, sans en tirer de gloire ou de honte. Elle peut parler avec tout le monde, rire, danser, tutoyer, prendre les autres comme sa propre famille. Elle peut devenir amie avec tout le monde, car l'ego équilibré reconnaît en tout homme un frère.

Sachez vous observer. Ayez le courage de reconnaitre vos erreurs et de rectifier sans culpabilité. Arrêtez de croire que tout le monde vous observe ou vous en veut, vous n'êtes pas le centre du monde des autres. La timidité ou l'orgueil excessif sont des signes d'ego déstructuré, alors que la simplicité et la joie sont des signes d'ego structuré.

Et seulement lorsque l'ego est structuré, il peut laisser la place à la conscience supérieure car il sait qu'elle est une amie et non une ennemie qui veut la détruire. C'est là qu'intervient la véritable transformation, la fusion qui permet à la partie supérieure, le supra mental, l'ego spirituel de s'exprimer totalement. Il n'est plus bloqué par des peurs ou de l'orgueil mais libre de circuler en priorité dans la vie de la personne équilibrée.


http://www.meditationfrance.com/spirituel/ego.htm


jeudi 16 mars 2017

"LA METAPHORE DU PAPILLON"


Nous sommes souvent pris avec une image romantique de la transformation intérieure. Pour beaucoup d’entre nous, une fois que nous avons commencé à travailler sur nous-mêmes, cela devrait juste aller mieux. Et quand le chemin se fait escarpé, ou que nous tombons dans une crevasse que nous n’avions pas vue parce que nous avions le nez en l’air, nous remettons volontiers tout en question : ce ne doit pas être le bon chemin, la bonne façon de travailler sur soi… ou pire, cela n’en vaut pas la peine. Nous sommes dans une grande mesure conditionnés par le monde consumériste dans lequel nous vivons  : nous râlons parce que nous avons payé le prix pour acheter le bonheur, et nous avons l’impression de nous être fait avoir sur la marchandise. Ou alors, nous sommes habitués à recevoir des bons points et des récompenses pour nos efforts, et nous ne comprenons pas que l’Univers nous traite en adultes responsables au lieu de nous entretenir dans notre infantilisme. Nous cultivons l’idée que la vie est une école et que la maîtresse devrait toujours être gentille avec nous, mais ça ne marche pas tout à fait comme cela. Au contraire, la difficulté est signe que le vrai travail commence.

Une métaphore typique et caractéristique de ce romantisme spirituel est l’histoire de la chenille qui se transforme en papillon. Pauvre chenille, elle se traine par terre dans la poussière, et c’est ainsi que nous regardons volontiers nos congénères, en particulier ceux qui n’ont aucune envie de travailler sur eux-mêmes : ce sont des chenilles qui ignorent qu’elles pourraient devenir des papillons. Nous, heureusement, avons été effleurés par l’aile de la vérité et nous savons donc qu’il nous faut nous préparer à entrer dans la chrysalide dont nous ressortirons libres et heureux, voletant dans les airs à mille lieux des préoccupations des pauvres rampants. Alors nous travaillons dur pour accéder à ce statut et à cette liberté. Nous lisons beaucoup de livres et nous essayons diverses techniques en passant d’un enseignant à l’autre. Nous faisons, encore une fois, beaucoup d’efforts en espérant obtenir un résultat à la hauteur de nos espérances. C’est ce que le Rimpoché Chögyam Trungpa dénonçait comme une forme de matérialisme spirituel dont nous sommes, nous occidentaux, bien souvent affligés.

Creusons un peu la métaphore du papillon. Elle n’est pas du tout romantique. Il arrive que la chenille, qui vivait tranquillement jusque-là sa vie de chenille, se mette à avoir une faim insatiable. Elle mange à ne plus pouvoir se mouvoir, et alors, elle est prise d’une violente envie de dormir qui lui laisse juste le temps de tisser un cocon protecteur. Jusque-là, tout va bien : on peut voir là une allégorie de notre chercheur spirituel se gavant de toutes les connaissances qu’il peut accumuler, et qui finalement se sent appelé à entrer dans une retraite méditative pour digérer tout son savoir. C’est une des caractéristiques du processus de transformation que cette grande fatigue : Jung avait remarqué que lorsque l’inconscient a besoin d’énergie, il le prend au conscient, ce qui a en outre l’avantage d’affaiblir ses défenses. Un exemple : Franklin Merrell-Wolf, qui était professeur de mathématiques à l’Université, était tellement fatigué dans les mois qui ont précédé son éveil qu’il s’endormait en cours !

La chenille dort, donc. Et elle fait des rêves étranges, des rêves qu’elle ne comprend pas. Des rêves qui lui parlent d’espaces qu’elle n’a jamais visités. Mais voilà qu’apparaissent des cellules étrangères dans son système biologique. Ce sont des cellules souches à partir desquelles va commencer à se former le futur papillon. Mais pour le système immunitaire de la chenille, ce sont des envahisseurs et il va donc tout faire pour tenter de les éliminer. Il va se battre de toutes ses forces jusqu’à ce qu’il soit épuisé et complètement submergé. Le fin mot de l’histoire, c’est que la chenille sert de nourriture au futur papillon dans la chrysalide. La nature n’est vraiment pas romantique, mais elle est bonne car la chenille ne souffre pas, elle meurt dans une totale inconscience. Nous touchons là à un archétype fondamental : la transformation intérieure, ce n’est pas une partie de plaisir pour notre ego mais une mort et une renaissance. Sur le chemin spirituel, pour être « deux fois né », il faut « mourir avant de mourir ». Quant à ce qui en nous passe de la chenille au papillon, c’est aussi mystérieux que ce qui en nous passe de vie en vie…

Quand le papillon a mangé toute la chenille et l’a digérée, il commence à se sentir à l’étroit dans la chrysalide et commence à lutter pour en sortir. Anaïs Nin a fort bien saisie l’ambiguïté de ce moment quand elle a écrit : « Vint un temps où le risque de rester à l'étroit dans un bourgeon était plus douloureux que le risque d'éclore. » Nous sommes tous déjà passés par là quand la matrice qui nous abritait s’est révélée de moins en moins confortable et qu’il nous a fallu naître dans ce monde. Dans le cas du papillon, l’élan de compassion qui pousserait à pratiquer une césarienne est une idée mortelle : si le papillon n’a pu trouver la force de briser par lui-même le cocon, il n’aura pas celle de s’envoler et mourra misérablement. Je crois qu’il en est de même avec le papillon humain : il advient un moment où, quand il est question d’éclore à notre liberté la plus fondamentale, nous sommes irrémédiablement seuls avec nous-mêmes et ce que nous faisons de notre vie.

Tout cela peut sembler bien abstrait. Quand on est face à une certaine désespérance, au découragement et au vide intérieur, la vie des papillons… n’est-ce pas ? Pourtant, la métaphore de la transformation de la chenille est simplement un rappel que le chemin est par là, que c’est dans le noir que nous trouverons la lumière, dans la mort acceptée que se niche la nouvelle vie. Eckhart Tollë raconte comment il était aux prises avec un vide intérieur et un sentiment de désespoir généralisé jusqu’à ce qu’à 29 ans, il se soit réveillé une nuit avec le désir irrésistible d’en finir. La pensée qu’il ne pouvait plus continuer à vivre avec lui-même l’obsédait, mais il a alors pris conscience de ce qu’il était divisé en deux : il y avait le moi qui souffrait et le moi qui observait le moi souffrant. Une voix intérieure lui a dit « ne résiste pas » et il a obéi. Il a alors senti un vortex d’énergie qui semblait le tirer vers le fond et sa peur s’est évaporée. Au réveil, il était en paix, et à sa grande surprise, ce sentiment a persisté.

Pourquoi tant de souffrances ? Jung explique que « toute rencontre avec le Soi est une défaite pour le moi » – cela ne peut pas se passer sous le contrôle de l’ego. La chenille ne décide pas quand et comment elle deviendra papillon, c’est un processus qui la dépasse et auquel il faut qu’elle s’abandonne. Jung ajoute qu’il n’y a pas que le moi qui souffre parce que ses limites sont distendues et finissent par exploser sous la pression intérieure ; le Soi aussi souffre de restreindre sa nature illimitée à cette petite chose que nous sommes. Finalement, sans magnifier de quelque façon cette souffrance – ce serait juste un masochisme morbide –, Jung souligne que c’est dans la tension entre les opposés qu’apparait la conscience qui a pour tâche, précisément, de les englober et de les réunir. C’est un déchirement, une crucifixion, et c’est à ce prix seulement qu’il y a un élargissement de la conscience.

Richard Moss ajoute que « la mesure de la conscience, c’est combien de souffrance elle peut embrasser. » C’est qu’elle ne s’y limite pas, qu’elle s’est élargie alors suffisamment pour mettre la souffrance, qui fait partie de la vie comme la pluie et les escargots, en perspective d’une vision plus large : ah ! Ce n’était qu’un passage ! Et le soleil brille, waow ! Tout comme une mère saura relativiser les douleurs de l’accouchement quand ses yeux rencontreront ceux de son nouveau-né et qu’une nouvelle histoire d’amour commencera. Voilà encore le fin mot : l’amour. Si l’amour naît au milieu de tout cela, nous sommes sauvés. S’il n’y a pas d’amour, mais seulement le désir d’arriver quelque part, d’obtenir un résultat, tout est vain et l’œuvre qui transforme le plomb de la vie en or a misérablement échoué.

Bien sûr, il est naturel de se demander parfois si nous sommes sur la « bonne voie », d’en rechercher des signes. C’est le moment de se demander comment nous pouvons la reconnaitre. Un danger alors est de se référer à une autorité extérieure, quelle qu’elle soit. L’enfant en nous cherche encore un parent, et c’est le prix de la liberté que de devenir notre propre parent ; il ne s’agit pas de juger ce qui en nous serait encore infantile mais d’en prendre l’entière responsabilité, de comprendre que nul autre que nous-mêmes ne saura répondre aux besoins de cet enfant en nous. C’est l’apport indéniable de la méditation ainsi que de l’écoute des rêves et de tous les mouvements de l’âme que de nous fournir une boussole intérieure. Nul autre que nous ne peut la lire, retrouver notre Nord. Jacques Lusseyran propose cependant un indicateur hors pair pour déterminer la qualité du chemin sur lequel nous marchons :

« Tout ce qui fait accepter la vie est bon. Tout ce qui nous la fait refuser est médiocre et provisoire. »

Quand nous sommes dans le noir, quand rien n’est clair, c’est que la chenille en nous est dans la chrysalide, au bord de naître. Nous avons alors tendance à vouloir aller vers la lumière, mais nous commettons souvent l’erreur de nous accrocher à ce que nous connaissons déjà, ou à la lumière que nous proposent d’autres personnes. Nous négligeons alors la lumière de notre propre âme. Nous rebroussons chemin. Nous n’avons pas la patience d’attendre que nos yeux s’habituent à l’obscurité et discernent une nouvelle direction. Pourtant Jung nous rappelle inlassablement qu’ « on ne trouve pas l’illumination en invoquant des êtres de lumière mais en éclairant l’obscurité. » C’est avec notre propre lumière que nous l’éclairerons. Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’affronter tôt ou tard ce qui nous fait le plus peur, c’est-à-dire l’inconnu et notre entière responsabilité de créer notre propre vie. Au fond, la chenille peut s’éveiller à tout moment à sa nature de papillon, mais il lui faut passer alors enfin par la porte du « je ne sais pas ». C’est la grande voie qui nous ramène à nous-mêmes.


Jean Gagliardi